États-Unis : Hillary Clinton, le retour ?

post-DNC rally By: neverbutterfly - CC BY 2.0

Même si les partisans de Donald Trump sont incapables de l’admettre, il n’est probablement pas ridicule de dire que les Américains n’ont pas vraiment voté pour lui : l’électeur médian a surtout voté contre Hillary Rodham Clinton.

Par Philippe Lacoude.

Selon le Wall Street Journal, Hillary Rodham Clinton s’apprête à repartir en campagne présidentielle pour 2020 aux États-Unis. L’article évoque les différentes versions de la candidate, Hillary la progressiste en 1994, Hillary la centriste en 2008, Hillary la progressiste en 2016. En 2020 nous aurons vraisemblablement droit à Hillary la socialiste pour ratisser les voix de l’aile gauche du parti démocrate qui veut nationaliser le secteur de la santé.

Peu importe le nombre d’échecs électoraux. Qu’elle ait fait perdre les élections législatives de 1994 au parti démocrate en voulant régenter une réforme de la santé mal conçue, ou qu’elle ait perdu les primaires de 2008 contre Barack Obama ou l’élection présidentielle de 2016 contre Donald Trump, Hillary Rodham Clinton renaît à chaque fois de ses cendres.

Le couple Hillary Rodham et Bill Clinton est un peu l’équivalent américain du couple Ségolène Royal et François Hollande. Des professionnels de la politique sortis des écoles idoines. Des hommes devenus présidents un peu par hasard, Bill Clinton grâce à la candidature improbable de Ross Perot en 1996, et François Hollande grâce à l’arrestation surprise de Dominique Strauss-Kahn en 2011. Des femmes bien décidées à devenir présidentes par tous les moyens en occupant continuellement le devant de la scène. Le même échec aux urnes. La même envie de recommencer chez Ségolène comme chez Hillary !

Si on lit le livre d’Hillary Rodham Clinton sur l’élection de 2016, « What Happened », on ne peut qu’être frappé par l’analyse que la candidate malheureuse fait de son échec. Ce serait la faute des femmes qui l’ont trahie en ne votant pas pour elle ! Ou la faute des médias, qui étaient tous acquis à Donald Trump comme on le sait ! Ou la faute du FBI pour avoir enquêté sur elle ! Ou la faute de l’aile gauche de son parti en général et de Bernie Sanders en particulier ! Ou la faute de Jill Stein, la candidate du parti écologiste, pour lui avoir pris des voix – des voix qui lui appartenaient, évidemment… Le livre est une longue litanie de critiques tous azimuts ! Mais l’analyse rate complètement le point central : comme le souligne si bien Daniel Girard dans Contrepoints, on passe sur la raison principale de son échec, la longue liste de problèmes de la candidate elle-même !

Parmi ces problèmes, trois sont probablement insurmontables : Hillary Rodham Clinton n’est pas authentique, n’est pas sympathique et souffre de son manque apparent de probité.

Un manque d’authenticité ?

Comme beaucoup de politiciens, la candidate a l’habitude de changer ses opinions en fonction de son public. Hélas, à l’ère de l’Internet, les enregistrements et les vidéos ressortent. Il est plus difficile de faire taire les médias. On acquiert plus vite la réputation qu’on mérite. Hillary Rodham Clinton en a fait les frais durant la campagne de 2016.

Il existe d’innombrables exemples mais aucun n’est plus emblématique que la série de discours payants et lucratifs – plus de 100 millions de dollars de commissions ! – prononcés devant les banquiers de Wall Street : la candidate se montrait très en faveur d’un commerce international sans entrave, pour l’équilibre budgétaire même si cela nécessitait des coupes dans les retraites et affirmait aux dirigeants des grandes banques qu’elle comptait diminuer les règlementations fiduciaires. Dans le même temps, elle usait d’un ton très collectiviste dans son âpre bataille avec le sénateur Bernie Sanders du Vermont. Ces discours auraient pu lui faire perdre les primaires s’ils étaient devenus publics. Des extraits finiront par être mis en ligne par Wikileaks début octobre 2016.

Cet exemple est emblématique mais nous pourrions en évoquer beaucoup d’autres…

Le manque d’authenticité est renforcé par un fait saillant : la candidate change continuellement de nom ! Hillary Clinton, puis Hillary Rodham, puis Hillary Rodham Clinton. Elle s’appelait elle-même Hillary Diane Rodham, ou HDR, selon son fameux email personnel, lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat de 2009 à 2013. Depuis, elle est redevenue Hillary Clinton. Pendant la campagne de 2016 pour renforcer son côté féministe et pour se rendre plus accessible, elle se fait appeler Hillary. Il est difficile de renforcer son côté authentique quand on envoie des communiqués de presse aux principaux journaux de son pays pour leur demander d’utiliser tel ou tel nom.

Une candidate pas « suffisamment sympathique » voire antipathique ?

En général, l’élite de la gauche américaine a du mal à se mélanger à sa base mais ceci est exacerbé dans le cas d’Hillary.

Dès le début de sa campagne, au milieu de l’Ohio, elle s’était arrêtée dans un fast food pour commander un repas et avait évité d’adresser la parole aux gens présents. Ceci avait évidemment donné lieu à des segments « explicatifs » assez loufoques sur les chaînes gauchistes ainsi que son lot de parodies sur les programmes humoristiques.

Cette dérobade quand il s’agit de se mêler au petit peuple est à ce point bizarre qu’elle n’hésitera pas à dire au milieu de la campagne qu’elle mettrait les « mineurs en faillite » – « I’ll be putting coal miners out of business » – au nom des principes écologistes ! C’était le meilleur moyen de perdre la Virginie de l’Ouest au profit de son opposant, un état qui vient pourtant de réélire le seul sénateur démocrate d’un État qui a voté pour Donald Trump !

Ceci n’est même pas un malheureux lapsus mais plutôt le produit du mépris de l’intelligentsia pour les activités – ici l’exploitation du charbon – qui ne correspondent pas aux canons idéologiques. Le charbon, c’est sale. Les mineurs n’ont qu’à aller travailler chez Tesla. Fin de la discussion.

Pour preuve, quelques jours plus tard, elle décrivait la base de l’électorat populaire de Donald Trump comme un « panier de gens déplorables » : là encore, ceci fut perçu par les « déplorables » pour ce que c’était, une insulte suintant le mépris.

Lors d’une interview au cours de sa campagne sénatoriale de 2000, la candidate avait osé dire qu’elle et son mari avaient quitté la Maison Blanche « complètement ruinés » (« dead broke ») alors qu’elle venait juste d’acquérir une maison de plusieurs millions de dollars et de toucher une avance considérable – près de 8 millions de dollars – pour un livre autobiographique sur ses années comme première dame…

Ces commentaires élitistes montrent une profonde fracture entre « le sommet et la base » pour reprendre les mots récents et tout aussi méprisants d’Emmanuel Macron.

En 2020, Hillary aura donc les mêmes problèmes qu’en 2008 et qu’en 2016. Lors de la primaire présidentielle démocrate de 2008, durement disputée, la modératrice d’un débat entre Obama et Clinton avait demandé à la candidate si elle avait suffisamment d’attrait pour les électeurs. Avant qu’elle n’ait le temps de dire quoi que ce soit, Obama avait prononcé une formule devenue célèbre : « Vous êtes suffisamment sympathique, Hillary ! » Le compliment à l’envers avait bien résumé les problèmes de personnalité de la candidate…

Manque de probité ?

La liste des turpitudes du couple Clinton est incroyablement longue et il est impossible de revenir sur chacune de celles qui sont connues. Toutefois, on peut en sélectionner quelques-unes.

Il y a d’abord l’affaire des contrats à terme sur… le bétail. Oui, le bétail ! Sans aucune expérience dans le domaine financier et sans aucune expérience dans l’élevage, Hillary Clinton se lance vers la fin de l’année 1979 dans le trading. Elle investit 1.000 dollars et en quelques mois, elle se retrouve à la tête d’un pactole de 100.000 dollars, soit environ 215.000 euros d’aujourd’hui. Elle ne fait pourtant pas grand-chose. C’est en fait un ami avocat qui travaille comme chef des juristes de Tyson Foods qui passe les ordres d’achat et de vente. La société de courtage est dirigée par un ami commun… Il se trouve que Tyson Foods est le plus gros employeur de l’Arkansas dont le gouverneur n’est autre qu’un certain . . . Bill Clinton !

Certains spécialistes financiers pensent que les ordres de vente sont exécutés au plus haut de la journée et les ordres d’achat au plus bas au détriment d’autres clients… À l’époque, tout se fait sur papier et malgré tous les efforts des journalistes quand l’affaire sort, Hillary Clinton ne se sera jamais vraiment inquiétée. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a battu des records de gains, du jamais vu ! Et alors qu’elle faisait face à des appels de marge de plus de 100.000 dollars à un moment, elle n’a jamais eu à mettre un centime sur la table… Essayez d’avoir un appel de marge de 100 fois votre mise de fonds !

Sans surprise, la future candidate à la présidence des États-Unis d’Amérique a « oublié » de payer les impôts sur ces revenus mirobolants. Il a fallu attendre le brouhaha des années 1990 pour qu’elle fasse finalement un chèque au fisc, pour seulement 14.600 dollars…

En 1994, le Journal of Futures Markets – une publication universitaire – se penche sur l’affaire : « C’est comme si on achetait des patins à glaces un jour et qu’on fasse les jeux olympiques dès le lendemain. Elle a pris des risques extraordinaires ». Selon l’étude, ses positions dépassaient la valeur nette de tous les actifs des Clinton à l’époque. L’enquête du service « Commodities Industry Specialization Team » de l’IRS – le fisc fédéral – conclura qu’un novice ne peut pas avoir un tel taux de rendement. Une autre analyse de chercheurs de Auburn University, publiée dans le Journal of Economics and Finance, a calculé la probabilité d’un tel taux de rendement : une chance sur 31.000 milliards…

Malgré les enquêtes des autorités de marché, on ne saura jamais si cet argent a servi à payer un service du gouverneur au plus gros employeur de son État…

Les affaires ont continué à un bon train durant les années en Arkansas. Il y eut la faillite frauduleuse d’une société d’investissement, la Whitewater Development Corporation, qui a vu tous les co-conspirateurs condamnés en justice . . . sauf les Clinton. Il y eut l’affaire sulfureuse du Troopergate, une sordide affaire de mœurs…

Puis vinrent les années à la présidence, de 1992 à 2000, où la première dame Hillary Clinton créera controverse après controverse

Quand elle finit par prendre le pouvoir comme Sénatrice en 2001 puis Secrétaire d’État en 2009, une incroyable litanie d’affaires financières douteuses s’enchaînent : les avances de son livre qui ressemblent à un pot de vin, la vente de 25% de l’entreprise Uranium One à la Russie, les donations à la fondation Clinton contre des faveurs, le possible usage des fonds de la fondation Clinton à des fins personnelles, etc…

En plus de l’enrichissement personnel, la manie du secret lui fera mettre en place son propre serveur de courriers électroniques pour traiter ses affaires personnelles, parfois douteuses, ce qui donnera lieu à une enquête du FBI. Quand son existence sera finalement découverte, la candidate fera disparaître une partie des preuves

La pire affaire de la carrière d’Hillary Clinton est probablement celle de la mort de l’ambassadeur américain Chris Stevens à Benghazi. Alors que l’ambassadeur avait demandé plus de forces de sécurité, sa requête est refusée par le Département d’État. Le 11 septembre 2012, le groupe salafiste Ansar al-Charia attaque le consulat de Benghazi et assassine l’ambassadeur. Les multiples enquêtes de la Chambre des Représentants et du Sénat américains ont montré que sous la direction d’Hillary Clinton, les fonctionnaires des affaires étrangères à Washington n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour sauver leurs collègues. Le film « 13 Hours » de Michael Bay, sorti en 2016, relate une partie des faits de cette nuit funeste.

Alors, Présidente Clinton ?

Plus d’une centaine de livres ont été écrits sur le couple Clinton, plus de 90% à charge : il existe des segments entiers de la populace américaine qui sont contre l’idée même de sa présidence. Les militaires après Benghazi, les défenseurs du second amendement, les libertariens inquiets de la taille du gouvernement, les indépendants troublés par les affaires louches, les mineurs, les ouvriers dans les industries en compétition avec la Chine, etc…

Même si les partisans de Donald J. Trump sont incapables de l’admettre, il n’est probablement pas ridicule de dire que les Américains n’ont pas vraiment voté pour lui : l’électeur médian a surtout voté contre Hillary Rodham Clinton.

Il est alors douteux mais pas impossible qu’Hillary Rodham Clinton soit un jour élue présidente. Après tout, l’électeur américain a déjà été tenté par les dynasties. Le président John Quincy Adams a suivi les traces de son père John Adams, second président des États-Unis. Franklin Delano Roosevelt était le cousin du président Théodore Roosevelt. Plus récemment, George W. Bush est devenu président moins de dix ans après son père, George H. W. Bush. Malheureusement, l’électeur américain n’est pas toujours parti du meilleur et a souvent finit vers le pire…