Bruno Le Maire sanctionnera le non respect des quotas de femmes

Bruno Le Maire by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0) — Fondapol , CC-BY

Quand Bruno Le Maire fait part de ses « convictions » sur la parité…

Par Nathalie MP.

Coucou, qui revoilà ? C’est Bruno Le Maire, plus corseté que jamais dans ses mines d’enfant de chœur et sa propension obsessionnelle au contrôle social millimétré de tout ce qu’il touche. Entreprises, tremblez ! Bruno Le Maire veille tellement sur vous qu’en fait, il vous surveille !

Il fallait le voir au dîner de l’association Financi’Elles qu’il présidait cette semaine à Bercy : là où ces dames militent pour encourager la mixité dans les entreprises et soutenir les ambitions professionnelles des femmes – activité parfaitement légitime tant qu’elle ne débouche pas sur une quelconque coercition, le ministre de l’Économie n’en finit plus de taxer, sanctionner et interdire tout ce qui ne cadre pas avec ses « convictions » les plus « arrêtées » (vidéo du tweet ci-dessous, 41″) :

Oui, vous avez bien lu : avec la loi PACTE, cette loi qui nous est hypocritement présentée comme devant aider les entreprises à grandir, les décisions prises au sein d’un conseil d’administration qui ne respecterait pas parfaitement les quotas de parité homme-femme seront purement et simplement annulées !

C’est Bruno Le Maire qui le veut, point ! Bruno Le Maire qui n’a pourtant jamais mis les pieds dans une entreprise, qui ignore tout de l’angoisse du chiffre d’affaires et qui n’a jamais pris la moindre décision où il risquait autre chose que l’argent des autres.

Législation de petit chef. Infantilisation complète du rapport entre l’État qui sait tout et les citoyens qui ne savent rien : tu ne quitteras pas la table tant que tu n’auras pas mangé tous tes épinards, tu n’iras ni à l’école ni à l’anniversaire de Pimprenelle. Ce qui peut se comprendre dans une perspective d’éducation des jeunes générations prend des allures de diktat dès lors qu’on l’applique à des individus libres et responsables. Libres et responsables d’entreprendre et de faire leurs choix économiques, notamment.

Comme si l’objectif ultime d’une entreprise était d’avoir un conseil d’administration composé précisément de 40 % de femmes ! Il faut le répéter, l’objectif d’une entreprise – et, in fine, son rôle social fondamental – consiste à dégager du profit. Oui, PRO-FIT !

Loin de représenter le vol odieux que lui reprochent en permanence une stupide brochette de politiciens démagogues et de syndicalistes encroûtés dans leurs privilèges et leur ronron collectiviste, le profit est le signe que l’entrepreneur a su combiner avec bonheur une judicieuse utilisation de ses ressources et la satisfaction du consommateur.

Si, pour être obtenue, cette satisfaction conduit à monter la part des femmes dans une entreprise spécifique à 50, 60 ou 100 % car seules les candidatures féminines offrent les compétences recherchées, eh bien, soit. Mais seul le marché pourra le dire, certainement pas une loi fondée sur un égalitarisme formel sans rapport aucun avec les préférences et les choix individuels des personnes concernées.

Mais il est vrai que la loi PACTE a aussi pour objectif de « repenser le rôle social » des entreprises. Au train où vont les choses, force est de constater que ces dernières sont priées – que dis-je, obligées ! – d’être de moins en moins des entreprises et de plus en plus des annexes des pouvoirs publics dont elles doivent adopter sans rechigner tous les volontarismes idéologiques.

Or les politiques dites volontaristes ne font que refléter la faible adhésion qu’elles suscitent dans la société, au point qu’il faut les imposer pour tenter de les faire vivre. Concernant justement l’égalité homme-femme qui figure très haut dans la liste des priorités gouvernementales, on ne compte plus les études bidons qui font état d’écarts de salaire aussi colossaux que mal calculés.

Mais si l’on se réfère à des enquêtes plus sérieuses menées à grande échelle sur des populations représentatives, il apparaît que les écarts résiduels entre les salaires ou le niveau de carrière des hommes et des femmes ne résultent pas d’une quelconque volonté machiste d’écarter les femmes – pourquoi, d’ailleurs, si elles sont moins chères et plus susceptibles de générer du profit ? – mais de leurs propres choix dans l’existence, choix essentiellement liés au fait que l’idée de concilier carrière et famille est plus présente chez elles.

Tout cela échappe totalement à Bruno Le Maire qui, en plein délire normatif, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Dorénavant, c’est la stricte parité dans l’entreprise qu’il faut viser :

Manifestement, Bruno Le Maire n’a pas reçu de note sur la dominante féminine dans certains secteurs et la dominante masculine dans certains autres. Envisage-t-il de traîner les femmes par les cheveux comme au bon vieux temps des cavernes pour les forcer à devenir chauffeurs routiers contre leur volonté ? À moins qu’il ne souhaite réaliser la parité dans les entreprises de transport en les obligeant à truffer leurs services centraux de personnel féminin sans nécessité, au risque de détériorer salement leur compétitivité ?

Heureusement qu’il prend toujours la précaution de préciser qu’il ne souhaite qu’une chose, faire grandir les entreprises – cette fois, c’est sa secrétaire d’État Agnès Runacher qui s’en est chargée – car ces propositions venant après son hostilité au travail du dimanche et son projet d’introduire un salaire maximum, on jurerait qu’il veut les couler toutes.

Si les membres de Financi’Elles semblent très satisfaites du magnifique volontarisme de Bruno Le Maire ainsi qu’en témoigne la pieuse reprise de toutes ses déclarations oiseuses dans leur fil Twitter, ce n’est pas le cas des sénateurs qui se sont prononcés en début de mois contre la nouvelle sanction envisagée par le ministre (vidéo, 02′ 22″) :

Nouvelle sanction, car avec la loi Coppé-Zimmerman de 2011, il est prévu qu’à partir du 1er janvier 2017, les conseils d’administration des sociétés cotées et des entreprises de plus de 500 salariés et plus de 50 millions de chiffres d’affaires comportent au moins 40 % de femmes, sous peine de voir les nominations non conformes annulées et les jetons de présence suspendus. On voit déjà le ramdam.

Mais avec l’idée d’ajouter une sanction portant sur l’activité même de l’entreprise, c’est tout simplement la pérennité de l’entreprise qui est atteinte, avec toutes les conséquences néfastes que cela entraînera obligatoirement sur l’emploi, les salaires, les prix et la croissance.

Les sénateurs ont donc voté avec raison contre cette folle disposition, sans parvenir à entamer le moins du monde la belle assurance du ministre :

« Oh moi, je n’ai pas besoin de réfléchir beaucoup parce que mes convictions là-dessus sont arrêtées depuis longtemps. »(au Sénat)

« Cette disposition a été supprimée par le Sénat, je la rétablirai à l’Assemblée nationale. » (Dîner Financi’Elles)

Autrement dit, moi, Bruno Le Maire, j’ai dépassé le stade de la réflexion pour vous imposer mes convictions politiquement correctes qui valent dogme irréfutable. Vos choix, vos préférences ? Hors sujet. Quant aux députés, qu’ils ne s’embêtent pas à réfléchir non plus. En tant que panache blanc infaillible du camp du bien, je dicte ma loi à l’Assemblée.

Bref, on nage en plein délire constructiviste, version progressisme à marche forcée.

Il serait agréable de penser qu’avec Bruno Le Maire, on tient un spécimen particulièrement gratiné, incontestablement navrant mais unique en son genre, de dirigeant politique totalement dominé par l’hubris qui s’empare si facilement des puissants.

Malheureusement, c’est bien l’ensemble de l’exécutif qui est atteint. Derrière les proclamations enflammées sur la nécessaire libération des énergies et la printanisation du pays, c’est Macron lui-même, entouré de tout son gouvernement, qui nous fomente une réalité législative plus idéologiquement encadrante que jamais.

Au lendemain de l’élection présidentielle, l’adhésion populaire envers le nouveau président n’était pas renversante mais il était de bon ton de « donner sa chance à Macron » malgré quelques signes avant-coureurs inquiétants. Deux ans après, on voit le fabuleux résultat : en France, on a peut-être trop de chômage et pas assez de pouvoir d’achat, mais au moins, si la parité homme-femme n’est pas scrupuleusement respectée, les entreprises coupables seront impitoyablement empêchées d’avancer !

Franchement, qu’est-ce que le peuple peut bien vouloir de plus ?

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