Mélenchon pris d’une crise aiguë de libéralisme

« Ma personne est sacrée ! » Le leader de la France insoumise serait-il en train de prendre conscience de l’importance de la propriété de soi ? Ce n’est pas gagné… Un point de vue humoristique sur les déboires du lider minimo avec la justice.

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Mélenchon pris d’une crise aiguë de libéralisme

Publié le 19 octobre 2018
- A +

Par Olivier Maurice.

J’avais rendez-vous hier soir tard dans l’arrière-salle d’un café avec une personne qui s’est présentée à moi comme étant un militant de la France Insoumise.

Je suis ici incognito et avant tout, j’aimerais que cette discussion reste confidentielle, me dit-il en guise d’introduction.

En effet, l’individu était affublé d’un maillot de l’OM, qui était de toute évidence un travestissement. L’ayant assuré que cette entrevue resterait entre nous et ne finirait pas dans les pages de Contrepoints, je lui demandai ce qui l’amenait ici.

Voilà : j’aimerais vérifier ce qu’est la doctrine libérale.

Un peu étonné de cette demande de la part d’un membre d’un parti qui vilipende le turbo-néo-ultra-libéralisme quotidiennement, je n’en étais pas moins intrigué. Je commençai donc par lui dire un peu sèchement que le libéralisme n’était pas une doctrine, que j’aurais un peu de mal à lui répondre vu qu’aucun libéral ne prétendrait détenir la vérité, que la liberté n’était ni un modèle ni une norme mais que le libéralisme était plutôt une revendication, une philosophie qui reposait sur l’éthique, sur l’observation et sur la logique

« Ma personne est sacrée ! »

Je remarquai vite que j’avais totalement perdu mon interlocuteur. Je décidai donc d’opter pour une question ouverte :

Qu’est-ce que vous avez besoin de savoir exactement ?

Mon interlocuteur, un peu embarrassé, me sortit alors un smartphone dernier cri, du genre de ceux qui ont une caméra haute définition, et me montra une vidéo où l’on voyait un homme, manifestement très en colère, s’en prendre à ce qui semblait bien être des policiers, les invectivant :

Ne me touchez pas, vous n’avez pas le droit de me toucher. Je suis un représentant du Peuple, ma personne est sacrée. En m’agressant, c’est le peuple que vous agressez. Ici c’est la liberté dans ce pays.

Vous voyez : j’ai bien peur que ce camarade soit devenu libéral, et j’aimerais votre avis.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

lui demandai-je.

Ben… est-ce que ça ne serait pas un droit libéral que cette propriété de soi-même, que cette propriété inaliénable de son corps ?

Je lui répondis qu’effectivement, l’habeas corpus, la protection de la personne, l’interdiction faite à l’autorité de disposer des gens de façon arbitraire est un des piliers du respect de la liberté, que la propriété de soi-même est un des principes fondateurs du libéralisme depuis Locke, que c’est l’élément central de l’éthique de la liberté de Murray Rothbard.

La propriété de soi-même

Je lui dis aussi que la notion de droit de propriété devait s’entendre comme une extension de la propriété de soi-même, comme une accumulation de biens ayant été au fil du temps ajoutés à la propriété de soi ; que la propriété des choses, tout comme la propriété de soi, sont donc par nature inégalitaires et temporelles et que c’est pour cela qu’elles doivent être protégées.

La propriété est comme un lien qui unit une personne avec les objets possédés, qui y projette la liberté dont nous disposons : liberté de céder, de récolter les fruits, d’user et même de détruire  ce qui nous appartient. Mais ce transfert entre soi et ses propriétés implique aussi la responsabilité de s’occuper de ses possessions, de veiller à l’usage qui en est fait et à ses conséquences.

La propriété est donc un droit naturel qui résulte de l’extension de l’exercice de la propriété de soi-même sur le bien possédé. C’est d’ailleurs cet exercice que Karl Marx avait improprement appelé le capitalisme, car il confondait la nue-propriété (le fait d’être propriétaire) et la jouissance (l’usage de ses biens qui est à la base de toute coopération entre les personnes).

Capitalisme et libéralisme

Et donc oui : la propriété de soi-même est à la fois la base du libéralisme et de l’économie moderne que vous appelez capitalisme.

Un peu dépité, mon interlocuteur continua :

Ce qui me gêne aussi beaucoup, c’est cette personne publique sacrée dont il parle. J’avais cru que l’on avait abandonné la sacralité des dirigeants politiques depuis qu’on avait coupé la tête de la monarchie de droit divin. D’ailleurs, même le roi Louis-Philippe a abandonné le titre de Roi de France pour devenir Roi des Français. Comment peut-on critiquer le président de la République d’être un monarque républicain si on se considère soi-même comme un aristocrate républicain ?

Que lui répondre ? Que certains libéraux, de Burke à Hans-Herman Hoppe sont ou ont été monarchistes parce qu’ils considèrent que la responsabilité d’une charge quelle qu’elle soit ne peut être réellement accomplie que si elle provient de la propriété. Qu’effectivement le Droit doit être incarné pour être respecté, que la hiérarchie des normes n’est qu’une utopie.

Effectivement, lui dis-je de façon plus modérée, les libéraux sont très méfiant envers la démocratie, et encore plus envers les mandats impératifs, préférant les mandats représentatifs parce que n’importe quelle responsabilité dans l’exercice d’une tâche ne peut venir que d’une responsabilité personnelle : ce sont des personnes qui agissent, pas des fonctions qui seraient incarnées. La démocratie fabrique des agrégats, des groupes de pressions qui finissent trop souvent par donner le pouvoir aux minorités les plus actives au détriment des individus.

La nature au cœur du libéralisme

Je remarquai que mon interlocuteur n’avait pas mentionné l’affirmation selon laquelle « ce serait la liberté dans ce pays ». J’en étais un peu soulagé, parce que sur ce dernier point j’ai quand même quelques doutes.

Enfin… devant le dépit qui marquait le visage de mon interlocuteur, j’hésitai à lui dire que dans le fond tout cela était tout à fait normal. Le stress fait ressortir la nature profonde des gens. Et la nature humaine possède des invariants, des éléments communs que l’on retrouve chez quasiment tout le monde, des caractéristiques qui sont le fruit de l’évolution de l’espèce humaine et qui justement ont permis sa prodigieuse diversité. C’est l’observation de cette nature humaine qui est à l’origine du libéralisme.

Pas étonnant donc que cette personne ait eu des réflexes libéraux : le libéralisme n’est rien d’autre que la revendication faite à la société de respecter la nature profonde des gens.

Je décidai plutôt de tenter de rassurer mon interlocuteur déconfit :

Ne soyez pas catastrophé. Il est trop tôt pour savoir si effectivement il s’agit bien d’une crise de libéralisme aiguë. Il est fort possible que ce soit juste une petite grippe bolivarienne, une morsure de chrétien-zombie ou encore des effets secondaires dus à l’essai clinique du vaccin cubain contre le cancer du poumon. L’avenir nous le dira.

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  • C’est une excellente façon de faire passer un message.
    J’attends la crucifixion du fils de Marx rédempteur, mais avant le chemin de la faucille et du marteau de Bastille à République.

  • Il est intéressant de décrypter cet appartchik révolutionnaire de salon. La volonté du peuple est sacrée et est au dessus de tout, au dessus des Lois, de la société, etc… Le peuple ne peut pas s’exprimer car il est bâillonné par les puissants mais lui, représente le peuple contre tous ses ennemis. Sa personne est donc sacrée, sa volonté représente la volonté du peuple et il est légitime à se situer au delà du commun.
    Vieille rhétorique léniniste qui n’a prouvé son efficacité que dans la professionnalisation des massacres.
    Ce type fait froid dans le dos.

    • En effet, c’est exactement la réthorique employée au temps de l’URSS: le parti représente le peuple, si vous êtes contre le parti c’est que vous êtes contre le peuple. Mélenchon maîtrise parfaitement ce genre de sophismes.

      Ce qui le rend très dangereux à mes yeux, ce n’est pas tellement son habileté de langage. C’est surtout que des millions d’électeurs se laissent séduire par son discours dont le fond est pourtant explicitement liberticide.

    • voyons voyons, pourquoi encore se référer à des exemples de mauvaises mises en application du collectivisme… mélenchon a lui le coeur pur…et ça change tout.

  • c’est simplement une remarque , il y a 2 justice dans ce pays .. quand on voit la perquisition chez Melanchon…et quand je voie la perquisition chez benalla , porte fermé , coffre disparu , mais c’est normal !!!
    je ne donne pas raison à melanchon de sa réaction vis a vis des forces de l’ordre …
    un simple constat dire que la justice est libre ,
    jusqu’à preuve du contraire , c’est bien L’ÉTAT
    qui nomme le où les postes de la haute magistrature en France !!! je me trompe peut être !!! pour finir , le petit caporal ( melanchon ) j’ai cru qu’il allait nous faire un AVC … et bien ça promet au pouvoir un type comme ça !!! je comprend sa pub du Venezuela !!!

  • Au delà de son numéro – dont je pense qu’il était en partie calculé –
    c’est toute la classe politique qui se ridiculise chaque jour davantage .Voir des gens qui s’affirmaient  » de droite  » ou  » de gauche  » sauter dans le premier train pour avoir un strapontin gouvernemental quitte à faire l’inverse de ce qu’ils promettaient .
    Voir des politiques gesticuler devant les caméras et dire tout sauf l’essentiel pour  » captiver  » l’intérêt des électeurs , voir un président ( p minuscule ) s’afficher devant le monde entier en compagnie de deux voyous dénudés ( déjà nous avions eu le doigt d’honneur de Valérie Trierweiller le soir de l’élection de Hollande ) ……voir tout cela , donc , ne donne aucune envie de les prendre au sérieux .

  • Mélenchon, ce n’est qu’un pitre qui s’amuse !
    En postillonnant devant le type qui gardait la porte des locaux de son parti et l’empêchait de le la franchir, il m’a fait me marrer !
    Quel mise en scène pathétique du leader Minimo ! est les « sous-cadres » de ce même parti (le gros Corbière par ex) qui en rajoutaient ! ce parti va rapidement devenir une caricature .

  • Avec Mélenchon nous voilà pourvu d’un deuxième Jupiter: intouchable. A mon sens il devrait lui aussi confier sa com au couple Mimi -Benalla qui cherche du travail…

  • Merci pour cet article. Cela dit, ce que révèle l’incident, c’est un narcissisme mégalomaniaque confinant à la pathologie mentale. Il est clair que si ce type prend un jour le pouvoir (on n’y est pas, heureusement), ce sera un Khadafi ou un Maduro bis.

  • Moi je ne vois pas le libéralisme, mais la vrai nature d’un dictateur communiste.

  • ce que j’ai retenu du petit numéro de melanchon, c’est que le bonhomme ne se prend pas pour une queue de cerise, il a un sacré melon et se croit carrément au dessus de tout le monde.. »je suis la république », c’est juste une pauvre merde de politocard.

  •  » j’ai bien peur que ce camarade soit devenu libéral, »[j’ai bien ri]
    Fichtre ! il est condamné le camarade : il a choppé la peste libérale ! Il sera banni !
    L’inconnito vient pour demander si un diagnositc vital est à engager envers le camarade. Il pourrait être intéressant de voir comment ils supportent leur propre médecine.

  • Mélenchon vs la justice dévoyée par l’exécutif : la rencontre des deux abus de pouvoir a fait des étincelles.

  • ça ne m’intéresse pas trop puisque je suis belge, mais j’ai suivi l’énoncé des accusations, et c’est plutôt rigolo car ce sont les mêmes que je lisais sur lui dans les commentaires lors de la campagne présidentielle .. postés par des quidam qui allaient jusqu’à citer les personnes concernées par les emplois fictifs.

  • Je n’ai pas vraiment interprété son « ma personne est sacrée » comme libéral, mais plutôt comme vaniteux. Cela me parait plus cohérent avec le personnage et sa logique socialiste.

  • L’hypothèse du vaccin cubain me parait bien la plus plausible.

  • Si Mélanchon recueille des suffrages, c’est parce que son positionnement n’est pas sans intérêt, notamment en ce qui concerne le caractère sacré de sa personne, comme de chaque personne.

    C’est ainsi qu’il défend avec une grande cohérence le droit à disposer de soi en tant que seul propriétaire de soi, notamment en ce qui concerne le droit à l’avortement, à l’euthanasie, au suicide assisté, à la liberté de conscience, etc.

    En ce qui concerne le droit à l’euthanasie, contrairement à l’ADMD présidé par Jean-Luc Romero qui se limite à défendre le Droit à Mourir dans la Dignité au nom du droit d’une minorité (une minorité qui regroupe des gens malades, incurables et souffrants au point de ne plus le supporter), le parti de La France Insoumise avec Jean-Luc Mélanchon défend la même liberté mais au nom du droit de la personne sacrée en tant que telle, seule propriétaire de soi seule, et à même d’être libre de décider de tout ce qui touche à son corps sans que personne d’autre prétende en décider à sa place.

    Il y a là un sens de la liberté dont La France Insoumise est porteuse qui rend sa défense du droit à l’euthanasie beaucoup plus profonde que ce que l’ADMD se limite à réclamer au nom des droits d’une minorité. La dénomination de France Insoumise a un vrai sens.

    Par contre, il se peut que cette liberté revendiquée soit seulement celle de Diogène nu dans son tonneau, libre de toute possession matérielle, auquel n’est reconnu aucun droit à la propriété privée hormis celle de sa personne, corps et âme. Ce qui laisse un grand champ d’action à l’Etat pour capter la propriété des biens matériels avec une fiscalité résolument confiscatoire.

    Les libéraux ont une conception plus élargie de la propriété privée qui vient au contraire réduire drastiquement les prétentions prédatrice de l’Etat.

    Par conséquent, le respect de l’habeas corpus ne fait pas de JL Mélanchon un libéral mais un homme libre, par définition insoumis, dont la personne est sacrée ni plus ni moins que toute autre. Ce positionnement a le mérite d’être cohérent et tout à fait compréhensible, sans pour autant qu’il risque de passer pour un libéral en raison de la légitimité qu’il reconnaît à l’Etat de faire main basse sur tout ce qui existe en dehors de la personne humaine.

    • @Virgile
      Bonsoir,
      Le statut d’ « homme libre » de Mélanchon, il le doit à sa fonction. Un peu à la manière des Sénateurs Romains qui étaient les plus hauts des citoyens (presqu’aussi stratosphériques que nos politiciens), et donc des hommes plus libres que les autres.

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