En France, on invente la propriété privée… de location

Hotel de Ville Paris by Philippe Rouzet (CC BY-NC-ND 2.0)

Il y a six mois, on apprenait (pas vraiment surpris) que la dette de la Mairie de Paris continuait d’enfler gaillardement. Grimpant à plus de 6 milliards d’euros (dont 3 en huit ans), ce dérapage budgétaire aussi festif qu’inquiétant n’empêchait alors pas du tout l’équipe municipale de dormir, elle qui déclarait aux médias interrogatifs que la situation était saine et ne méritait pas la moindre anxiété.

Il n’empêche : un petit milliard par-ci, un petit milliard par là et rapidement, on parle gros sous. Au bout d’un moment, il faut même se résoudre à trouver des fonds pour continuer à faire pulser la capitale aux rythmes endiablés des nuits musicales, des vélos qui déraillent, des quartiers festifs et de propreté alternative et des uritrottoirs design qui sentent d’abord le marché public juteux.

Dès lors, puisque le volet « dépenses » ne s’est jamais aussi bien porté (et qu’avec la brochette de clowns socialistes aux manettes, on n’est pas encore au maximum), il faudrait garnir un peu le volet « recettes ». Outre l’augmentation des taxes et impôts, inévitable et déjà dans le tuyau (Parisiens, souriez ! Vous allez être taxés), l’autre solution consiste bien sûr à distribuer des amendes.

Pour cela, rien de plus simple : il suffira de punir les citoyens qui respirent de travers.

Bien entendu, c’est une image ici. Il ne s’agit pas réellement de tabasser les asthmatiques et de toute façon, il n’y en a plus guère à Paris – la fermeture des voies sur berges et l’augmentation de pollution afférente a fini de les faire fuir extramuros. Cette métaphore est là pour signifier qu’il suffira de trouver un crime aussi abominable qu’imaginaire pour dégotter des malfaisants qu’il sera ensuite fort pratique de ponctionner.

C’est ainsi qu’on apprend qu’à force de chercher, la Mairie a donc trouvé de quoi lever 1,3 million d’euros d’amendes pour « locations illégales ».

Eh oui : grâce à une règlementation municipale ad hoc qui redessine encore une fois la notion de propriété privée à coups de bâtons de dynamite, un peu plus d’une centaine de logements ont été déclarés « locations illégales » et ont permis d’infliger 1,38 million d’euros d’amende à leurs propriétaires (soit 12.000 € par logement en moyenne).

Le frétillant communiste Ian Brossat, l’adjoint au logement en charge de la traque des bourgeois capitalistes exploiteurs de la classe touristique, véritables « professionnels déguisés en amateurs » (avec lunettes fumées d’amateur, fausse barbe d’amateur et imper mastic d’amateur, je présume), peine à cacher sa joie en constatant que le nombre d’amendes (111 cette année) représente déjà 30 de plus que l’année dernière.

Ah, que tout ceci est jouissif pour notre brave petit Ian qui, s’il était né plus tôt, n’aurait décidément pas hésité à enfiler un manteau en cuir et faire du zèle durant ces heures les plus sombres de notre histoire où la France éternelle a eu besoin de faire du bon gros ménage dans ses rangs ! Et qu’on le sent vibrant d’indignation mesurée lorsqu’il lance sa brigade du Bureau de la Protection du Logement et de l’Habitat (BPLH) sur une nouvelle piste fraîche de bourgeois rentier-pirate à débusquer !

Pensez-donc, m’ame Michu : des individus louches, que dis-je, des « multipropriétaires » même, ont eu l’impudence de mettre en location leurs résidences secondaires meublées ! Les mots manquent pour décrire toute l’horreur de la situation puisqu’il s’agit ici d’un phénomène qui a déjà coûté plus de 20.000 logements normaux à la capitale, sachant que par « normaux », on entend remplis de locataires mais pas de touristes.

En somme, tout se passe comme si des personnes ayant acheté un ou plusieurs biens les meublaient avec goût et poussaient le vice à les placer en location, pour des périodes courtes, afin que des touristes viennent visiter la Capitale dans un autre cadre que l’hôtelier qui ne répond pas, loin s’en faut, ni à la demande en termes de quantité, ni à celle en termes de rapport qualité/prix.

Par voie de conséquence, les richesses créées directement par cette nouvelle forme de tourisme ainsi que celles engendrées par la présence de ces touristes sur place représentent d’insurmontables affronts à cette municipalité qui œuvre avant tout contre la hausse des loyers, l’attractivité touristique de la capitale (l’opération « Des Rats Partout, Des Vélos Nulle Part » remporte d’ailleurs un succès fou) et, bien sûr, le profit (qui pourrit le cœur des hommes, chacun sait cela).

Et puis, comment passer sous silence les victimes évidentes de ces locations illégales ? Toutes ces veuves, tous ces orphelins qui se retrouvent ainsi renvoyés à la mine avec un quignon de pain, vous y avez pensé, à ces victimes-là ?

Oui, je sais : certains hôteliers, ne comprenant pas que leur métier est justement d’offrir un service de qualité supérieure à ce qu’on peut obtenir avec une location meublée, revendiquent plus ou moins bruyamment le droit d’être « victimes » des affreuses plateformes à la AirBnB. Cependant, il faut comprendre que les publics ciblés par les locations meublées et ceux des hôtels sont différents et qu’il appartient donc aux uns et aux autres de se différencier, de s’adapter. Compter sur l’État ou la Mairie de Paris pour camoufler des problèmes d’ajustement, c’est signer pour s’attirer des ennuis dans quelques années.

Et oui, je sais aussi que certains propriétaires usent de ces plateformes pour s’affranchir de leurs devoirs fiscaux, permettant ainsi de trouver dans la municipalité une « victime » toute trouvée, alors affublée d’un terrible mankagagner sans lequel tout communiste, Ian Brossat en tête, se sent nu comme une saucisse industrielle. Pourtant, tout ceci relève bel et bien de la fiscalité et non du logement. Du reste, à voir les chiffres (111 logements sur les 65.000 disponibles sur AirBnb), on comprend ou bien que la brigade est déjà débordée (le manque de moyens, que voulez-vous !) ou que le nombre de flibustiers de la location touristique est extrêmement faible (on parle de 0.2%).

Autrement dit : désolé mon petit Ian, ta frétillance n’est pas de mise, et les amendes ne doivent même pas couvrir le coût de la Brigade Brossat qui ferait dès lors économiser bien plus au contribuable parisien en cessant d’exister.

Fondamentalement, on a ici la parfaite illustration de tout ce à quoi peut conduire le naufrage idéologique de la gauche en général, du communisme en particulier et de cette guerre ridicule et nuisible contre la création de richesse et le développement d’opportunités auxquels se livrent les idéologues de la Mairie de Paris.

Plutôt que tenter de justifier son existence par de pathétiques chasses au rentier, Brossat, sa brigade et le reste de la Mairie de Paris devraient ardemment se pencher sur les possibilités offertes par ces plateformes pour redynamiser une ville dont l’élan touristique commence à se briser contre les idées farfelues de la Maire et l’incompétence généralisée de l’équipe.

Avec six milliards d’euros de dette, il est plus que temps.
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