Milton Friedman : l’égalitarisme qui menace la liberté et la prospérité

Dans cet épisode de Free to Choose traduit par l’Institut Coppet, Milton Friedman revient sur la mystification de l’égalitarisme, sur ses causes profondes et sur ses conséquences ultimes.

Par Benoît Malbranque.
Un article de l’Institut Coppet

« Tous les hommes sont nés égaux ». Les égalitaristes, qui se donnent pour égalitaires comme les loups, à l’occasion, savent se cacher en moutons (mais le bon économiste voit aussi ce que l’on ne voit pas et il reconnaîtra les siens), nous répètent ad nauseam ce poncif, qui domine à ce point les consciences que peu osent le révoquer en doute.

Considérez pourtant le nouveau-né et pratiquez sur lui quelques expériences (avec modération toutefois, car les ultralibéraux seront plus que les autres soupçonnés de maltraiter les enfants). À la naissance, chaque enfant, avant même qu’il ait été poussé sur une trajectoire de vie, est unique.

L’observateur inattentif peut observer et signaler un grand nombre de similitudes : chaque bébé aura bien deux jambes, deux bras, deux yeux, etc. Mais les médecins remarqueront au-delà d’impressionnantes différences : le métabolisme de chaque nouveau-né est différent ; sa tolérance à certains aliments et certains médicaments également.

La liste est presque infinie : le rythme de sommeil, la courbe de croissance, les capacités olfactives et d’ouïe, la force physique, la flexibilité du corps, et sans même parler de la couleur des cheveux, de la peau et des yeux, dont l’humanité offre une large palette.

Un objectif social comme un autre

Comment est-il possible, ainsi, que l’on ait pu soutenir et que l’on soutienne encore que les hommes naissent égaux, ou que l’égalité est un objectif social comme un autre ?

Dans le dernier épisode de Free to Choose traduit par l’Institut Coppet, Milton Friedman revient sur cette mystification, sur ses causes profondes et sur ses conséquences ultimes.

Heureusement, dit-il, que l’espèce humaine s’offre avec une telle profusion de différences. Cela ne fût-il pas le cas que l’on pourrait bien ne garder qu’un seul exemplaire de l’être humain et le placer dans un musée.

Heureusement, aussi, que dans de nombreux pays les êtres humains soit mis en position, par un État de droit, de jouir d’opportunités égales et de droits égaux. C’est ce que l’on peut appeler l’égalité des opportunités, différente de l’égalité matérielle des résultats. C’est cette première forme d’égalité qui a permis à des nations entières de fleurir et de prospérer.

L’égalité des résultats

Au fil du temps, cependant, on en est venu à remplacer la notion de l’égalité des opportunités par la chimère de l’égalité des résultats. On a voulu contraindre la nature et produire des hommes et des femmes égaux. Pour utiliser la métaphore utilisée par Friedman, on a voulu que dans la course économique, chacun, quel que soit la vigueur de ses efforts, soit contraint d’arriver en même temps que les autres sur la ligne d’arrivée.

Cet idéal, si opposé qu’il fût à celui de l’égalité des opportunités, est devenu à la mode. On l’a flatté dans les campagnes électorales, on a prétendu l’adopter dans les programmes, puis on a cherché sa réalisation politique. Au final, c’est la liberté qui en a payé le prix fort, car on ne peut récompenser également des efforts inégaux qu’en outrageant la liberté. On ne peut offrir davantage aux uns qu’en prenant aux autres par l’usage de la contrainte.

Aussi les politiques égalitaristes, sans même atteindre leurs objectifs, bouleversent-elles nécessairement les fondements mêmes d’une société libre et prospère. Aussi le choix s’impose-t-il de lui-même, à la vue même des résultats de l’égalitarisme. Comme dit Milton Friedman : « une société qui place l’égalité devant la liberté se trouvera dépourvue de l’une et de l’autre. Une société qui place la liberté devant l’égalité se retrouvera avec une bonne dose des deux. » De quoi satisfaire les partisans aussi bien de la liberté que de l’égalité… à condition qu’ils raisonnent.

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