Comment accepter l’incertitude de la concurrence en démocratie ?

La concurrence est synonyme d’imprévisibilité. En cela, elle est angoissante et épuisante pour les individus. Le défi de nos sociétés démocratiques est d’inventer le compromis social qui rend cette incertitude acceptable, sans asphyxier la liberté.

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Comment accepter l’incertitude de la concurrence en démocratie ?

Publié le 5 février 2019
- A +

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Réfléchissant à l’effondrement de la démocratie hongroise à l’approche de la Seconde guerre mondiale, Sandor Marai décrivait une bourgeoisie apathique qui cohabitait en l’ignorant avec une colère sociale sourde. Il soulignait que, dans cette société cloisonnée, l’élite était devenue une caste qui « récusait (…) la libre concurrence, qui ne connaît d’autres lois que celles, naturelles, du talent, du savoir, de l’offre et de la demande1 ».

Ce que Marai décrit à propos du politique se retrouve dans le domaine économique : les acteurs en place se défient de l’opérateur qui perturbe l’équilibre existant. Dans Le Bonheur des Dames, Zola rapporte les réflexions de l’épouse de Robineau, dont l’activité est menacée par le grand magasin : « sans doute, le client était satisfait, puisque, en fin de compte, c’était le client qui bénéficiait de la baisse des prix. Seulement, il fallait bien que chacun vécût ». La question de la défense des producteurs anciens face aux entrants n’est pas nouvelle.

Ces deux réactions hostiles traduisent une revendication récurrente face à la dynamique mouvementée de la concurrence : la demande de préservation de stabilité. Cette attente est légitime : personne n’aime voir sa situation remise en cause. Le chauffeur de taxi qui s’est endetté pour acquérir sa licence a raison de s’inquiéter pour son avenir si elle perd sa valeur. Le fonctionnaire parvenu à se hisser au sommet de l’administration n’est pas le mieux placé pour remettre en cause le budget dont il a la charge et qui justifie sa carrière comme son salaire. Le chef d’entreprise qui préside à la destinée d’un groupe ne se réjouit pas spontanément de l’entrée sur le marché d’un concurrent plus agile et performant.

Deux stratégies politiques

Deux stratégies politiques sont schématiquement envisageables pour répondre aux revendications de ces potentielles victimes des transformations économiques et sociales.

La première mise sur la flexibilité et la mobilité pour faciliter le cycle continu des destructions créatrices. Le politique s’y fait modeste, acceptant son incapacité de prédiction ; le rôle de l’État y est limité et son intervention réparatrice. Cette société de marché est instable : l’équilibre social est reconfiguré à chaque instant par la confrontation de nouvelles solutions individuelles.

La seconde cherche à préserver la stabilité sociale pour protéger les citoyens de heurts économiques brutaux. Le politique y est devin ; l’État, qui prétend y anticiper les mutations, intervient de façon préventive, régulant les choix individuels dont il se défie. Il se fait nécessairement contraignant : toute déviation est une atteinte à l’intérêt collectif qu’il a défini de façon immanente.

Ces deux modèles sont évidemment caricaturaux, mais ils sont des guides éclairants : leur différence réside dans la propension de chaque société à accepter une part d’aléa. Plus celle-ci est restreinte, plus la concurrence est encadrée, plus les choix individuels sont contraints, plus la liberté régresse.

La concurrence est synonyme d’imprévisibilité. En cela, elle est angoissante et épuisante pour les individus. Le défi de nos sociétés démocratiques est d’inventer le compromis social qui rend cette incertitude acceptable, sans asphyxier la liberté. L’enjeu est là, car historiquement, la défiance vis-à-vis de la concurrence et de la liberté a conduit aux pires extrêmes.

Sur le web

  1.  Ce que j’ai voulu taire.
Voir les commentaires (9)

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  • Bonjour,
    dans tous les cas, la réaction du peuple face à cette concurrence, passe par l’éducation. Si on apprends « aux gens », dès tout petit, la vertu de la liberté, de la responsabilité individuelle, de la propriété privée, de la remise en question, plutôt que l’infamie socialo gaucho, fondée sur l’assistanat, la victimisation, l’égalitarisme, la rancoeur, le vivrensemblisme, on aurait une société beaucoup plus préparée…

    • Pas facile avec une Education Nationale qui fonctionne sur une autre planete avec des idées gauchistes d’il y a 80 ans, inculquées à nos banbins dès le plus jeune age.
      Sans compter les médias à plus de 80% à gauche qui en remettent une couche.
      Endoctrinement soft mais endoctrinement tout de même…
      C’est déjà tout ce système qu’il faudrait corriger. Comment faire découvrir à ce monde là qu’un autre monde existe près d’eux ? Un stage de 2 ans obligatoire en PME ?

    • Bonjour,
      On aimerait bien que ce soit le cas mais c’est de l’ordre du cliché. On éduque pas ou si peu les esprits sur ce genre de choses. Avec de l’instruction (c’est mieux) mais même sans, les gens pour la plupart s’adapteront naturellement très vite si l’environnement l’exige. Les compromis s’établissent spontanément moyennant un petit garde-fou législatif. En revanche si l’Etat joue l’arbitre dans presque toutes les interactions humaines comme dans notre France centralisée, les forces concurrentes chercheront son soutien unilatérale en provoquant le clientélisme, le capitalisme de connivence et surtout des clivages entre tous les corps sociaux.
      La décentralisation du pouvoir politique et économique, voilà qui apaiserait le pays.

      • , c’est le poids des administrations qui asphyxie les individus

      • La décentralisation c’est bien mais pas suffisant. Il faut vraiment limiter à la portion congrue l’intervention de la collectivité (centrale ou locale) dans la vie de l’individu, ce qui veut dire diminuer drastiquement les quantités de pognon qu’elle récolte et distribue, même au niveau local.
        Sinon, les seigneuries et cliques locales engendrent des dérives qui font pâlir les pires excès de l’Etat centralisé.

        • Evidemment il ne faut pas décentraliser sur le principe des vases communiquants, ça coule sous le bon sens ! Décentraliser c’est tout bonnement laisser le pouvoir de décision à l’échelon (politique, économique ou civil) le plus pertinent.
          C’est tout de même dingue que ce concept élémentaire n’allume pas une lumière dans vos caboches de pleureuses 2.0, le « c’est » la faute des autres et bla bla dans ta gueule de gaucho et de politicard. Ah c’est sûr qu’avec ça le pays est sauvé ! Quelle misère !

  • Un nouvel article de TropLibre les pseudo libéraux qui sont financés à 84% par des subventions d’état.

    Contrepoints ne devrait pas cautionner ce genre de source en les publiant.

  • « La concurrence est synonyme d’imprévisibilité. En cela, elle est angoissante et épuisante pour les individus. »

    Mais comment peut-on écrire une chose pareille ?

    La concurrence est l’une des plus belles choses car elle nous permet de choisir et pouvoir choisir, c’est être libre, même si c’est au risque de se tromper et devoir en tirer une leçon.

    Elle est dans tous les domaines, et existait bien avant les monnaies et les états.
    Elle ne se limite pas aux marchandises, mais se retrouve dans tous les domaines de la vie.
    Je n’ai encore jamais vu de personnes angoissées ou épuisées dans une galerie marchande, un supermarché, chez un vendeur auto…sauf lorsque ces derniers veulent limiter notre choix

    « Le défi de nos sociétés démocratiques est d’inventer le compromis social »

    Ah, nous y voilà ! « trop libre » veut nous justifier la présence d’un état qui sait mieux que nous ce qui est bon pour nous !

    Sauf que l’Etat est souvent le problème et que très rarement la solution.

  • La concurrence me fait pas peur, la preuve je suis partis en Chine, si le Chinois fait 50 heures par semaine, j’en fait 70.
    Ce qui m’a fait peur en France et en occident, c’est la politique des partis, les hommes politiques roulent pour eux, avoir le maximum, partout pour avoir une retraite en or. Ils sont prêt a n’importe quoi pour être élus, quitte a endetter la France sur 2 generations pour se remplir les poches. Une nouvelle taxe par semaine, comment voulez vous faire un business plan ?
    En Chine, les politiciens sont ce qu’ils sont avec le partis unique, mais avec un objectif: La Chine et les Chinois d’abord.

  • Les commentaires sont fermés.

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