Syndicats et État, les vrais ennemis d’Air France

Air France A380-861 F-HPJA By: Christopher Griner - CC BY 2.0

Air France serait bien inspirée de se moderniser non pas pour répondre à l’initiative des Pays-Bas mais pour éviter de couler.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Il y avait beaucoup de comique dans les protestations des dirigeants français contre la décision de l’État néerlandais d’augmenter sa part dans le capital d’Air France-KLM. Les étatistes français qui s’opposent à l’interventionnisme d’un autre pays !

Mais au-delà de l’amusement, soyons sérieux : l’État n’a strictement rien à faire dans une compagnie aérienne surtout aujourd’hui, lorsque l’ouverture à la concurrence a été largement profitable aux clients. Personne ne peut le contester : il faut cinq minutes pour acheter un billet d’avion sur internet après avoir choisi la meilleure option sur un comparatif de prix. On n’en croit pas ses yeux lorsque l’on voit des tarifs ridicules pour aller à l’autre bout de l’Europe, voire plus loin. Ils pourraient même être encore moins élevés sans les taxes d’aéroports. Il n’y a aucun doute, la concurrence marche à condition de la laisser agir.

Une entreprise aux mains des syndicats

Ce n’est pas le cas chez Air France, une compagnie qui n’a pas su se transformer à temps. Comme la SNCF, la RATP et EDF, elle est dirigée surtout par les syndicats, en particulier celui des pilotes, le SNPL AF, qui refuse toute réforme et semble se battre avant tout pour conserver ses privilèges : des salaires pour une partie d’entre eux à plus de 300 000 euros brut par an (un coût moyen de 25 % plus élevé que celui d’un pilote de KLM), 15 jours de vacances supplémentaires par rapport au privé, la gratuité partielle des billets pour les salariés, les retraités et leurs ayants droit (coût annuel : environ 90 millions d’euros), un comité d’entreprise particulièrement gâté avec un budget de 3 % de la masse salariale (contre 1 % dans les autres entreprises), etc.

Aux politiques français qui ont la mémoire courte, il aurait fallu rappeler l’incroyable affaire de la chemise arrachée du DRH d’Air France sauvé in extremis par des vigiles ou les grèves de l’année dernière, entre mars et mai : plus de 15 jours qui ont coûté presque 400 millions d’euros, soit 50 % du bénéfice de 2017. On aurait pu les avertir aussi, avant que les Néerlandais s’en chargent, que la compagnie KLM, c’est 4 fois plus de bénéfices qu’Air France et que les marges en 2018, ont été de 9.8 % pour KLM et de 1.7 % pour Air France.

Peut-être les dirigeants de KLM en ont-ils eu assez de faire des efforts et de gagner de l’argent alors que leur partenaire en perd. Air France serait bien inspirée de se moderniser, non pas pour répondre à l’initiative des Pays-Bas mais pour éviter de couler. Pour cela, il ne faut surtout pas compter sur l’État ou les syndicats.

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