Quand les gouvernements essaient d’étouffer les cycles économiques

Warning by Magalie L'Abbé(CC BY-NC 2.0) — Magalie L'Abbé, CC-BY

Gouvernements et banques centrales prétendent pouvoir adoucir une correction, relancer l’économie. Ce faisant, ils empêchent l’économie de respirer, ils l’étouffent.

Par Simone Wapler.

Les folles politiques dites contracycliques – rendues possibles par le système monétaire et financier actuel – déboucheront sur une débâcle similaire à celle du « système de Law ».

La bourse est cyclique : des hauts puis des bas… 1987, 2000, 2008. Plus la bourse monte, plus les gens s’y intéressent et donc plus les marchés montent.

Même si la France compte (hélas) moins d’actionnaires en direct que les autres pays à niveau de vie comparable, en dix ans vous êtes nombreux à avoir retrouvé le chemin des marchés. D’ailleurs, le gouvernement vous y incite après neuf ans de hausse continue !

Puis la correction arrive, tout le monde prend peur, cherche à s’informer, à comprendre…

La bourse est cyclique, l’économie aussi.

Les cycles sont à l’activité économique ce que la respiration est à l’humain. Expansion, effervescence, surinvestissement puis récession et destruction des mauvais investissements dus à l’excès d’enthousiasme.

Mais depuis Keynes, gouvernements et banques centrales s’efforcent d’empêcher les cycles de se produire. Ils prétendent pouvoir adoucir une correction, relancer l’économie. Ce faisant, ils empêchent l’économie de respirer, ils l’étouffent et la rendent asthmatique. C’est le syndrome de la « croissance molle ».

Cela donne lieu à de jolie phrases comme celle-ci, des archives du journal Le Monde :

La récession a été évitée et le gouvernement revoit ses prévisions à la hausse, mais les perspectives restent moroses.

Le poids de la dette augmente, les taux d’intérêt sont abaissés de force pour la rendre supportable mais d’autres acteurs profitent des taux bas pour s’endetter à leur tour.

La crise du crédit subprime ou des « subprimes », comme disent les commentateurs, a été mal nommée. Les journalistes et experts français semblent d’ailleurs ignorer que subprime est – dans la langue de Shakespeare – un adjectif et donc invariable.

Plus grave, cette mauvaise dénomination implique que le mécanisme n’a toujours pas été compris. Il s’agit en fait d’une crise de surendettement généralisée rendue possible par le système monétaire et financier et aggravé par les politiques keynésiennes contracycliques.

Ce n’est pas la première fois qu’une crise est mal nommée. Durant la Régence, entre 1716 et 1720, John Law avait développé et appliqué en France un « système ». Il est important de se souvenir qu’on parlait bien du « système de Law ».

Le régent, face à des caisses vides et un État surendetté par les guerres de Louis XIV, était confronté au problème classique du pouvoir : comment avoir de l’argent contre rien ? La solution classique est l’avilissement de la monnaie métallique et l’endettement. Crésus, l’Empire romain, Philippe Le Bel, et bien d’autres en étaient passés par là avec toujours une issue désastreuse.

John Law et son système pour dissoudre les dettes

John Law a réellement inventé  la méthode moderne : monnaie papier, banque centrale, endettement, création monétaire et « assouplissement quantitatif ».

La Banque Royale était une banque centrale qui s’est livrée à de la création monétaire et a participé au rachat des créances du Trésor (contre des actions de la compagnie du Mississipi). Le « système » connut une telle faillite que, par la suite, la France traumatisée n’osait même plus appeler une banque « banque ». Après Law, les banques furent appelées « caisses ».

A tort, la faillite du « système de Law » fut appelée « bulle du Mississipi » ; pourtant, cela n’avait rien à voir avec une bulle purement boursière comme celle de la tulipe.

Le « système de Law » a été ressuscité depuis la fin des accords de Bretton Woods, qui a acté le décrochage de toutes les monnaies d’un repère réel (une contrepartie métallique en or ou argent).

Si Law revenait parmi nous, 300 ans après son premier séjour terrestre, il aurait quelques motifs de satisfaction.

On retrouve en effet dans l’histoire économique et monétaire de l’après-guerre, en particulier depuis 1971, la plupart des ingrédients qui ont fait la réussite et l’échec de son système : la démonétisation de l’or, une bulle d’actifs entretenue par une politique de taux bas en totale déconnexion de l’économie réelle, des émissions d’actions et de billets qui, sans toujours atteindre la sophistications de nos produits dérivés, n’avaient de contrepartie que dans la titrisation de dettes anciennes et nouvelles. Nicolas Buat, John Law, La dette ou comment s’en débarrasser.

Le « système de 1971 » connaîtra la même faillite que le « système de Law ». L’immense tas de dettes publiques et privées accumulées par le délire des politiques contracycliques – rendues possibles par une orgie de monnaie adossée à rien – sera un jour déclaré sans valeur.

Voltaire – qui avait vu le désastre de Law – ricanera dans sa tombe : « le peuple reçoit la religion, les lois, comme la monnaie : sans l’examiner ». Cette fois, ce n’est pas différent.

Pour plus d’informations, c’est ici.