Tourisme : la France doit s’adapter ou mourir face à AirBnB et consorts

Minables, les professionnels du tourisme ? Ils ont indiscutablement des efforts à faire en termes de prix, de qualité d’équipement, de confort et de service.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Tourisme By: Frédéric BISSONCC BY 2.0

L’Association pour un hébergement et un tourisme professionnels (Ahtop), qui prétend représenter 30 000 professionnels du secteur touristique, a annoncé jeudi, à l’AFP, avoir déposé une plainte auprès du parquet de Paris afin de dénoncer la concurrence déloyale des plateformes de location de meublés en ligne, type Airbnb.

Les particuliers ne respecteraient pas la réglementation

Après avoir affirmé, la main sur le cœur, ne pas être opposé aux plateformes (« on » a tiré la leçon de communication du conflit des taxis contre Uber…), Jean-Bernard Falco, le président de l’Athop, se mue en chevalier défenseur du consommateur.

Les plateformes et leurs annonceurs ne respecteraient pas la réglementation pléthorique et tatillonne que le lobby du tourisme a patiemment su mettre en place ces dernières années pour étouffer la concurrence des particuliers !

Ainsi nos chefs d’entreprises, atteints du syndrome de l’espace économique protégé propre à la sclérose française, exigent (pour le « bien » des consommateurs, évidemment…) que tout annonceur justifie de sa qualité de propriétaire, ou de l’autorisation du bailleur pour louer un bien sur ces plateformes, exigent que les plateformes soient agréées en qualité de supplétifs de Bercy et aient l’obligation de déclarer les revenus de leurs utilisateurs à l’administration fiscale (et les chambres d’hôtel payées en espèces, aussi ?), que les communes qui le souhaitent puissent « mettre en place une procédure d’enregistrement du loueur » (autrement dit payer une taxe…), et enfin l’obligation, pour les plateformes, de s’assurer qu’aucune résidence principale n’est louée plus de 120 jours par an par leur intermédiaire ; comme si les plateformes allaient se communiquer mutuellement les coordonnées de leurs clients et les durées des séjours vendus…

Minables, les professionnels du tourisme ?

Une telle attitude, un tel niveau de ringardise, pourrait prêter à sourire. Malheureusement, c’est emblématique de l’inculture économique qui bouffe notre pays et qui fait que, bien que première destination touristique mondiale en nombre d’arrivées, il n’est que cinquième (oui, 5ème !) en termes de dépenses (veille info tourisme).

Minables, les professionnels du tourisme ? Ils ont indiscutablement des efforts à faire en termes de prix, de qualité d’équipement, de confort et de service. Mais ils sont eux-mêmes victimes du système qu’ils ont participé à mettre en place. Si leurs prix sont trop élevés, c’est parce que la réglementation enfle leurs coûts. Si les touristes étrangers ne restent pas une semaine complète à Paris, c’est parce que le dimanche, tout est fermé (ils vont à Londres, à Madrid..), si les Chinois ralentissent leur progression, c’est parce que l’État n’est pas capable d’assurer leur sécurité, si les Japonais viennent de moins en moins et de moins en moins longtemps, c’est parce que Paris devient un cloaque ; au point que les Japonais ont passé un accord pour envoyer certains de leurs ressortissants nettoyer aux même la capitale…

Plutôt s’en prendre « à l’autre » qu’à soi-même…

Les sujets ne manquent pas qui pourraient participer à une relance du secteur touristique, et donc hôtelier, français. Mais voilà, nos vieux ringards, nos vieux défenseurs des prés-carrés protégés ont peur de la liberté, peur du changement. Incapables de dépasser leurs propres inhibitions, ils ne sont capables que d’envisager le muselage et la mise sous le boisseau de ceux qui respirent l’air de la liberté et du dynamisme. Abaisser l’autre plutôt que s’élever.

Opération de lobbying parlementaire

La communication sur cette plainte intervient quelques jours avant l’examen en commission mixte paritaire du projet de loi numérique, le 29 juin, qui doit permettre de trouver une version commune aux deux chambres, Assemblée Nationale et Sénat. En effet, fin avril, le Sénat a adopté un amendement au projet de loi numérique visant à autoriser les communes de plus de 200 000 habitants à rendre obligatoire l’enregistrement de locations ponctuelles via des sites internet.

Ben oui, qu’est ce que vous croyez, que les politiques français vont rater une si belle occasion de lever un nouvel impôt ? Incorrigibles, je vous dis, ils sont incorrigibles….

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