Mélenchon pris d’une crise aiguë de libéralisme

« Ma personne est sacrée ! » Le leader de la France insoumise serait-il en train de prendre conscience de l’importance de la propriété de soi ? Ce n’est pas gagné… Un point de vue humoristique sur les déboires du lider minimo avec la justice.

Par Olivier Maurice.

J’avais rendez-vous hier soir tard dans l’arrière-salle d’un café avec une personne qui s’est présentée à moi comme étant un militant de la France Insoumise.

Je suis ici incognito et avant tout, j’aimerais que cette discussion reste confidentielle, me dit-il en guise d’introduction.

En effet, l’individu était affublé d’un maillot de l’OM, qui était de toute évidence un travestissement. L’ayant assuré que cette entrevue resterait entre nous et ne finirait pas dans les pages de Contrepoints, je lui demandai ce qui l’amenait ici.

Voilà : j’aimerais vérifier ce qu’est la doctrine libérale.

Un peu étonné de cette demande de la part d’un membre d’un parti qui vilipende le turbo-néo-ultra-libéralisme quotidiennement, je n’en étais pas moins intrigué. Je commençai donc par lui dire un peu sèchement que le libéralisme n’était pas une doctrine, que j’aurais un peu de mal à lui répondre vu qu’aucun libéral ne prétendrait détenir la vérité, que la liberté n’était ni un modèle ni une norme mais que le libéralisme était plutôt une revendication, une philosophie qui reposait sur l’éthique, sur l’observation et sur la logique

« Ma personne est sacrée ! »

Je remarquai vite que j’avais totalement perdu mon interlocuteur. Je décidai donc d’opter pour une question ouverte :

Qu’est-ce que vous avez besoin de savoir exactement ?

Mon interlocuteur, un peu embarrassé, me sortit alors un smartphone dernier cri, du genre de ceux qui ont une caméra haute définition, et me montra une vidéo où l’on voyait un homme, manifestement très en colère, s’en prendre à ce qui semblait bien être des policiers, les invectivant :

Ne me touchez pas, vous n’avez pas le droit de me toucher. Je suis un représentant du Peuple, ma personne est sacrée. En m’agressant, c’est le peuple que vous agressez. Ici c’est la liberté dans ce pays.

Vous voyez : j’ai bien peur que ce camarade soit devenu libéral, et j’aimerais votre avis.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

lui demandai-je.

Ben… est-ce que ça ne serait pas un droit libéral que cette propriété de soi-même, que cette propriété inaliénable de son corps ?

Je lui répondis qu’effectivement, l’habeas corpus, la protection de la personne, l’interdiction faite à l’autorité de disposer des gens de façon arbitraire est un des piliers du respect de la liberté, que la propriété de soi-même est un des principes fondateurs du libéralisme depuis Locke, que c’est l’élément central de l’éthique de la liberté de Murray Rothbard.

La propriété de soi-même

Je lui dis aussi que la notion de droit de propriété devait s’entendre comme une extension de la propriété de soi-même, comme une accumulation de biens ayant été au fil du temps ajoutés à la propriété de soi ; que la propriété des choses, tout comme la propriété de soi, sont donc par nature inégalitaires et temporelles et que c’est pour cela qu’elles doivent être protégées.

La propriété est comme un lien qui unit une personne avec les objets possédés, qui y projette la liberté dont nous disposons : liberté de céder, de récolter les fruits, d’user et même de détruire  ce qui nous appartient. Mais ce transfert entre soi et ses propriétés implique aussi la responsabilité de s’occuper de ses possessions, de veiller à l’usage qui en est fait et à ses conséquences.

La propriété est donc un droit naturel qui résulte de l’extension de l’exercice de la propriété de soi-même sur le bien possédé. C’est d’ailleurs cet exercice que Karl Marx avait improprement appelé le capitalisme, car il confondait la nue-propriété (le fait d’être propriétaire) et la jouissance (l’usage de ses biens qui est à la base de toute coopération entre les personnes).

Capitalisme et libéralisme

Et donc oui : la propriété de soi-même est à la fois la base du libéralisme et de l’économie moderne que vous appelez capitalisme.

Un peu dépité, mon interlocuteur continua :

Ce qui me gêne aussi beaucoup, c’est cette personne publique sacrée dont il parle. J’avais cru que l’on avait abandonné la sacralité des dirigeants politiques depuis qu’on avait coupé la tête de la monarchie de droit divin. D’ailleurs, même le roi Louis-Philippe a abandonné le titre de Roi de France pour devenir Roi des Français. Comment peut-on critiquer le président de la République d’être un monarque républicain si on se considère soi-même comme un aristocrate républicain ?

Que lui répondre ? Que certains libéraux, de Burke à Hans-Herman Hoppe sont ou ont été monarchistes parce qu’ils considèrent que la responsabilité d’une charge quelle qu’elle soit ne peut être réellement accomplie que si elle provient de la propriété. Qu’effectivement le Droit doit être incarné pour être respecté, que la hiérarchie des normes n’est qu’une utopie.

Effectivement, lui dis-je de façon plus modérée, les libéraux sont très méfiant envers la démocratie, et encore plus envers les mandats impératifs, préférant les mandats représentatifs parce que n’importe quelle responsabilité dans l’exercice d’une tâche ne peut venir que d’une responsabilité personnelle : ce sont des personnes qui agissent, pas des fonctions qui seraient incarnées. La démocratie fabrique des agrégats, des groupes de pressions qui finissent trop souvent par donner le pouvoir aux minorités les plus actives au détriment des individus.

La nature au cœur du libéralisme

Je remarquai que mon interlocuteur n’avait pas mentionné l’affirmation selon laquelle « ce serait la liberté dans ce pays ». J’en étais un peu soulagé, parce que sur ce dernier point j’ai quand même quelques doutes.

Enfin… devant le dépit qui marquait le visage de mon interlocuteur, j’hésitai à lui dire que dans le fond tout cela était tout à fait normal. Le stress fait ressortir la nature profonde des gens. Et la nature humaine possède des invariants, des éléments communs que l’on retrouve chez quasiment tout le monde, des caractéristiques qui sont le fruit de l’évolution de l’espèce humaine et qui justement ont permis sa prodigieuse diversité. C’est l’observation de cette nature humaine qui est à l’origine du libéralisme.

Pas étonnant donc que cette personne ait eu des réflexes libéraux : le libéralisme n’est rien d’autre que la revendication faite à la société de respecter la nature profonde des gens.

Je décidai plutôt de tenter de rassurer mon interlocuteur déconfit :

Ne soyez pas catastrophé. Il est trop tôt pour savoir si effectivement il s’agit bien d’une crise de libéralisme aiguë. Il est fort possible que ce soit juste une petite grippe bolivarienne, une morsure de chrétien-zombie ou encore des effets secondaires dus à l’essai clinique du vaccin cubain contre le cancer du poumon. L’avenir nous le dira.