« Le consommateur sera toujours plus malin que le législateur. »

Bill Wirtz est policy analyst au Consumer Choice Center. Il dresse le bilan de deux ans d’actions auprès des bureaucrates. Avec toujours le même message : cessez de croire qu’un consommateur est un être irresponsable.

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Bill Wirtz - Bruxelles

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« Le consommateur sera toujours plus malin que le législateur. »

Publié le 28 mars 2019
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Contrepoints : Bill Wirtz, cela fait deux ans que le Consumer Choice Center protège les consommateurs non pas contre les entreprises cherchant à maximiser leur profit, mais contre les bureaucrates qui cherchent à imposer leurs vues.

Bill Wirtz : Je considère qu’il y a deux sortes de lobbies : celui qui défend son business et celui qui tente de limiter l’expansion de ses concurrents. Dans le premier cas, il s’agit de défense de la liberté d’entreprendre ; dans le second, on parle de crony capitalism. Chez Consumer Choice Center, nous défendrons Uber parce qu’il permet au consommateur d’obtenir, dans les grandes villes, un service concurrentiel à celui des taxis. Nous cesserons de le défendre s’il venait, un jour, à nous demander, par l’entremise d’une loi ou d’une règle, de limiter les parts de marché de Taxify ou de ses concurrents VTC. Idem si les cigarettiers nous demandent demain d’interdire la cigarette électronique.

C. : Quels avantages le consommateur européen peut-il retirer de cette mise en concurrence ?

B.W. : Il faut une libéralisation totale et des règles claires pour tout le monde, à chaque niveau de pouvoir. Exemple : l’Union européenne veut libéraliser le marché des bus. On a vu les conséquences de cette ouverture à la concurrence, en France et en Allemagne, sur les tarifs (Flixbus, etc.). Des lignes d’autocars à bas prix sont devenues rentables. L’UE a dit « si on a un marché intérieur, on doit pouvoir aller de Lisbonne à Zagreb sans restrictions ». Mais le diable est dans les détails. Si le maire de Zagreb dit qu’il veut protéger ses entreprises locales, il peut décider de créer une taxe locale (en croate) pour rendre les choses administrativement compliquées, et pour protéger les autocaristes locaux. C’est un frein à la libéralisation uniforme. Nous voulons, chez CCC, une transparence totale là dessus. Le petit autocariste de Zagreb n’a pas les mêmes armes que Flixbus pour se renseigner sur les réglementations. La simplification administrative totale est donc aussi un atout pour les petits entrepreneurs.

C. : Autre aspect de votre lutte : les lois paternalistes.

B.W. : Ce sont les taxes spécifiques sur des produits considérés comme malsains, et qui n’ont d’autre but que de réglementer ou interdire leur usage, restreindre les heures et les lieux de consommation, etc. Au Royaume-Uni, l’État veut interdire la publicité pour la malbouffe. Comment peut-on à ce point considérer le consommateur comme non responsable, comme influençable, alors qu’en même temps, on lui fait assez confiance pour voter pour un représentant qui décidera à sa place. La déconnexion de la classe politique avec le consommateur est flagrante. Prenez un autre exemple : le foie gras compte deux fois plus de calories que le Big Mac. Or, c’est ce dernier qui est catalogué au rayon malbouffe. Les erreurs commises avec la pyramide alimentaire, qui jugeait le gras responsable des maladies coronariennes et qui ont amené les gouvernements du monde entier à lutter contre le gras, n’ont-elles donc pas suffi ? Le meilleur juge, c’est le consommateur informé. La force bureaucratique n’a pas à inciter la consommation dans un sens ou dans l’autre. L’État n’a rien à faire dans nos assiettes. Ni dans notre lit, ni dans notre vie privée.

C. : Nous sommes à 2 mois des élections européennes. Le grand combat pour la liberté du consommateur, quel sera-t-il ?

B.W. : On parle beaucoup de climat, de protection de l’environnement. Avec pour but, à chaque fois, de limiter la consommation (les vols en avion ou la viande, par ex.). La proposition de taxer les transports aériens (poussée par les Pays-Bas, supportée par la Finlande, la France et la Belgique) vise à réduire les vols low cost. Mais elle portera préjudice aux pays de l’Est, à moindre pouvoir d’achat. Les Roumains, les Bulgares ont aussi le droit de voyager et pour eux, une taxe même minime représente un grand montant. En plus, les alternatives de trains rapides, à l’Est, n’existent pas. Le démocratisation des transports se fait par les prix, générés par la concurrence. Le consommateur sera toujours plus malin, en général, que le législateur. Les Pays-Bas ont taxé les vols au départ de leur pays. Ils ont arrêté car les voyageurs préféraient partir de Francfort ou Bruxelles. L’idée, alors, a été de se dire que la taxe sera efficace si elle est appliquée à toute l’Europe. Donc, quand on parle de climat il faut entendre, dans la tête des législateurs, « taxes » et « assainissement des finances publiques ». Les opinions bien tranchées de nos dirigeants sur les voyageurs en avion sont, en outre, d’une condescendance inimaginable, lorsqu’on sait qu’ils empruntent régulièrement l’avion. La rentabilité se calcule dans un marché libre. Construire un tunnel entre Helsinki et Tallin, vu les densités de population de ces deux villes, c’est impayable ! Il faut donc se tourner vers des alternatives, dont l’avion fait partie.

 

Des élus européens dépendants de leur propre opinion publique

B.W. : Pour les élections européennes, on essaie d’interpeller les parlementaires à enrayer le flot de mesures liberticides. Mais dans bien des cas (à l’exception des politiciens les plus fédéralistes), ils défendent les intérêts de leur propre État pour prendre des mesures protectionnistes. Ils savent que cela peut avoir des conséquences sur leur réélection (ils craignent le backlash électoral). Un exemple, c’est celui des taxes sur le riz importé du Myanmar ou du Cambodge. Pour compenser les pertes dues aux riziculteurs asiatiques, l’Europe leur accorde des subventions au développement !

C. : Il existe quand même des avancées positives, au sein de l’Union.

B.W. : Oui. Le Luxembourg sera le premier pays européen à légaliser complètement le cannabis (cela fait partie du programme de gouvernement). C’est un signal important, venant d’un pays fondateur de l’UE. Cela peut servir d’exemple à la France ou à la Belgique. Mais après des décennies de répression, les mentalités ont du mal à changer. Encore une fois, laissons au consommateur responsable le choix d’ingérer ce qu’il veut !

C. : L’UE est-elle libérale ?

B.W. : Le message des pères fondateurs était basé sur le libre-échange et l’abandon du protectionnisme. On en est encore loin, en cette ère de commerce international : l’Europe veut protéger ses entreprises aux dépens des autres. Et souvent, cela coûte plus cher aux consommateurs européens. N’oubliez jamais que ce sont eux qui paient, en dernier ressort.

Entretien : Ludovic Delory.

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  • il y a des lois qui fixent des règles pour la garderie d’enfants, du genre surface minium par gamin etc…
    ce qui suppose que un parent qui confie son gamin à garder ne se soucie pas de savoir dans quelle condition le gamin va être!!!!! A quand d’ailleurs des lois pour obliger les parents à fournir un logement de surface minimum en fonction du nombre de gamins!!!!
    c’est comme la surface minimum pour une location…

    en général ça revient dans le gueule des vrais pauvres qui ne peuvent pas se payer un loyer ou une garde « légale.. »..

    et ça rend le consommateur passif..et irresponsable…

    • En effet, la première lutte devrait être pour renforcer et faire reconnaître la responsabilité du consommateur, libre de ses choix et assumant pleinement le compromis prix/qualité qui en résulte. Et même s’il peut gagner des batailles contre le législateur, il est en train de perdre la guerre, parce que ses victoires ne sont pas la reconnaissance de cette responsabilité individuelle.

      • Oui mais il faut défendre les pauvres, les sans-dents, contre les méchants marchands de sommeil…

        • Certes, mais aurions nous des marchands de sommeil si la construction de logement était libre ?
          Vous avez très bien résumé toute l’hypocrisie du système socialiste !!!

    • @jacques

      C est helas le cas d une minorite de parents. Entre ceux qui font des gosses pour les allocs (l argent braguette), c eux qui se moquent completement de leur education (genre les gamins a minuit encore dehors ou a dealer). Ou simplement ce cas la : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/10/24/97001-20181024FILWWW00284-maltraitance-2-enfants-nourris-au-coca-cola-par-leur-pere.php

    • Pas du tout : un parent qui confie son enfant à une garderie veut pouvoir le faire en confiance, car les autorités garantissent que les gardiennes ont un diplôme, que les toilettes ne sont pas nettoyées à l’acide à portée des gamins, etc… A moins que tous les parents ne doivent jouer les détectives, mesurer les pièces, passer au moins 2 jours en présence de l’enfant et de la gardienne, installer des caméras etc…

      • Parce que les soucis avec une garde d’enfant viennent uniquement quand celle-ci n’est pas diplômée et certifiée par l’Etat?? Il faut une certification de l’Etat pour garantir que jamais aucune flasque dangereuse ne sera à portée des mains d’un enfant?? 🙂
        Vous avez vraiment une confiance incroyable dans le « Verbe » de l’Etat. L’Etat certifie donc… TOUT VA BIEN! Bel exemple d’étatisme.
        Franchement, si on ne parle que de garde d’enfant, la véritable certification se fait pas le bouche à oreille des parents qui valident les compétences de cette dernière. J’ai connu une garde d’enfant « au black » absolument pas aux « normes » en matière certification étatique et pourtant, elle avait une liste d’attente de parents qui auraient bien voulu lui confier leurs enfants.
        Le manque de garde d’enfant compétentes et appréciées vient justement des nombreuses barrières, règlements, certifications et autres paperasses mises en place par nos technocrates (pour notre bien car nous serions, bien sûr, incapable de juger de ce qui est bon pour nous et nos enfants sans eux). Cela limite l’accès à ce métiers de nombreuses personnes qui n’ont pas pu valider administrativement le job mais qui sauraient très bien le faire. L’Etat crée une situation de pénurie qui avantage celles « en poste » qu’elles soient consciencieuses pour pas et qui n’ont aucunement besoin de s’améliorer pour avoir des clients. In fine, ce sont les enfants et leurs parents qui trinquent. Comme toujours.
        On parle de garde d’enfant mais vous pouvez appliquer le même raisonnement dans la quasi-totalité des domaines.

  • Je lis  » La rentabilité se calcule dans un marché libre. Construire un tunnel entre Helsinki et Tallin, vu les densités de population de ces deux villes, c’est impayable ! Il faut donc se tourner vers des alternatives, dont l’avion fait partie. » Je me permet de rappeler quand même l’existence de « coûts externes , économies ou déséconomies externes » qui -sans remettre en cause le rôle du marché- sont à comptabiliser et à intégrer pour faire les choix économiques judicieux. Les forces du marché libre ne suffisent pas toujours !

    • S’il était si facile de compter les coûts ou économies externes, on parlerait tous russe.

    • Ce qui caractérise les externalités (coûts externes), c’est précisément qu’on ne peut les comptabiliser ni les intégrer, sinon il y a longtemps qu’on l’aurait fait.

      En ce qui concerne les externalités positives, il n’y a rien à faire, en ce sens que le consommateur involontaire n’a rien demandé au producteur de l’externalité. Pas d’échange volontaire, pas de valeur. En revanche, c’est à la justice d’apprécier les externalités négatives au cas par cas, en fonction des droits de propriété, ce qu’elle fait généralement très bien. Encore faut-il que la propriété privée soit reconnue et respectée par l’Etat.

      Vous pourriez être tenté de demander à l’Etat de définir la valeur des externalités négatives et de les compenser par des taxes. Mais c’est en vain car l’Etat est par nature et par destination incompétent dans ce domaine (non régalien) et ne peut que produire de l’arbitraire, arbitraire qui n’est pas une malencontreuse externalité mais la conséquence directe d’interventions inappropriées dans son champ d’incompétence. Les diverses tentatives de taxes carbones et leur rejet systématique par la population révoltée illustrent l’incompétence étatique de manière spectaculaire. Alors, il ne reste plus à l’Etat que la violence pour imposer son injustice, en attendant qu’il renonce ou qu’il s’effondre.

      Il existe également des externalités négatives imaginaires. Par exemple, la croyance que le CO² serait une pollution et aurait une influence non marginale sur le climat est une externalité négative purement imaginaire. Pourtant, les émissions de CO², parce qu’elles favorisent la croissance des plantes, sont en réalité une externalité positive non seulement non rémunérée mais, pire encore, lourdement taxée au nom d’une croyance farfelue. Double injustice.

      On le voit, il convient d’aborder le sujet des externalités avec une infinie prudence, faute de quoi on crée plus de mal que de bien. Enfin, on note que ce sont les pays les moins respectueux de la propriété privée (URSS, Chine…) où l’externalité négative de la pollution est la plus importante.

    • Vous avez raison, il faudrait tenir compte des externalités.
      Le souci, hélas, c’est que bien souvent on ne fait apparaître dans l’argumentation que les négatives, argumentation qui devient dès lors exclusivement à charge !
      C’est le cas en ce moment avec l’automobile, dont on nous répète, ad nauseam, qu’elle tue et pollue, coûte (suivant les estimations) entre 25 et 50 milliards à la collectivité (ce qui ne veut rien dire) rien que l’insécurité routière… Ce faisant on passe totalement sous silence l’impact positif sur le tissu industriel, le tourisme, le développement économique et l’emploi…
      Les externalités négatives, une nouvelle manière, très floue mais terriblement efficace, d’accuser son chien de la rage…

  • « L’État n’a rien à faire dans nos assiettes. Ni dans notre lit, ni dans notre vie privée. ». Bravo, rien à dire de plus, c’est limpide.

  • « Le consommateur sera toujours plus malin que le législateur. »
    certes mais le fisc lui sera toujours plus habile que le consommateur

  • Il faut une libéralisation totale et des règles claires pour tout le monde…
    N’est-ce pas un problème quand les règles sont « poussées » par certains en vue d’affaiblir des concurrents?
    Quant aux « pères fondateurs » et à leurs nobles intentions… c’est un narratif construit qui trahit la vérité. Et il n’y a pas que M. de Villiers qui le dit.

    • Pourquoi est-il indispensable d’avoir des règles qui garantissent la concurrence, qui la protègent, qui empêchent les monopoles etc ?

  • « Les erreurs commises avec la pyramide alimentaire, qui jugeait le gras responsable des maladies coronariennes et qui ont amené les gouvernements du monde entier à lutter contre le gras »

    Nous sommes ici dans un cas désormais bien documenté de crony capitalism : on sait aujourd’hui que ce sont en effet les industriels du sucre qui ont manigancé dans les années 60 pour diaboliser le gras, par l’entremise de scientifiques d’Harvard, dont l’un deviendra ensuite responsable de la nutrition dans l’administration américaine…

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