Parité au Maroc : encore du chemin à parcourir…

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Parité au Maroc : encore du chemin à parcourir…

Publié le 4 février 2015
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Par Siham Mengad.

La fille credits Misao (CC BY-NC 2.0) publié d'abord sur Flickr
La fille – credits Misao (CC BY-NC 2.0) publié d’abord sur Flickr

 

Dans son préambule, la Constitution marocaine de 2011 énonce que « Le Royaume du Maroc s’engage à combattre et bannir toute discrimination à l’égard de quiconque en raison du sexe ». Aussi dans l’article 19, elle consacre une égalité totale entre les hommes et les femmes. Un texte ambitieux qui donne l’impression d’une réelle évolution de la situation de la femme au Maroc, et de l’engagement sur le chemin de la parité dans le pays. Qu’en est-il dans les faits, particulièrement en ce qui concerne la participation à l’activité économique (travail, entrepreneuriat, etc.) ?

En plus de la nouvelle constitution, le Maroc est signataire de huit des neuf instruments internationaux relatifs aux droits de l’Homme, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), de trois des quatre conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) consacrées à l’égalité, dont les conventions cent et cent-onze relatives à l’égalité des chances, de traitement et de rémunération.

Pourtant, les données sur le terrain démontrent un inégal accès des femmes à l’activité économique. Les femmes ont tendance à occuper des postes moins qualifiés et sous rémunérés et ont un accès limité aux postes à responsabilité. Plus d’un an après leur entrée sur le marché du travail, 75 % des femmes sont au chômage, contre 60 % des hommes. Le Maroc fait partie des pays où l’indice de la participation des femmes à l’économie est le plus faible (128ème sur 135 pays). En effet, la participation des femmes au marché du travail a chuté en passant de 30 % en 1999 à 25 % en 2012. La situation de la femme marocaine au travail est caractérisée par la vulnérabilité. Une part importante de femmes travaille dans le secteur informel, sans aucune protection sociale et sans rémunération tel que l’agriculture, les activités saisonnières, l’artisanat et le travail à domicile.

Les aides familiales, les domestiques de maison et des femmes travaillant dans le secteur traditionnel ne bénéficient de protection ni sociale ni médicale. La population des bénéficiaires de l’assurance maladie obligatoire est composée de 30 % de femmes contre 70 % d’hommes. Le harcèlement sexuel sur les lieux de travail reste une question insidieuse, rarement dénoncée, de peur des représailles.

Malheureusement il existe un décalage entre les textes et le vécu quotidien des femmes salariées, lequel touche particulièrement les salaires. Si dans le secteur public on relève des disparités de fonction et de promotion, dans le secteur privé, il existe un écart de salaire de plus de 25 % entre les femmes et les hommes. De même, le faible taux de syndicalisation des femmes et l’ignorance de leurs droits, les exposent à l’exploitation et aux discriminations.

Si le principe d’égalité a besoin de lois, leur existence ne suffit pas à en garantir l’effectivité. En dépit des progrès de ces dix dernières années, plusieurs obstacles se dressent encore devant la consolidation de la parité homme-femme dans la société en général, et au travail en particulier.
La discrimination subie par la femme marocaine trouve d’abord son origine dans l’accès inégal à l’éducation.

Près de 53 % des femmes au Maroc ne savent ni lire, ni écrire. La scolarisation de la fille au Maroc est contrecarrée par des valeurs et des représentations sociales qui empêchent parfois leur accès à l’espace public et, de là, toute révision ou remise en cause de la division sexuelle du travail. Le taux élevé d’abandon scolaire chez les filles est souvent dû à des choix familiaux reposant sur des conceptions traditionnelles telles que les mariages précoces ou la préférence donnée à l’éducation des garçons.

La persistance de préjugés et de stéréotypes ainsi que la culture patriarcale nourrissent la division sexuelle du travail. Il s’agit d’une culture discrétionnaire sexuelle du travail (hommes dehors, femmes au foyer). La décision unilatérale de l’homme en tant que chef de famille reste prédominante. Les questions de l’égalité, des violences, restent taboues. Ces inégalités font écho aussi à une lecture restrictive du référent religieux, notamment en ce qui concerne la question sensible de l’héritage, ce qui renforce la discrimination devant le droit en matière notamment de l’accès des femmes à la propriété foncière notamment les terres collectives. Une discrimination qui limite leur accès à l’entrepreneuriat et les confine dans des activités informelles.

Dans le même sens, l’environnement juridique des affaires est toujours hostile aux femmes. L’absence de facilités de financement et de crédits, la difficulté de constituer des réseaux commerciaux et le manque de personnel qualifié constituent les principaux obstacles au développement des entreprises féminines. Aussi, la corruption, la bureaucratie, l’absence d’état de droit qui favorisent les monopoles, les privilèges, rendent l’investissement pour les femmes très coûteux.

En outre, les conditions de travail des femmes sont très difficiles. L’absence d’infrastructures sociales de garde et de soins ne permettant pas une meilleure conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle. À cet égard on peut relever aussi : la non flexibilité des horaires de travail, la non disponibilité de logistique et de services, le non-respect du droit à l’allaitement et l’absence d’un local aménagé pour ce dernier, l’absence des conditions facilitant le travail de nuit (pauses et transport), une durée du congé de maternité faible. Autant de facteurs qui affectent le développement de la parité en matière économique.

Somme toute, les perceptions socialement construites et partagées des femmes et des hommes n’intègrent pas totalement le principe d’égalité dans leurs comportements. Les rôles sociaux et les valeurs traditionnelles constituent encore des obstacles à l’égalité effective des sexes. Le rôle des médias dans la promotion des valeurs d’égalité au Maroc demeure peu visible. L’apprentissage de la culture de l’égalité à l’école est peu ancré. Dans un contexte où la population marocaine est encore tiraillée entre la modernité et la tradition, les avancées formelles au profit des femmes sont à renforcer par des mesures visant un changement plus vaste des mentalités.


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  • Dans le titre, je conteste le choix du mot « parité » qui, en France surtout, a été dévoyé en « autant de femmes que d’hommes » au Parlement, dans les conseils de collectivités territoriales, dans les conseils d’administration…
    Ce qu’il faut combattre ce sont les discriminations institutionnelles, même non écrites. Et par exemple, tant que l’alphabétisation des femmes sera insuffisante, les autres constatations de classification, rémunération, etc. seront secondaires.

  •  » Les femmes ont tendance à occuper des postes moins qualifiés et sous rémunérés et ont un accès limité aux postes à responsabilité. »

    Ce constat est loin de ne s’appliquer qu’au Maroc … [s]Changer[/s] faire évoluer les mentalités est une entreprise de longue haleine. Au moins le Royaume Chérifien est-il en mouvement et pas vraiment à la traine parmi les pays musulmans.

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