Ce que je n’ai pas vu à la Société du Mont-Pèlerin

Pour en finir avec les fantasmes anti-libéraux et anti-capitalistes, la liberté a de l’avenir.

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Ce que je n’ai pas vu à la Société du Mont-Pèlerin

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 octobre 2018
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Par Frédéric Mas.

En pleine discussion avec un brillant représentant de SFL.

Invité par un prestigieux universitaire français, j’ai passé une semaine dans un hôtel de carte postale à suivre les travaux du congrès annuel de la très prestigieuse société du Mont-Pèlerin. Depuis 1947, cette véritable pépinière de prix Nobel d’économie, d’entrepreneurs, d’intellectuels et d’universitaires se rassemble pour promouvoir et faire vivre les idées libérales partout dans le monde. Friedrich Hayek, Milton Friedman, James Buchanan et plein d’autres phares du libéralisme s’y sont impliqués avec le même idéal : l’amélioration des conditions de vie de l’Humanité passe par l’éducation.

Dans la démonologie anti-capitaliste, la société du Mont-Pèlerin tient une place particulière, occupant la fonction peu enviable de cœur du complot néolibéral anglo-saxon, producteur en masse d’un discours pré-mâché pour des élites prêtes à exploiter sans pitié les plus faibles au nom du grand méchant marché. Ces quelques jours sous le soleil m’ont convaincu d’une chose : ce sont des préjugés idiots qui ne rendent pas justice à la Société du Mont-Pèlerin.

Complot néolibéral

Toutes les tendances du libéralisme politique, économique et social sont représentées et discutent joyeusement sans exclusion. J’ai pu échanger avec des libertariens, anarcho-capitalistes, libéraux classiques ou conservateurs dans la bonne humeur et sans frein. Les conférences furent autant d’occasions de débats et de confrontations de points de vue qu’il me semble impossible de ramener sous l’étiquette monolithique de « néolibéralisme ». Y avait-il des néolibéraux ? Bien sûr ! Mais pas que : si on définit le néolibéralisme comme l’intégration de l’État à la réflexion économique (en particulier en lui donnant, à la suite de James Buchanan, le rôle de production de certains biens publics), alors il n’était qu’une tendance parmi tant d’autres, régulièrement discuté par les partisans plus critiques de l’intervention étatique dans le domaine des affaires.

Marchandage cynique entre businessmen

Le centre de toutes les discussions, c’était les idées. Économie, philosophie, science politique : chacun était ravi de se rencontrer pour débattre, argumenter et explorer de nouvelles pistes pour défendre la liberté dans le monde. Les grands universitaires pouvaient converser avec des étudiants ou des entrepreneurs pour mieux comprendre les théories du choix public ou des derniers écrits de Hernando de Soto. Les libertariens avaient tout le loisir de se chamailler avec les libéraux classiques sur  la production privée de la justice ou la naissance de la règle de droit, le tout avec bienveillance et bonne humeur. Plutôt qu’une réunion de froids businessmen aux intérêts étroits, il serait plus exact d’imaginer l’esprit de salon, avec la même liberté de ton, qui a permis d’étendre et de défendre l’esprit des Lumières à partir du 18e siècle. Je pense d’ailleurs que c’est cette exigence morale de rationalité, au cœur du message libéral, qui m’a le plus impressionné lors de mes diverses rencontres.

Domination anglo-saxonne

En route pour les conférences !

Les pays de langue anglaise étaient bien entendu très représentés, en particulier les États-Unis, mais ils étaient loin de monopoliser l’assistance. J’ai été particulièrement frappé par la vitalité du monde hispanophone, en particulier l’Amérique du Sud. La connexion espagnole à la tradition intellectuelle libérale est ancienne, et l’on sait depuis les travaux historiques de Murray Rothbard qu’avant Adam Smith, ce sont les scolastiques de l’école de Salamanque qui sont à l’origine de la pensée économique libérale d’inspiration autrichienne d’aujourd’hui.

Il faut ici souligner le travail formidable d’éducation fourni par l’Université Francisco Marroquin au Guatemala, laquelle diffuse depuis 1972 les enseignements des différentes sensibilités libérales en économie et en science politique. J’ai croisé beaucoup d’étudiants sud-américains brillants et soucieux de partager leur expérience avec les Européens. Dans le domaine de l’édition, il me faut absolument mentionner l’extraordinaire travail d’édition et de traduction d’Union éditorial, qui met à disposition en espagnol tous les classiques du libéralisme et de la théorie économique d’hier et d’aujourd’hui. Allez jeter un œil, le catalogue est impressionnant…

Une mention spéciale également aux représentants asiatiques. J’ai ainsi eu l’occasion de trinquer avec le sémillant représentant du Ludwig von Mises Institute de Mongolie !

Le règne de la pensée unique

C’est la diversité des points de vue qui alimente et fait vivre le débat entre les libéraux. La Société du Mont-Pèlerin en est l’exemple par excellence. Les idées comme les profils des intervenants et des participants étaient suffisamment différents pour susciter les échanges et la confrontation des points de vue. S’entretenir avec les étudiants de Students for liberty sur la crypto-anarchie, le bitcoin ou la production privée du droit, puis discuter des travaux de James Buchanan sur la dette demandait sans doute une grande gymnastique intellectuelle, mais sûrement pas de se conformer à une quelconque « pensée unique néolibérale » totalement introuvable.

 

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  • Merci pour cet article M. Mas. Nous sommes souvent en désaccord entre libéraux de différentes « obédiences », ce n’est pas peu de le dire, mais l’amour de la liberté que nous avons tous en commun nous unis. Également, nous avons presque tous Bastiat et Hayek dans notre Pantheon personnel, quelque soit notre chapelle, cela doit bien aider pour se comprendre. C est seulement mon avis, pas une theorie.

  • C’est bien normal que les libéraux puissent discuter dans la bonne humeur entre eux, en dépit de nombreuses divergences d’idées. Ils adhèrent tous au principe de non agression, au respect de la rationalité, et à l’objectif de défense de la liberté.

  • « Y avait-il des néolibéraux ? Bien sûr ! Mais pas que : si on définit le néolibéralisme comme l’intégration de l’État à la réflexion économique (en particulier en lui donnant, à la suite de James Buchanan, le rôle de production de certains biens publics), alors il n’était qu’une tendance parmi tant d’autres, régulièrement discuté par les partisans plus critiques de l’intervention étatique dans le domaine des affaires. »
    C’est une définition qui peut se défendre historiquement, mais ce n’est absolument pas celle qui est massivement employée par les innombrables crétins et propagandistes de France et d’ailleurs, qui est plutôt une définition qui s’apparente à « libéralisme économique » et/ou à « ultra-libéralisme ». Voir http://fr.liberpedia.org/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme

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