Loi Alimentation et prix à la consommation : problème de compréhension ou de bonne foi ?

Il faut sans doute être un apparatchik du gouvernement ou un député pour imaginer que cette loi permet de remonter les prix payés par la chaîne de distribution alimentaire aux producteurs agricoles.

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Loi Alimentation et prix à la consommation : problème de compréhension ou de bonne foi ?

Publié le 17 février 2019
- A +

Par Wackes Seppi.

Le Figaro nous propose un article passablement détaillé : « Loi alimentation : les prix en hypermarché ont augmenté de 4,2 % en 15 jours ».

D’autres chiffres ont été jetés en pâture, par exemple par le Parisien avec « Hausse de prix dans l’alimentation : « Les Français les plus modestes vont payer » » (selon l’UFC-Que Choisir) et « Loi alimentation : des hausses de prix de 0,5 à 9,9 % ! ».

Qu’en est-il vraiment ? La loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous inclut une disposition selon laquelle le seuil de revente à perte est relevé de 10 %.

Le mécanisme envisagé est illustré ci-dessous par une partie d’une infographie du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation :

Donc, le distributeur prend 10 % de marge par rapport au prix d’achat augmenté du coût du transport, des taxes, etc. sur un produit d’appel (par exemple le Coca Cola ou le pastis – voir infographie du Parisien) précédemment vendu à prix coûtant (ou avec une marge inférieure à 10 %). Cela lui permettra de prendre moins de marge sur les poires et mieux rémunérer le producteur agricole…

Il faut sans doute être un apparatchik du gouvernement ou un député pour imaginer que cette mesure permet de remonter les prix payés par la chaîne de distribution alimentaire aux producteurs agricoles.

Du reste, les retours d’information sur les négociations en cours sont plutôt contrastés (voir par exemple ici, ici et ici)…

Il ne sera pas facile de démêler, dans l’évolution des différents éléments de prix, ce qui relève de l’évolution des marchés et ce qui résulte de la loi EGAlim. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation semble être optimiste – béatement…

« Les négociations commerciales en cours, grâce à la loi Alimentation, font que les prix sont en train d’être relevés pour les agriculteurs, notamment pour le lait… »

Les « ministères » trouvent que les résultats sont mitigés

L’infographie du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a un grand mérite… probablement acquis à l’insu de son plein gré : elle suggère une augmentation des prix pour le consommateur, le prix de la bouteille étant augmenté de 10 % et celui des poires restant inchangé.

Quelle est alors l’augmentation ? L’article du Figaro se fonde sur une étude du cabinet Nielsen qui a procédé à des relevés de prix avant et après l’entrée en vigueur de la nouvelle disposition. Cela donne lieu à une avalanche de chiffres et à un véritable labyrinthe.

Une chose est cependant sûre : le titre, « Loi alimentation : les prix en hypermarché ont augmenté de 4,2 % en 15 jours », est faux ! La réponse est du reste donnée dès le chapô :

« En moyenne, les produits les plus consommés ont augmenté de 4,2 % en hypermarchés et de 3,1 % en supermarché, entre le 26 janvier et le 9 février, selon une étude du cabinet Nielsen. 72 % des foyers sont concernés par cette hausse des prix, qui touche essentiellement les produits de grande consommation et principalement l’alcool. »

Il est du reste difficile de croire que l’alcool ferait partie des « produits les plus consommés »…

Le Cabinet Nielsen était pourtant clair :

« L’analyse du top 100 des références du PGC montrait le 2 février des hausses de +4 % en hypermarchés et de +2,6 % en supermarchés comparativement au 26 janvier. Une semaine plus tard, la hausse des prix se poursuit : l’augmentation atteint désormais +4,2 % en hypermarchés et +3,1 % en supermarchés.

Si l’on considère le top 100, on s’aperçoit que la hausse moyenne ne peut pas être celle annoncée par de nombreux médias avec une formidable dose d’imprudence, d’inconscience et de manque de sérieux et de discernement.

Pour rappel, particulièrement à l’intention des journalistes incultes et des titreurs adeptes du clic facile, une moyenne ne peut pas être supérieure à la valeur la plus élevée…

Mais cette gesticulation à propos d’une hausse de 4,2 % – fondée sur une erreur manifestement grossière – soulève aussi une question sur la bonne foi de l’information.

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  • Nous vivons dans quel régime pour que les marges des entreprises privées soient fixées par le gouvernement ???
    La dictature habillée de bonnes intentions se met en place dans tous les domaines de notre vie, qui n’a plus rien de privée…

  • pour l’équilibre des relations commerciales….
    les agriculteurs français ont un problème de compétitivité et un problème de taille vis à vis des centrales d’achat me semble t il..

    Il ya une vérité que personne n’ose dire, en plus des problèmes politiqueset réglementaires , il y a des exploitations qui ,dans le système actuel , sont vouées à disparaître. L’effort d’adaptation éventuel doit venir d’elles m^me. certaines ont opté pour la création d’une autre filière où des tas de qualités des produits autres que les qualités organoleptiques sont mises en avant..ça ne suffira sans doute pas..
    mais réussir à gâcher le potentiel agricole du pays , il faut le faire!!!

    • à une époque où le développement de pays comme la chine ou du reste monde ouvre des opportunités!!

    • Oui en Bourgogne on a connu un agriculteur, vaches laitières, qui nous a bien expliqué que son exploitation n’était pas rentable, que d’autres diversifiaient leur activité mais que lui n’en voyait pas l’intérêt puisqu’il touchait les aides…

  • Con-tribuables, con-sommateurs : vaches à lait à tous les étages ! Vaches à… lait, pommes, poires, courgettes. Vaches à… agriculteurs….

  • Les Français sont totalement favorables au libre marché sans concurrence …

  • Le Problème, c’est le « Poids », le « Rôle », et les « Méthodes » des Huit Familles qu’ on appelle « La grande Distribution » dans l’alimentation et la consommation courante des ménages Français. Ainsi que dans l’urbanisme de toutes nos villes moyennes et grandes. Une correction Radicale est devenue urgente.

  • Comprends pas !

    Peut importe que les prix aient augmenté de 2% ou 4%. Faire augmenter les prix brutalement par décret alors que la foule manifeste pour son pouvoir d’achat ?

    Et la presse subventionnée n’en parle même pas. Circulez – dégagez votre caddie de la caisse – ya rien à voir ?

    • C’est simple a comprendre, c’est bien le problème des huit familles qui fiancent ici et la nos députés maires !

      • Et qui ont perdu pas mal d’argent à cause du blocage de centres commerciaux. C’est peut-être pour ça qu’ils se rattrapent en mettant ça sur le dos de la loi. Mais bon c’est du grand n’importe quoi.

        CPEF

      • Je croyais que votre poste de 10:23 était du second degré… mais visiblement, non.

    • Ben oui mais faut penser à augmenter le pouvoir d’achat des agriculteurs. Le serpent se mord la queue et ce serait mieux de baisser les dépenses publiques pour que le pouvoir d’achat augmente naturellement plutôt que cette intervention arbitraire de l’Etat sur les prix.
      Mais bon…

      • Pour augmenter le pouvoir d’achat des agriculteurs, laissons-les se développer sans contraintes. L’idée qu’en forçant les prix des produits d’appel à être moins « appelants », on dégagerait des marges que la distribution pourrait généreusement offrir à ses fournisseurs, c’est à peu près comme d’imaginer qu’avec la suppression de leur obligation de payer la taxe d’habitation, les contribuables disposeraient de quoi payer plus cher leur mobilier et leurs vêtements…

        • C’est totalement vrai donc impossible à comprendre pour un socialiste. Et cela montre bien que notre gouvernement d’extrême centre est un gouvernement socialiste.

  • @ alan , c’est le nouveau jeu de ce gouvernement , je vous donne 100 ,je reprendrai 150 , à peine parler du pouvoir d’achat , le lendemain hausse électricité , légumes etc… L’ÉTAT est une mafia , vous donne d’une main et vous vide votre poche ..
    Vous aiiez voir , votre pouvoir d’achat !!! je 1 et je reprend 10 …la mastubation cérébrale à
    de l’avenir !!

  • Le problème ne concerne pas que les produits agricole:
    Voici une photo du rayon « EAU » d’une grande surface en Chine:
    https://ibb.co/Y8k8DW2
    Il n’y a aucunes palettes de packs d’eau !
    Pour la bonne raison, qu’il y a des centaines de milliers de petits magasins comme celui ci qui vous livre de l’eau en bonbonne chez vous : https://ibb.co/0nxT8WV
    Ces petits magasins sont un melange de magasin en nom propre et d’auto-entrepreneur:
    Pas de loyer (propriétaire), pas de taxe foncière, pas de taxe d’habitation, pas de taxe professionnelle, pas de TVA si CA inférieur a 13 000 euros/mensuel), pas de RSI …
    Si ces petits magasins auraient a payer toute la panoplie de taxe que l’on a en France, ils fermeraient, car l’activité ne serait pas rentable.

    En Chine personne va acheter une boite de mais qui coute 5 fois plus chers que 2 épis de mais frais .
    https://ibb.co/Pjsg81Z

    Il y a en Chine un nombre impressionnant de petits magasins de professions diverses qui existe, car ils ne sont pas taxes a mort.

    En France et dans le monde on a tendance, a privilégie les grands groupes qui deviennent très puissants et qui finissent par dicter leur lois aux états.

    • On ne peut pas comparer le système chinois au système français. Oui, il y a là-bas plein de petits boulots qui ont complètement disparu en France. Il y a 2 mots qui ont disparu du vocabulaire chez nous, détruits par notre très beau (et très cher) État Providence : débrouille, et solidarité, principalement familiale, mais pas seulement (pour ceux qui ont entendu parler du guanxi).
      C’est simple, les gens là-bas savent qu’en cas de coup dur, ils ne peuvent compter que sur eux mêmes, ils agissent en conséquence. En contrepartie, on (=les autorités) les laisse agir sans trop les embêter, tant qu’ils ne deviennent pas trop gros.
      2 exemples basiques de choses que je fais moi-même en France parce-que ça coûte un bras de le faire faire, et que je n’aurai plus l’idée de faire en Chine : cirer mes chaussures et repasser mes chemises.

      • Le problème c’est les frais que doivent supporter les petits magasins en France, si vous supprimer, le loyer, les taxes foncières, d’habitation taxe professionnelle, le RSI, l’activité devient possible.
        En Chine je n’ai nul besoin de prendre ma voiture pour acheter un pot de peinture, un marteau, vous avez des « marchands de couleur » partout. (les jeunes ne doivent pas savoir ce que c’est). Meme chose pour des magasins d’accessoires bébés, ou des magasins de rideaux, de n’importe quoi.
        Ce qui est sur c’est qu’un petit magasin ne peut pas offrir le meme pot de vin qu’une grande surface.

  • Sans chercher très loin, dans mon entreprise il y a une restauration collective. Quand il y a du bœuf, il est la plupart du temps originaire d’Allemagne, parfois de Pologne. En France, nous ne voulons pas d’élevages industriels. Résultat : on se retrouve sans élevages du tout, ou alors comme pour tout le reste : on s’autorise un petit nombre d’élevages « artisanaux » qui donnent un produit de niche, et on laisse les autre pays nourrir la plus grosse partie de la population.
    Pas sûr que ce soit gagnant…

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