Pourquoi nous n’avons pas lu le livre de Ségolène Royal

Ségolène Royal By: Arctic Circle - CC BY 2.0

(Et nous ne le lirons pas, même si vous nous l’offrez)

Par la rédaction de Contrepoints.

« Et sur le livre de Ségolène, on fait quoi ? »

« Ben, rien. Pourquoi ? »

C’était une évidence, et pourtant il y a quand même eu ce petit moment de flottement qui, au sein des rédactions, appelle au débat. Parler du livre de Mme Royal est une chose. Le lire en est une autre. Mais comment peut-on parler d’un livre sans l’avoir lu ? Réponse : en lisant ceux qui l’ont lu.

Teasings, annonces et placements de produit

Matinales radio et soirées télé. Ruquier, Elkrief, les grands interviewers du PAF, leurs questions lapidaires et les punchlines préparées. Le lancement médiatique de Ce que je peux enfin vous dire est rodé comme un film dont on a épuisé le scénario dans les bandes annonces.

Ce que nous pouvons vous dire, nous, se résume à une revue de presse que les lecteurs intéressés auront déjà réalisée par eux-mêmes (et souvent contre leur gré, matraquage oblige). Les non-intéressés peuvent, eux, changer de page ou, mieux, sauter à l’avant-dernier paragraphe de cet article.

Parmi les citations-choc, Le Monde (journal de référence) a retenu celle-ci : « le degré zéro de la politique« . Sans doute le seul passage libéral du livre, puisque Madame Royal évoquerait, par cette métaphore, la hausse des impôts et la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Laissons-le à sa place.

Le Figaro (journal de référence aussi) s’attarde sur les escarmouches entre l’auteure et le futur Président de la République : « À ses débuts, Emmanuel Macron a tenté de résister à ce penchant (de la désinvolture), et même de le théoriser (la verticalité). Mais, très vite, la méthode de gouvernance a dérapé, et, comme lors des précédents quinquennats, le déficit de dialogue, l’autoritarisme, l’exercice solitaire de la décision, la démocratie parlementaire affaiblie, ont conduit aux mêmes erreurs (…) » Eh oui, la politique est ainsi faite. Machiavel et Mazarin l’écrivaient aussi. En mieux.

Troisième journal de référence, Libération estime que Madame l’ambassadrice des pôles « revient dans le game », qu’elle n’aurait plus sa carte du PS, mais qu’elle pourrait devenir « l’atout d’un PS moribond ». Libé ajoute aussi que… (nous ne savons pas, l’article était payant).

« Et ta queue, elle est en berne ? » (Emmanuel Valls)

Le lamento ne serait pas complet sans cette touche de sexisme propre au monde politique. Ségolène Royal fustigerait « le cercle des hommes blancs hétéros« . Elle marquerait son soutien à l’épouse du Président de la République (« une femme de vingt ans plus âgée que lui »), elle, la femme « trahie avant et pendant la campagne de 2007 par une femme de dix ans plus jeune ».

Surtout, elle dénoncerait (toujours au conditionnel, puisque nous n’avons pas lu le livre) la difficulté pour une femme de se faire une place dans les milieux du pouvoir. À une place près, d’ailleurs, elle occupait l’Élysée. Quelle misogynie chez l’électeur français !

Quelques lecteurs attentifs ont même relevé une coquille rigolote, destinée probablement à pimenter le panégyrique d’un soupçon de complotisme :

Les vrais sujets sont ailleurs

Les livres politiques ne durent qu’un temps et n’intéressent que les journalistes politiques. Qui se souvient de Faire, de La France juste, de Libre ou de Témoignage, feuillets bradés pour cinquante centimes dans les bouquineries ? Qu’il s’agisse d’idées jamais appliquées ou de règlements de compte, ils ne font que révéler le marigot de la politique et son fonds de commerce : le pouvoir et le fric. Sur ce terrain, Sulitzer et Tom Wolfe ont fait beaucoup mieux.

Lire un livre nécessite un temps de concentration pris sur votre courte vie. Même si l’opus de Madame Royal ne fait que 292 pages, il vous détournera un instant des vrais enjeux de la France et du monde : l’alourdissement des contraintes étatiques, les atteintes croissantes aux libertés individuelles, la disruption en cours dans d’innombrables professions, ou encore le combat des chefs au sein du PS français.

Biffez la mention inutile.