Gilets jaunes : ne laissons pas la France s’embraser

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Nous sommes à la croisée des chemins : l’exaspération de la population explique la sympathie apparente pour un mouvement violent qui chante la Marseillaise, mais qui agit évidemment à l’inverse des principes de la démocratie. OPINION

Par Thierry Foucart.

Dans un article précédent, j’expliquais que le risque de l’extrémisme devenait de plus en important au fur et à mesure que le président Macron menait une politique de répression et de moralité publique refusée par une partie de la majorité qui l’a élu.

Nous sommes à la croisée des chemins : l’exaspération de la population qui n’a pas voté pour lui au premier tour explique la sympathie apparente pour un mouvement violent, destructeur, qui chante la Marseillaise (c’est mieux que l’Internationale !), mais qui agit évidemment à l’inverse des principes de la démocratie. C’est assez étonnant de voir toute une partie de la population revendiquer la baisse de la pression fiscale et l’augmentation du SMIC, et oublier que ces taxes et impôts financent les prestations sociales qu’ils perçoivent : santé, retraite, aide au logement, prime de rentrée scolaire, primes de Noël, allocations familiales, bourses d’études, avantages sociaux…

Une économie qui finance le social

La politique économique que mène Emmanuel Macron est keynésienne et la politique sociale franchement socialiste. Dans cette vision de la société, il faut bien que l’économique finance le social. Mais « en même temps », Emmanuel Macron veut financer la transition écologique : avec quoi ? Comment financer une politique écologique avec un budget déficitaire permanent et quasiment au maximum et une dette publique considérable qui continue de croître, sinon en augmentant les prélèvements obligatoires sur les foyers, qui sont déjà insupportables ? L’État- providence a tiré sa dernière cartouche financière il y a longtemps.

Il y a actuellement deux problèmes à régler : le premier, conjoncturel, est de mettre fin aux mouvements de protestation. Le second est de dégager des fonds pour financer la transition écologique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il y a une politique possible.

Il faut calmer le jeu. La première mesure est l’abandon de la taxe écologique sur les carburants. Ce n’est pas la consommation qu’il faut taxer, mais l’investissement : on peut remplacer cette taxe par un malus, analogue à celui qui est imposé aux voitures à essence polluantes, mais qui ne pénalise pas les propriétaires de voiture diesel. Il est regrettable qu’on n’y ait pas pensé avant.

La répression routière est aussi un facteur d’exaspération, comme le montrent les incendies volontaires des radars : on peut diminuer largement les amendes scandaleuses dont je faisais état dans l’article précédent, redonner des points à ceux qui n’en ont plus (prix d’un stage de récupération de points : 158 € minimum, plus de 10 % du SMIC !), et rendre aux forces de l’ordre le rôle qui est le leur, c’est-à-dire assurer la sécurité intérieure contre les délinquants, et non contre les conducteurs ordinaires.

Il faut prévoir l’avenir. Cela signifie entamer une politique à long terme de rétablissement des finances publiques et privées, pour redonner à l’État des moyens ponctuels d’action.

L’État omniprésent

L’État s’est emparé de la vie des gens, et décide pour eux de plus de la moitié de leurs dépenses : ces dernières sont devenues invisibles, et cela explique que les Gilets jaunes réclament à la fois la baisse de la pression fiscale et la hausse de leur pouvoir d’achat — sans voir la contradiction entre ces deux revendications — ou exigent le rétablissement de l’impôt sur la fortune qui consiste à prendre aux riches l’argent qu’ils ont honnêtement gagné et qui ne suffirait certainement pas à couvrir les dépenses.

La solution consiste à redonner aux citoyens la maîtrise de leur propre vie en distribuant le salaire complet aux salariés, en supprimant les monopoles d’État et en libéralisant le secteur social, conformément à la législation européenne, et en laissant la population prendre en charge ses propres problèmes de financement de retraite et de santé.

Cela ne coûte quasiment rien au plan financier, au contraire, cela diminue les frais de gestion de l’État et supprime des sujets sources de conflits récurrents. Au plan politique, il faut évidemment faire attention aux mentalités socialistes qui sont encore largement répandues en France.

Pour éviter les contestations de cette nature, il suffit de donner le choix aux salariés de continuer à adhérer aux organismes sociaux publics dans les mêmes conditions qu’auparavant, ou de souscrire des assurances et mutuelles privées suivant leur choix personnels.

Cette politique n’est pas contradictoire avec une assurance sociale retraite et santé minimale destinée aux personnes en grande difficulté. C’est ce qui a été fait pour le gaz et l’électricité, et personne ne proteste contre les offres privées d’énergie puisque tout le monde peut conserver le contrat antérieur.

Mais cette politique sociale n’est pas considérée comme socialiste : la perte de pouvoirs des monopoles sociaux est également une perte de pouvoir et financière pour les syndicats. Ces derniers devraient se préoccuper de leur manque quasi-total de représentativité, comme le montre le refus des Gilets jaunes qu’ils participent aux manifestations.

Les syndicats en France sont comme les anciens partis politiques : ils défendent une conception ancienne de la société et ont abandonné la défense des intérêts individuels des salariés, assurée depuis longtemps par la loi, c’est-à-dire par l’État, alors que ce n’est pas le rôle de ce dernier. Le troisième point consiste donc à redonner aux syndicats ce rôle dont l’État s’est emparé.

Ces mesures éviteraient les mouvements spontanés et irrationnels comme ceux des Bonnets rouges et des Gilets jaunes, redonneraient aux individus et aux élus le sens des responsabilités du citoyen et de l’État. Il n’y aurait pas besoin d’une assemblée constituante dont la nécessité serait criante si des mouvements comme les précédents se multipliaient, mais dont le résultat dans l’ambiance actuelle pourrait être le rétablissement d’un régime stalinien ou policier.