Inégalités salariales : pourquoi les lesbiennes gagnent-elles plus que les autres femmes ?

Gay Pride Flag - Crédit photo : Kellie Parker via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Les salaires des lesbiennes sont 9% plus élevés que ceux des femmes hétérosexuelles. Pourquoi ?

Par Alexis Vintray.

Les différences de salaires dans le champ professionnel sont nombreuses et parfois inattendues. Ainsi, il est bien établi dans les publications universitaires que les hommes gays gagnent moins que les hommes hétéros, de -4% (aux Pays-Bas) à -16% (aux États-Unis) :

Salaire gays (Crédits : IZA, tous droits réservés)
Salaire gays (Crédits : IZA, tous droits réservés)

Les lesbiennes gagnent jusqu’à 20% de plus que les femmes hétérosexuelles

Pourtant, c’est l’inverse pour les lesbiennes qui, selon différentes études, gagnent nettement plus. Ainsi, selon une étude de la Banque Mondiale faite par Nick Drydakis (Anglia Ruskin University) parue fin 2014, les femmes lesbiennes gagneraient 12% de plus que les femmes hétérosexuelles en moyenne, +8% au Royaume-Uni ou +20% aux États-Unis.

D’autres études soulignent régulièrement cette différence, comme en 2012 les travaux de Thierry Laurent et Ferhat Mihoubi (qui concluaient à un différentiel de +2% en faveur des lesbiennes) ou une étude de Gender & Society parue en juin 2015. Une étude de synthèse publiée en 2015 par Marieka Klawitter (University of Washington) conclut à un différentiel de salaire de +9%, même en corrigeant des différences d’éducation en particulier (ce qui biaiserait sinon l’analyse)..

Bien sûr, la difficulté à avoir des données fiables sur l’orientation sexuelle oblige à beaucoup de prudence dans l’interprétation de ces chiffres, de même que pour le vote gay. Mais la très grande majorité des études va dans le même sens. Alors pourquoi un salaire si supérieur pour les lesbiennes, que les anglophones appellent le lesbian wage premium ?

Des explications variées

Différentes raisons sont avancées, ayant peu à voir avec les discriminations si souvent avancées à tort pour expliquer des différences de situation.

La première explication évidente est que les lesbiennes ont beaucoup moins d’enfants que les femmes en couple avec un homme : pour les femmes blanches américaines, le différentiel est de 40% (23% contre 63%, US Census Bureau via The Economist). Et qui dit moins d’enfants dit davantage de disponibilité pour le travail. Mais la principale explication ne semble pas être là.

Salaires des lesbiennes et des femmes hétérosexuelles
Salaires des lesbiennes et des femmes hétérosexuelles (Crédits : The Economist, tous droits réservés)

La culture, principale explication

Mais la principale raison avancée est culturelle : la culture occidentale donne un rôle prépondérant à l’homme pour gagner le pain du foyer. Cela réduit les incitations pour les femmes à investir dans leur carrière (études, heures supplémentaires, etc.) et peut, aujourd’hui encore, en encourager certaines à trouver plutôt un mari riche. À l’inverse, une femme qui ne compte pas épouser un homme ne peut pas miser sur cette différence de salaire et devra au contraire se battre davantage pour gagner correctement sa vie par elle-même.

Cette théorie se confirme dans les chiffres : un article de 2009 paru dans Industrial Relations : A Journal of Economy and Society a ainsi étudié le différentiel de salaire avec les autres femmes pour deux groupes. D’une part les lesbiennes qui avaient été mariées à un homme (44% de l’échantillon), d’autre part les lesbiennes qui ne l’avaient jamais été. Le lesbian wage premium pour le premier groupe ne disparaissait pas mais était sensiblement réduit, de 17%.

Sur le même registre, le choix de carrière des lesbiennes les orienterait vers des carrières mieux rémunérées selon les études universitaires1. À l’inverse, les mêmes études soulignent que les hommes gays, moins payés que leurs homologues hétérosexuels, se sont orientés vers des carrières moins rémunératrices.

Discrimination… positive ?

Une autre explication tient au fait que les lesbiennes seraient discriminées… positivement par les employeurs, ceux-ci constatant qu’elles sont moins susceptibles d’avoir des enfants. Une explication qui souligne que les employeurs agissent rationnellement pour maximiser leur intérêt, ce qui se comprend, et non par rejet phobique.

Un discours contre-productif sur la discrimination

Tant de différences et de thèses qui soulignent également à quel point le discours sur les inégalités est instrumentalisé au profit de thèses politiques et non d’une compréhension scientifique de la situation.

Il en va de même de la différence salariale homme / femme, présentée souvent à tort comme résultant de discriminations vis-à-vis des femmes, alors qu’elle peut, au moins dans une large mesure, s’expliquer par des facteurs factuels : plus de mi-temps chez les femmes, plus de pauses dans la carrière, etc.

À lire aussi :

  1.  Badgett, M. V. L., and J. Frank. Sexual Orientation Discrimination : An International Perspective. New York : Routledge, 2007