Grand débat national : que faire pour éviter la gabegie annoncée ?

Le gouvernement pose des questions en ayant en tête ses propres réponses. Réservons-lui des questions inédites, des réponses incroyables, sans nous laisser imposer ses règles. OPINION

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Clavier d'ordinateur (Crédits : Amancay Maahs, licence Creative Commons)

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Grand débat national : que faire pour éviter la gabegie annoncée ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 janvier 2019
- A +

Par François Lainée.

Le Grand débat national, présenté comme une réponse à la demande d’écoute des Gilets jaunes, est un exercice massif, par son échelle, son périmètre et, veut-on nous faire croire, son impact potentiel. En fait la réalité matérielle de son organisation porte les germes irrémédiables d’un gigantesque pschitt, de mots sans contenu, de réformes sans vrai effet.

Mais tant que la balle roule, les citoyens peuvent anticiper ce résultat zéro. Députés, maires, tous les rouages de l’exécutif installé peuvent être saisis pour prendre position, individuellement, sur les changements demandés. Et des plates-formes citoyennes peuvent aussi contrarier cette fatalité. Dans le cadre, et hors cadre, les citoyens peuvent et doivent jouer le grand débat à leur main.

Que faut-il attendre du Grand débat ?

Une lettre aux Français qui cadre des questions, des échanges (du président) avec les maires, des débats qui s’organisent dans tout le pays, un relais des médias sur les débats auxquels participent les vedettes du pouvoir…

En marche… Le Grand débat national, c’est parti… Et tout pourrait donc sembler en bonne voie de normalisation, après une crise de colère enfin canalisée par des échanges cadrés.

Mais un grand mystère plane : quelle est la promesse de ce Grand débat ? Débat-on pour débattre, ou le gouvernement veut-il faire de vraies réformes sur la base de ce qui en sortira ?

Croyant ou sceptique, chacun peut choisir sa position. Pour moi, clairement sceptique, et sur la base de trois éléments :

  1. mon expérience de citoyen engagé ayant rarement vu les hommes politiques agir sur des sujets difficiles qu’ils n’ont pas eux-mêmes décidés
  2. l’absence de toute mention sur ce sujet dans la lettre présidentielle
  3. les manœuvres en cours pour préparer les prochaines étapes du Grand débat. Actuellement, le ministère des Finances contacte des entreprises pour numériser les cahiers de doléances et comptes rendus de débats : en moins de 2 mois, numériser l’ensemble des documents, et les transcrire de l’écriture manuscrite à typographique. Le délai est court, mais abordable. Mais la transcription typographique est un rêve. Le taux d’erreur de ces exercices, à partir de multiples données manuscrites, est massif. Aucune chance que le résultat de ces traitements soit exploitable pour une lecture partagée par ceux en charge d’une synthèse.

Il faut le reconnaître, l’exercice est compliqué. Mais ce ne sont pas les citoyens qui ont décidé de l’organiser, et encore moins comme il l’est.

Alors, compte tenu de l’improvisation de cette organisation, que va-t-il se passer ?

Très vraisemblablement des groupes vont travailler sur un matériau incomplet et massif, des mots vont surnager (pouvoir d’achat, ISF, RIC, participatif, retraites trop faibles…), des propositions plus élaborées seront enfouies et perdues dans l’organisation dépassée, et une synthèse à la sauce com sera servie au bon peuple enfin vidé de sa colère.

Exemple de com possible : le Grand débat a été un magnifique succès. X débats, Y millions de participants, Z cahiers de doléances et comptes rendus, des milliers de demandes ou propositions, 500 citoyens pour faire une synthèse. Impossible bien sûr de rendre compte en détail de toutes ces idées, mais prenons deux exemples :

  • le pouvoir d’achat : oui, c’est vrai, vous le dites, c’est un vrai souci partagé. Nous avons déjà libéré 10 milliards d’euros pour améliorer cette situation, et nous allons faire davantage
  • la participation des citoyens : c’est une demande importante, et vous avez raison. Aussi avons-nous décidé de la prendre en compte avec l’ampleur et la facilité des outils modernes de communication. Ainsi le CESE, Conseil Économique Social et Environnemental, va ajouter à ses missions la collecte des demandes citoyennes d’écoute par le gouvernement, via des pétitions qui pourront être déposées sur sa plateforme. Et toute pétition atteignant 2 millions de signatures donnera lieu à une discussion en Conseil des ministres, et à l’Assemblée nationale…

 

Le Grand débat est une opportunité citoyenne

Oui, compte tenu de l’improvisation matérielle de l’opération Grand débat, et des pratiques habituelles du pouvoir lorsqu’il est contesté, il vaut mieux ne pas attendre les résultats pour diffuser les attentes et propositions vers ceux qui se posent comme les seuls légitimes à changer nos règles. Voici quelques idées :

  • à l’issue d’un débat, autant que possible rédiger un compte-rendu tapé sur un traitement de texte
  • organiser ces comptes-rendus, manuscrits ou numériques, en mettant en évidence, dans une synthèse en tête de compte-rendu, des propositions concrètes de changements (exemple : instaurer un RIC avec quelques détails sur le champ/les seuils, supprimer tous les impôts sur les impôts, créer une chambre citoyenne d’évaluation de la légalité des actes des élus, …)
  • diffuser ces comptes-rendus aux députés locaux (adresse mail prénom-nom@assemblee-nationale.fr), au nom du peuple (les citoyens du débat), en leur demandant un retour écrit de prise de position
  • diffuser également ces comptes rendus vers les élus locaux (maires, conseillers généraux…) en les invitant à répondre, et en leur demandant de soutenir leur application auprès des députés
  • si vous êtes « manif »
  • mettre en ligne les revendications et propositions, numérisées si possible, sur une plateforme comme celle que les Gilets jaunes ont lancé le 28 janvier, pour créer une mémoire alternative à l’officielle, et organiser une discussion multi points de vue sur les résultats.

Le Grand débat sera une occasion si nous en faisons une occasion. Ne comptons que sur nous-mêmes pour nous faire entendre jusqu’au bout. Les citoyens semblent enfin s’installer dans le débat, pour durer. Entrez dans la danse… Bien sûr tout cela va vers une direction inconnue. Mais ne vaut-il pas mieux avoir des remords que des regrets ?

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  • Macron a compris que la crise est due à une parole populaire trop longtemps étouffée. Mettez un bulletin dans l’urne et on verra après…
    Il essaue donc de libérer la parole. En tenir compre, c’est une autre affaire, et en plus des difficultés concrètes bien décrites dans cet article, il y a une question de volonté.
    Macron a été choisi, puis promu (comme une nouvelle bagnole) et élu à la faveur d’un coup d’état électoral, pour une seule raison: faire avancer l’Europe fédérale voulue par Monnet et ses amis, pas pour écouter ses concitoyens. Le débat va avoir le grand mérite de ne pas parler d’Europe avant les élections.
    Je pense que le traité d’Aix-la-Chapelle est le plan B, au cas où la construction technocratique actuelle explose.

  • « des mots vont surnager »
    Et aussi des chiffres. 8 et 0 en l’occurrence.

  • Il aurait dû revoir la fiscalité dans son ensemble , TVA etc…Niche fiscale …et surtout revoir le Budget de la Dépense Publique !!! La 1ére Marche , il a trébuché…
    Effectivement une politique autrement ,comme l’ancienne , Dépenser l’Argent que l’on a pas !!!

  • Pour avoir vécu dans le cadre d’un grand projet national, 1) « un débat public » qui n’avait rien d’un débat mais tout d’une grande opération promotionnelle du dit projet (mensonges, omissions etc) 2) suivi d’une Enquête publique (tronquée, orientée etc ..), je peux dire que ces opérations sont totalement bidons mais ont (eu) pour effet de renforcer l’opposition . Ils ont révélé l’ampleur du projet mais surtout le bidouillage évident de l’information et le niveau de crétinerie dans lequel les élus, décideurs etc nous tiennent. Ce dernier facteur a été déterminant pour allumer la mèche.

  • comment dire aux Français que si ils veulent améliorer leur pouvoir d’achat il faudra qu’ils abandonnent les 35h, que pour baisser la facture de la depense publique les effectifs de la fonction publique devront baisser de 30%, et que leur retraites devront refléter exactement leur carrière, que pour maintenir les retraites il faudra travailler jusqu’à 67 ans..
    etc.. etc..
    vous comprenez bien que tout çà est très simple a formuler , mais plus compliqué a mettre en oeuvre
    le grand debat çà ne sers a rien , on connait deja les causes

    • D’accord mais il est possible de proposer une version un peu différente…
      Lâcher les baskettes des entreprises et leur permettre de bosser 7 jour sur 7 (là, j’ai un concert GCT/FO…), permettre de passer à 32 heures (avec petite perte de salaire) donc 4 jours ça donne plus de loisirs pour ceux qui en veulent. Retour au 40 heures pour ceux qui veulent bosser plus avec petite augmentation… Certaines boites vont pouvoir ouvrir de nouveaux postes puisqu’il y a 3 jours où elles peuvent faire travailler du monde.
      Il faut arrêter avec le dimanche nous sommes dans un pays laïc non ?
      Il y a plusieurs dizaines d’années, j’ai eu un patron (petite boite), très pratiquant, il était toujours indisponible le vendredi après-midi et le samedi, mais au moins toute la matinée du dimanche, il étais dans son bureau à faire sa compta et la paperasserie.

  • Paradoxe…

    Cette gastronomie française dont nous sommes si fiers doit sa réputation à ces petits plats à base de produits de petits producteurs, garnis de leur petit assortiment de petits légumes, avec sa petite sauce aux petits oignons et une petite salade assaisonnée de sa petite vinaigrette…

    Mais pour le reste, seul un grand débat sur les grands sujets de société pour définir les grandes orientations de notre grande nation est à la hauteur des grands enjeux de ce grand pays…

  • Sans nouvelle constitution en parfait accord avec la DDDH 1789,

    l’Etat continuera d’être ce qu’il est…peu importe celui ou celle qui sera à sa tête, seul la flatterie et les privilèges changeront.
    Le Droit et rien que le Droit avant tout.

    Article 6 – Tous(es) les Français(es) ont les mêmes droits et par conséquent sont soumis(es) aux mêmes lois. Nul ne pourra prétendre à des droits ou privilèges particuliers. 🙂 🙂

  • Je viens de lire ceci sur l’affaire Jouanno : https://twitter.com/nicolasgregoire/status/1089841175580868608

    Très inquiétant

    • ce qui est inquiétant , c’est de savoir que l’on a une belle bande de salopards à la tête de notre pays et que plus tôt ils seront délogés mieux on se portera ;

    • Je trouve que l’article dont il est question dans ce tweet (article de Laurent Mauduit dans Mediapart) est très bien écrit et très instructif. Inquiétant peut-être… en tout cas il confirme les craintes exprimées dans l’article de François Lainée.

  • Décourageant , Ce Président comme les autres , sont des irresponsables et nous le peuple complice de leurs agissement , des paroles , des contradictions à la pelle , de mensonge , de vérité déformée , de lavage de cerveau pour un résultat nul … Le projet à venir augmentation de produits alimentaires ,
    hausse d’électricité , vous donne sois disant un pourvoir d’achat , hausse de CSG bref ,
    ce que L’ÉTAT vous donne et bien 48h00 après vous le récupère…. Leur qualité : Menteur , manipulateur , pourrie , corrompue ,
    collabo , traite ..Profiteur de la nation !! Et le bouquet final , insulte le peuple et qui plus est le fait hors de France !!

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