Faut-il lutter contre les fake news ?

Fake news : à quel point sommes-nous prêts à accorder notre confiance à un gouvernement pour qu’il détermine lui-même ce qui relève du vrai et du faux ?

Par Élodie Messéant.

Comment de fausses informations diffusées de mauvaise foi parviennent-elles à proliférer aussi vite sur Internet ? Que suscitent-elles chez le lecteur pour attirer autant son attention ?

Les rumeurs, théories complotistes et attrape-clics aux titres sensationnalistes semblent reposer essentiellement sur le pathos. En effet, leur objet est précisément d’attirer le lecteur en faisant appel à ses émotions. Un tel phénomène, indissociable des passions suscitées chez les individus, ne peut se comprendre si on ne le rattache pas à la nature humaine.

Il convient alors de s’interroger sur le véritable danger : se trouve-t-il dans la prolifération de fausses informations polluant le débat public, ou dans le contrôle de celles-ci par une autorité étatique ?

Légiférer contre les émotions, est-ce utile ?

Au XVIe siècle, à l’issue du concile de Trente, les Inquisiteurs religieux instaurèrent une liste de livres interdits, notamment contre ceux s’opposant à leur propre conception de la Vérité : Le Prince de Machiavel, qui rompt avec les origines théocratiques du gouvernement et remet donc en cause la légitimité du pouvoir royal, fut inclus à l’Index dès 1559.

Dans un contexte de développement de l’imprimerie, et donc de multiplication des écrits, les autorités civiles et religieuses sont intervenues pour conférer des monopoles aux éditeurs et censurer des manuscrits, permettant ainsi un plus grand contrôle de l’information diffusée. Ainsi, un règlement de l’édition, promulgué en 1701, imposait l’approbation d’un censeur pour obtenir un privilège d’édition.

Le 17 septembre 1793, lors de la Deuxième Terreur, la Convention adopte la « Loi des suspects » réprimant les opposants politiques, notamment ceux qui « par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté ».

L’État contre la Vérité

Ce bref état des lieux historique démontre que le renforcement des pouvoirs de l’État en termes de contrôle de l’information n’a jamais eu pour objet la recherche de la Vérité, mais au contraire, la traque de tout propos susceptible de défier ou d’amenuiser son autorité.

Un tel constat nous pousse à nous interroger sur les fondements d’un gouvernement démocratique. Dans La Crise de la culture, Hannah Arendt affirme : « L’opinion, et non la Vérité, est la base indispensable de tout pouvoir. »

Si le gouvernement ne repose pas sur la Vérité, son objectif n’est donc pas tant la recherche de celle-ci, mais d’œuvrer au service de l’opinion l’ayant conduit jusqu’au pouvoir. Par ailleurs, nos élus ont-ils seulement déjà été à la hauteur de l’exigence de Vérité qui leur incombe à notre égard ? À savoir, l’honnêteté dans les motifs réels de leurs actions ?

À quel point sommes-nous prêts à accorder notre confiance à un gouvernement pour qu’il détermine lui-même ce qui relève du vrai et du faux ? Est-il seulement cohérent de lui confier une telle tâche au regard du contexte de défiance croissante de la population, laquelle se matérialise notamment par la multitude de théories du complot ?

Je terminerai ici par les propos de Françoise Seligmann tenus en 1961 : « Ne faites pas de complexe d’infériorité. Vous êtes capables de discerner le vrai du faux parmi les informations qu’on vous donne, à condition de suivre attentivement les événements et de ne pas vous contenter d’écouter toujours le même son de cloche. »