Loi « Ma santé 2022 » : la médecine se désintègre, l’hôpital explose

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

Le système doit avancer sur ses deux jambes, libérale et hospitalière pour être efficace mais l’hôpital est en crise car sur-administré, et la jambe libérale va être amputée.

Par Bernard Kron.

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de Loi Ma santé 2022.

Le Sénat a maintenant la main et le vote en seconde lecture aura lieu en mai.

En moins de 10 ans, ce sera la quatrième loi santé. En l’état on peut déjà apporter un certain nombre de conclusions : l’étatisation est en marche accélérée vers la nationalisation de la médecine avec un risque de désintégration de tout l’édifice car au lieu d’être dégraissé le mammouth administratif va grossir.

Nos concitoyens ne sont pas conscients que les quatre lois santé (200, 2009, 2016 et Ma santé 2022) étatisent à grande vitesse le système.

Pourtant cette loi est globalement bien accueillie sauf par les vrais libéraux et par  L’Institut Santé fondé par Frédéric Bizard, qui prépare un contre-projet destiné au Sénat pour essayer d’en corriger les effets pervers.

La suppression du numerus clausus et la fin de l’ECN (épreuves classantes nationales) sont adoptées : c’était nécessaire et demandé par les étudiants mais  n’apportera aucun changement dans la désertification médicale, le temps disponible consacré aux soins ayant diminué compte tenu de l’évolution de la société et du poids administratif.

La société a changé, les jeunes ne veulent plus travailler plus de 50 heures hebdomadaires. Le nombre de femmes en médecine dépasse 70 % en faculté, 60 % à l’installation, mais moins de 20% en chirurgie. Ce changement n’a pas été anticipé par les décideurs. La féminisation n’est pas la raison de la pénurie, les hommes sont dans la même demande de préservation de leur qualité de vie !

Le retard dans la formation sera aggravé par les trois ans du Portail santé.

En effet, les externes sont devenus des stagiaires occupés à des tâches subalternes, voire au secrétariat ; les internes sont devenus des étudiants sans responsabilités, ce qui retarde leur formation et leur volonté de s’installer. Les gardes rémunérées 7 euros de l’heure sont devenues un enfer avec l’afflux sans fin vers les urgences.

Parmi les milliers d’amendements déposés les plus contraignants ont heureusement été rejetés car ils seraient contre-productifs, comme par exemple :

  • les stages obligatoires dans les zones médicales désertées,
  • le conventionnement sélectif,
  • l’encadrement des dépassements.

Reviendront-ils sous la pression de Mélenchon en deuxième lecture ?

Les délégations de tâches aux pharmaciens et aux infirmières visant à soulager les médecins sont également adoptées, mais c’est de la poudre aux yeux.

Mardi 26 mars en Commission des Affaires sociales, les députés ont adopté le principe d’un stage obligatoire en zones sous-dotées pour les étudiants en médecine, lors du deuxième cycle des études,  et qui conditionnerait l’accès à l’internat.

Mais un futur chirurgien ou radiologue y perdrait son temps !

Qui payera les trajets, le logement et la nourriture ? Nous sommes dans la pure démagogie stérile !

Les carabins devront ainsi avoir validé avant l’internat « un stage situé dans une zone caractérisée par une offre de soins insuffisante ou des difficultés dans l’accès aux soins », lit-on dans le texte de cet amendement de plusieurs députés LREM.

Le métier d’assistant médical est acté mais sa subvention sous conditions lui fera perdre tout avantage. La CNAM conditionne l’aide financière à l’augmentation du nombre de patients… ce qui en ferait une médecine à la chaîne ! Voilà comment le libéral est tué.

L’article 6 de la loi Santé, créant un statut unique de praticien hospitalier, a été également adopté. Il fusionne les statuts de titulaires à temps partiel et à temps plein, et est désormais accessible sans concours. Il permet un exercice mixte public/privé à tous les praticiens hospitaliers.

La ministre des Solidarités et de la Santé recommande ainsi aux anesthésistes-réanimateurs de mettre du beurre dans leurs épinards en allant exercer 20 % de leur temps en clinique afin d’améliorer leur rémunération…

On voit mal comment l’hôpital déjà sous pression pourra faire face à leur absence !

Les ARS (Agences de Santé), les GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire) et les CPTS (Centres Professionnels Territoires Santé) vont mettre en effet les libéraux sous l’autorité de l’hôpital.

L’inflation administrative autour de l’hôpital a été en 20 ans de 300 %, le mammouth va donc encore grossir !

Ces échecs expliquent le mal-être grandissant des internes et des praticiens tant libéraux qu’hospitaliers, harassés par les tutelles et les normes face aux salaires monstrueux des hauts fonctionnaires qui s’acharnent sur les soignants.

Les hôpitaux de proximité : la réforme est très inquiétante car la restructuration hospitalière va pénaliser les zones rurales. Quels seront leurs activités, urgences, petites chirurgies, consultations avancées par des hospitaliers ?

Les maisons médicales : elles nécessitent 2 secrétaires pour fonctionner. Le coût des charges d’une secrétaire médicale se situe entre 30 000 et 50 000 euros par an. C’est totalement irréaliste pour les petites structures.

En conclusion :

La puissance des GAFA pour lesquelles l’e-santé est une manne financière considérable participent avec les lobbies de l’e-médecine à ce désastre. C’est donc la fin du suspense : « Ma santé 2022 » ne veut plus de la médecine libérale ou tout au moins veut la mettre sous sa tutelle.

Le système doit avancer sur ses deux jambes, libérale et hospitalière pour être efficace, mais l’hôpital est en crise car sur-administré. La jambe libérale va être amputée.

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