Viaduc de Gênes : ces infrastructures qu’on laisse pourrir

By Allen Covey (CC BY-NC-ND 2.0)

Le terrible drame routier de Gênes rappelle que l’État, en gestionnaire à long terme du réseau, doit allouer les moyens nécessaires à son entretien. Mais en est-il capable ?

Par Ludovic Delory.

Bien sûr, toute la lumière devra être faite sur le terrible drame de l’effondrement du viaduc de Gênes. Bien sûr, l’enquête devra établir les responsabilités individuelles et collectives qui ont mené à la mort de plus de 40 personnes, victimes de la chute spectaculaire d’un pan de l’infrastructure.

D’ores et déjà, l’état de l’ouvrage d’art attire toutes les attentions. Édifié dans la fin des années 60, il a fait l’objet d’interrogations de la part d’innombrables ingénieurs, tandis que le béton de sa structure s’effritait.

Une priorité des pouvoirs publics ?

La presse italienne rappelle l’effondrement d’une dizaine de ponts, dans la péninsule, au cours des cinq dernières années. En France, une table ronde a tiré l’an passé un constat inquiétant sur la dégradation des routes et autoroutes de l’Hexagone. Parmi les causes principales de cette érosion ? « La réduction des crédits d’entretien de l’État », souligne le rapport. Un autre récent rapport révèle à présent qu’en France, un tiers des 12 000 ponts nécessite une rénovation. Et que dans 7% des cas, le risque d’effondrement à terme est bien réel.

En Belgique aussi, le signal d’alarme est enclenché. Rien qu’autour de et dans Bruxelles, des ouvrages d’art s’effritent, de longs et lourds travaux de rénovation paralysent l’accès au centre-Ville, et les autorités publiques se rendent compte tardivement qu’il est nécessaire d’investir.

Où passe l’argent des impôts ?

Faut-il pour autant incriminer le manque de moyens alloués à l’entretien des infrastructures ? L’automobiliste se considère, à juste titre, comme la vache à lait des gouvernements et ces derniers auront beau ajouter que le mauvais état des routes ne constitue pas la première cause des accidents. Leur entretien régulier reste toutefois indispensable et les moyens qui y sont alloués diminuent de décennie en décennie.

Comme le précise dans le rapport sénatorial le président de Routes de France :

Notre patrimoine routier vaut 2 000 milliards d’euros. Et l’on ne consacre que 15 milliards d’euros par an pour l’entretenir, soit 0,75 % de sa valeur. À ce rythme, il faudra 130 ans pour le renouveler !

Les chantiers sont impopulaires mais indispensables. Pour gagner en visibilité médiatique, l’État préfère investir l’argent des contribuables dans de coûteuses et inutiles routes solaires, dans de contestées mesures de limitation de vitesse ou dans l’achat de matériel répressif.

Hélas ! Un jour, un drame rappelle l’importance de ces investissements à long terme, si invisibles mais si essentiels.