L’allocution de Macron vue de Suisse

Emmanuel Macron by #G7Charevoix (CC BY-NC-ND 2.0) — G7Charevoix , CC-BY

Certains accusaient Macron d’être un Hollande bis… On peut difficilement leur donner tort aujourd’hui.

Par Frédéric Duval, depuis la Suisse.

Comme beaucoup de Français, j’étais devant mon écran à 20 h lundi soir pour écouter le président de la République répondre aux manifestations populaires des Gilets Jaunes.

Macron a parlé avec un ton empathique et ferme.

J’ai pensé qu’il s’adressait aux Français comme on parle à une classe d’élèves chahuteurs.

Cependant, je ne vais pas m’attarder sur la forme. Les politiciens passent leur temps à soigner leur apparence et à travailler leur charisme.

Macron est sans aucun doute un bon orateur.

Mais ça ne l’intéresse pas quand il s’agit de réformer l’État.

C’est là que le bât blesse : son discours est plus un exercice de style pour préserver la paix sociale qu’un projet de réforme profonde pour sauver un pays à la dérive.

L’État d’urgence économique et sociale

C’est la première annonce : nous passons en « urgence économique et sociale ».

Certains accusaient Macron d’être un Hollande bis… On peut difficilement leur donner tort aujourd’hui.

Décréter cet état d’urgence ne sert strictement à rien. Nous ne sommes pas davantage dans l’urgence qu’il y a quatre ans : la France doit se réformer depuis un moment !

Décréter des mesures ineptes aux noms ronflants pour se donner l’air grave ne marche qu’avec les crédules.

La liste du Père Noël

Passons en revue les cadeaux de notre Jupiter Noël en cette fin d’année 2018 :

  • Suppression de la taxe carbone (ça on le savait déjà)
  • Augmentation du SMIC de 100 euros
  • Défiscalisation des heures supplémentaires
  • Défiscalisation des primes de fin d’année
  • Annulation de la hausse de la CSG
  • Mettre fin aux évasions fiscales des grandes entreprises, Amazon en tête

Une chose me choque : l’appareil d’État ne fait AUCUN effort !

Il va certes percevoir moins d’entrées fiscales, surtout en annulant les hausses prévues ou en revenant de quelques années sur des taxes nouvellement créées, mais il ne dit pas où il va couper pour compenser le manque à gagner.

En gros, ce n’est pas une réforme : c’est du maquillage superficiel pour acheter l’ordre public.

La perte de rentrée fiscale sera compensée par un déficit public supplémentaire.

L’Union Européenne s’interroge déjà sur le dépassement budgétaire de la France.

Cette dernière suivra-t-elle l’Italie dans le clan des mauvais élèves ?

Le casse-tête de l’exil fiscal

Le problème de l’exil fiscal revient sans arrêt. Ce n’est pas nouveau. C’est un problème complexe et, à moins de fermer les frontières et de construire des murs hérissés de pics, on n’aura jamais de solution parfaite à ce problème.

Les solutions « d’harmonisation fiscale » européenne ou mondiale me font doucement rigoler : autant demander la création d’un État mondial.

Ça ne se fera pas… bien heureusement.

Ce qu’on peut faire c’est avoir une fiscalité simple et égalitaire plutôt qu’un monstrueux labyrinthe administratif dont les puissants peuvent en exploiter les failles.

Mais là aussi c’est le cul-de-sac… malheureusement.

Au final, la seule mesure proposée par Emmanuel Macron pour renflouer les caisses de l’État est de poursuivre les multinationales qui jouent avec les règles.

Soyons réaliste : c’est une déclaration d’intention, rien de plus ! On a de la peine à voir ce qu’il y a de nouveau dans ce dossier qui revient perpétuellement sur la table depuis des décennies.

C’est d’autant plus comique quand UNE heure avant son allocution, le Sénat votait pour abaisser « l’exit taxe ».

Dans les faits, il n’y aura strictement rien à attendre de ce côté-là.

Nouvelle augmentation des dépenses

Macron cache que nous avons ici des propositions qui alourdiront le budget de l’État de 8 à 10 milliards.

Alors que c’est précisément un des principaux problèmes de la France comme je l’avais présenté précédemment.

Son équipe s’est mise en marche… pour ne rien changer.

On lance un os au peuple pour qu’il arrête de manifester.

Mais il est hors de question de baisser les dépenses somptuaires de l’État.

Réforme institutionnelle ? Que nenni !

Dans son discours, il y a quelques mots sur le problème de la centralisation du pouvoir. Je dois dire que j’étais content de l’entendre.

Mais là encore… aucune solution annoncée !

Alors que les Gilets jaunes insistent pour créer un referendum d’initiative citoyenne (RIC), le sommet de la nation n’a pas daigné réagir.

C’est bien simple : le gouvernement n’a pas la capacité de faire quoi que ce soit de décisif. Il est pris dans une structure rigide et il ne jouera que sur la minuscule marge de manoeuvre qui ne froissera personne.

Cette fois, c’est certain.

L’homme providentiel qui réformera la France n’est pas Emmanuel Macron.

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