Loi anti-casseurs : et la liberté de se rendre à un match de foot ?

Holland-Spain by Crystian Cruz(CC BY-ND 2.0) — Crystian Cruz, CC-BY

Pas un week-end sans qu’un préfet ne publie un arrêté empêchant le déplacement de citoyens souhaitant se rendre au stade pour soutenir leur club préféré.

Par Eddie Willers.

Nous nous étions interrogés en fin d’année dernière sur le libéralisme d’Emmanuel Macron que j’avais à l’époque fortement nuancé. Il faut noter que les dernières semaines sont venues apporter de l’eau à mon moulin.

Les attaques répétées contre l’anonymat en ligne, le retour de taxes en tous sens mais surtout la fameuse loi anti-casseurs sont autant d’exemples montrant que ce gouvernement n’aime décidément pas beaucoup la liberté de ses citoyens.

Je souhaitais m’attarder aujourd’hui sur cette fameuse loi anti-casseurs qui a scandalisé beaucoup de personnalités politiques (à juste titre). Cela fait maintenant de très nombreuses années que les préfets, qui faut-il le rappeler ne sont en aucun cas des juges, assignent des personnes à résidence à l’occasion de manifestations publiques.

Ces citoyens de seconde zone, ce sont les supporters de clubs de foot. Pas un week-end sans qu’un préfet ne publie un arrêté empêchant le déplacement de citoyens souhaitant se rendre au stade pour soutenir leur club préféré. Les motifs les plus surprenants sont invoqués pour venir justifier ces interdictions : de rivalités inexistantes entre deux clubs en passant par des invectives sur les réseaux sociaux.

En janvier dernier, le préfet de la Loire-Atlantique avait ainsi fait retenir des supporters rennais sur des parkings et dans des bus, les empêchant de se rendre à la Beaujoire, stade du FC Nantes. Le traitement pour le moins inamical des forces de l’ordre envers ces supporters avait alors permis à ceux des deux clubs de s’unir, chose rare, pour dénoncer une cause commune.

J’ai entendu ici et là des politiques de tous bords nous expliquer que l’entrave à la liberté de manifester était bien plus grave que celle d’aller voir un match de foot. Après tout, regarder 22 gars courir derrière un ballon, c’est un truc de beauf, de sous-citoyen, on peut bien s’en accommoder.

Indépendamment de ce jugement parfaitement stupide sur ce magnifique sport qu’est le football, j’ajouterai que c’est en permettant à des préfets d’étendre leurs prérogatives à l’encontre des libertés individuelles les plus primaires que nous créons les conditions de cette fameuse loi anti-casseurs.

Cela fait pourtant de très nombreuses années que les acteurs du monde du foot dénoncent ces interdictions de déplacement. Les tribunes en France sont dans leur très grande majorité des lieux tout à fait pacifiques et les bagarres générales y sont bien rares. Il suffit d’ailleurs de regarder ce qu’il se passe lorsque les autorités autorisent les supporters adverses à se rendre au stade : une très belle ambiance et une absence quasi générale de dégradations ou de violences.

La politique du risque zéro et de l’arbitraire va ainsi à l’encontre de la liberté d’aller et venir. En agitant le spectre de « hordes de hooligans », les autorités ne font en réalité qu’attiser la colère de supporters à qui on empêche de se rendre dans une enceinte sportive.

Le droit de manifester n’est en aucun cas un droit supérieur à celui d’aller à un match de foot. Les deux constituent une forme de liberté d’expression et d’aller et venir.

Alors, en lieu et place d’opposer les supporters et les manifestants, nos hommes politiques devrait plutôt s’ériger contre un gouvernement qui tend de plus en plus à oublier le sens du premier mot de notre devise nationale.

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