Rapport OXFAM : Quel accroissement des inégalités ?

Thomas Piketty (Crédits : PS du Loiret, licence Creative Commons)

Quelle crédibilité accorder au rapport Oxfam sur les inégalités dans le monde ?

Par Delphine Gondebert.

Thomas Piketty (Crédits : PS du Loiret, licence Creative Commons)
Thomas Piketty (Crédits : PS du Loiret, licence Creative Commons)

Depuis la crise de 2008, de nombreuses études tendent à montrer que les inégalités s’accroissent entre riches et pauvres au sein de la plupart des pays du monde aujourd’hui. Tout le monde a en tête le succès de l’économiste Thomas Piketty et de son ouvrage, Le Capital au XXIe siècle.

Face à ce constat, l’ONG OXFAM qui agit contre les injustices et la pauvreté dans le monde, vient de publier une étude sur l’accroissement des inégalités accompagnée de chiffres destinés à effrayer. Ainsi, 1% des personnes les plus riches possèderaient en 2016, 50% des richesses mondiales. Cet enrichissement des plus fortunés s’expliquerait, selon OXFAM, par une envolée du prix des actifs financiers. À ce constat chiffré s’ajoutent des recommandations pour venir à bout des inégalités, comme la lutte contre l’évasion fiscale ou l’encouragement à taxer le capital au profit du travail.

Ce rapport OXFAM fait l’objet depuis plusieurs semaines d’une large diffusion médiatique. Il faut toutefois nuancer ces chiffres qui effrayent bien plus qu’ils ne nous renseignent sur la réalité de la situation mondiale actuelle

Une critique des sources utilisées et de leur exploitation

Les données utilisées par l’ONG OXFAM sont issues du Credit Suisse Global Wealth Datebook et du classement des plus grosses fortunes établi par le magazine économique Forbes. Elles mettent en avant une mesure de la richesse appuyée sur la valeur nette de celle-ci, c’est-à-dire la valeur des actifs déduite du poids des dettes. Cette manière de mesurer la richesse est contestable du simple fait que les dettes sont purement effacées du mode de calcul. Or, elles constituent une composante essentielle pour comprendre la répartition des richesses dans le monde.

Un exemple assez révélateur permet de comprendre cette mesure biaisée. En effet, un fermier chinois d’une province rurale qui a peu d’argent mais aucune dette est plus riche qu’un étudiant américain fraîchement diplômé d’une école de médecine et endetté par le remboursement de ces frais de scolarité. Cette différence, plutôt surprenante au premier abord révèle pourtant la faille des retombées de l’étude d’Oxfam. Effectivement, du fait de leur fort endettement, Jérôme Kerviel, ancien trader de la Société Générale ou les époux Clinton à leur sortie de la Maison blanche sont plus pauvres qu’une grande partie des populations d’Inde, du Pakistan et de Bangladesh. Cela s’explique par un endettement plus important face à la part active de leur revenu.

La mise en lumière d’une inégalité plus importante : l’accès au marché du crédit

Matt Yglesias, économiste au magazine Vox affirme : « You have to be pretty damn rich to get that poor ». Comment expliquer ce constat ? Par l’accès au marché du crédit. En effet, il détermine l’image que l’on a de la richesse d’un pays et la possibilité pour ces habitants d’emprunter et donc de s’endetter plus facilement jusqu’à apparaître pauvre. À titre d’exemple, les États-Unis, considérés comme un pays riche, ont pourtant 7% de leur population placé dans les 10% des personnes les plus pauvres au niveau mondial.

C’est cette inégalité face à l’accès au crédit et donc à la richesse qui doit être mise en avant pour expliquer ces chiffres. L’inégalité n’est pas tant entre pays plus ou moins développés qu’entre ceux ayant un accès au marché du crédit et les autres qui en sont privés.

La réalité sur le parallèle entre argent et politique.

Enfin, l’étude d’OXFAM et par la suite les médias ont tenté d’interpeller l’opinion publique internationale sur l’accaparement du pouvoir politique par « une riche élite qui ne gouverne que pour servir ses intérêts ». Dès lors, la démocratie serait en crise. A cela, il faut apporter quelques nuances. L’argent comme instrument de mainmise du politique par les plus fortunés ne concerne pas tous les pays du monde. En effet, on remarque que les personnes les plus riches représentant 1% de la population mondiale contrôlent 38% de la richesse américaine, 23% de la richesse anglaise et 24% de la richesse canadienne. Ainsi, en dépit du poids financier de ces pays, on voit que seule une poignée d’État est concernée.

De plus, on remarque aussi que malgré un niveau de richesse élevé chez certaines personnes, la tentation d’influencer financièrement le politique n’est pas forcément acquise. Pour reprendre l’exemple du médecin américain, nonobstant une future richesse supposée importante, celui-ci ne va probablement pas l’utiliser à des fins d’influence financière sur le politique.

En définitive, les inégalités sont le fruit avant tout du système en place et de la possibilité ou non d’avoir un accès facilité au marché du crédit. Cette critique ne revient pas à dire que les inégalités n’existent pas. Bien au contraire, elles existent mais elles ne sont pas forcément là où on pense.

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