Justice française : trente-six poids, trente-six mesures

Avec l'affaire Benalla, la Justice française démontre à nouveau sa dangereuse porosité avec le monde politique ce qui amoindrit encore sa crédibilité.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Justice française : trente-six poids, trente-six mesures

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 août 2018
- A +

L’affaire Benalla commence à lasser. On le sent dans les médias, dont les équipes prennent manifestement congé, leur vacance physique s’ajoutant à leur habituelle vacance intellectuelle. On le sent aussi sur les réseaux sociaux dont les internautes, cuits au soleil caniculaire d’août, ne trouvent plus la force de se scandaliser pour les turpitudes du Palais. De tout ce cirque, parions qu’il ne ressortira pas grand-chose.

Cependant, au-delà des éléments de langage idiots, des tombereaux de mensonges ou des approximations consternantes révélés par cette affaire, l’observateur extérieur ne pourra s’empêcher de noter un élément saillant répété, continuant de ronger, lentement mais sûrement, toute la crédibilité de l’appareil républicain.

J’en veux pour preuve les intéressantes découvertes de la police lors des différentes perquisitions qui furent menées dans le cadre de l’affaire Benalla. On apprend ainsi que des armes de poing non déclarées ont été retrouvées dans une armoire des locaux de La République En Marche, ce qui ne peut que laisser un petit goût amer de tous les pratiquants sérieux de tir sportif qui ont à cœur de faire enregistrer leurs pistolets et de les ranger correctement au coffre comme la loi — qui s’applique normalement à tous, LREM comprise — le leur impose.

Plus intéressant encore, on découvre qu’en marge de cette panoplie d’armes à feu dont certains semblaient se servir avec une décontraction assez manifeste, la perquisition menée au domicile de Benalla n’a pas permis de remettre la main sur plusieurs autres armes à feu, normalement rangées dans un coffre-fort.

Des armes non enregistrées qui apparaissent au grand jour. D’autres, enregistrées, dont on ne connaît pas la localisation ? Pour des individus travaillant dans la sécurité, en contact étroit avec les forces de l’ordre et normalement au fait des textes de loi relatifs à ces armes,… ceci ressemble au mieux à de l’amateurisme inquiétant, au pire à des dissimulations illégales.

Pourtant, rassurez-vous : tout ceci n’aboutira à rien du tout, puisqu’il n’y aura aucun élargissement des investigations à la disparition du coffre contenant des armes. Ce non-élargissement, logique sur le plan strictement judiciaire, n’en laissera pas moins une impression de légèreté voire de laxisme, surtout si l’on s’en tient à la précédente affaire qui avait secoué la République et dont on nous disait qu’elle avait été remarquablement bien menée par une justice aussi rapide qu’efficace.

Difficile en effet de ne pas rapprocher la rapidité et la profondeur des investigations qui furent lancées dans le cadre de l’affaire Fillon avec la confusion et ces décisions fort clémentes concernant l’affaire Benalla, et ce alors même que, dans les deux cas, les agissements de Fillon comme de Benalla sont en pratique difficilement condamnables autrement que sur les plans moral ou politique, plans que la Justice d’un pays qui fonctionnerait normalement n’aurait aucune velléité à aller explorer.

Las, comme je le remarquais quelques paragraphes ci-dessus, la multiplication d’affaires pour le moins louches, et les décisions de certains magistrats de poursuivre ou pas en fonction du sens du vent politique, laisse planer un doute de plus en plus visqueux sur la capacité du pays à fournir une Justice digne de ce nom. Outre la partialité de certains parquets, dont les juges auront bien du mal à cacher leurs amitiés avec un Syndicat de la Magistrature à l’ancrage gauchiste difficilement oubliable, la façon dont certaines affaires sont lancées ou, inversement, carrément enterrées ne permet plus le moindre optimisme sur l’institution judiciaire française.

Et s’il faut ajouter un exemple pour s’en convaincre, on n’aura même pas besoin de ressortir un énième angle de l’affaire Benalla puisque, pendant que cette dernière défraie encore et toujours la chronique mollassonne d’un été caniculaire, une autre affaire semble, elle, laisser la presse et surtout les parquets de marbre (pratique : l’affaire peut alors y glisser sans faire de bruit) : le service de presse du Secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes a en effet été mis à contribution pour la promotion de la dernière œuvre littéraire de Marlène Schiappa, sa patronne, ce qui constitue un détournement de finalité de fichier et un détournement de fonds publics.

Qu’à cela ne tienne : moyennant un petit mea culpa ministériel et l’assurance par Édouard Philippe que cette bévue ne se reproduira plus, tout ceci sera prestement oublié.

Dès lors, on comprend mal pourquoi on a assisté à un tel déferlement médiatique puis l’ouverture d’enquêtes dans l’affaire Benalla, alors qu’il aurait manifestement suffi que le Premier ministre assure d’une reprise en main des pratiques et d’un peu de nettoyage ici ou là pour que tout rentre dans l’ordre, de la même façon qu’on aurait évité le psychodrame politique pendant la campagne électorale de 2017 si Fillon avait calmement reconnu « une erreur humaine » et annoncé un « réexamen » des procédures entourant le placement de sa femme, dix ans auparavant, comme assistante parlementaire. À moins bien sûr que seul le talent et le charisme diabolique d’Édouard Philippe ne permettent d’aboutir à ce résultat…

En tout cas, il semble que les choses soient fort complexes en République Française : un coup méritera la diligence d’un parquet, un autre celle d’un tribunal populaire virulent que les médias se feront forts de mettre en place ; un autre enfin, rien du tout. L’arbitraire semble établi, et le fait que les décisions de justice soient à la fois illisibles et de plus en plus souvent entachées de biais politiques grossiers provoque une méfiance systématique qui n’aboutit qu’à la ruine lente des institutions.

Là où Macron devait se faire fort de redresser la barre, tout indique que lui, son gouvernement et sa coterie entretiennent ces dérives avec sinon de la gourmandise, au moins une regrettable obstination. Inquiétant.


—-
Sur le web

Voir les commentaires (14)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • on est sauvé ils vont recruter un directeur général des services suite à l’affaire Benalla..mince, il va falloir trouver un nouvel impôt pour rémunérer correctement ce futur et zélé serviteur de l’Etat..on réduira les effectifs un autre jour.

  • « Le changement c’est pareil » en forme de conclusion…
    Merci à H 16 pour cet article qui est une réflexion pertinente sur la psychologie des français votants – de plus en plus minoritaires – qui sont et qui seront les faiseurs de rois imposteurs !!

  • la réalité :la justice n’existe pas ..quand vous avez un probléme financier vous êtes en procès..cette affaire dure 20 ans avant une décision..vôtre avocat reporte au maxi une décision de justice ..pour qu’un Président pense comme vous …voilà pourquoi c’est si long alors juger une affaire 20 ans après n’a aucun sens. et vous parler de justice..laquelle et pour qui!!!..sans citer et vous le reconnaître.condanner pour fraude fiscale.a parjuré devant l’assemblée sur l’honneur 2 ans prison et 2 ans sursis qu’il ne fera pas !!! une femme vole 2 boîtes de cassoulet pour donner à manger à ses enfants en 1er jugement 4 mois de prison ferme en 2 ème jugement suite au scandale 4 mois prisons ..sans commentaire…le mur des cons ,ils ont oubliée de mettre leurs noms…

    • @Lou 17
      2 boîtes de cassoulet, à 3€ pièces, 4 mois de prison ;
      Un vol de camion de pompier (celui de secours aux victimes) en intervention, filmé et diffusé, et un rappel à la loi.
      4 mois de prison pour 6 €, au même tarif, 1 mois pour 1,5€, vu le montant d’un fourgon de pompier (payé par les contribuables) 90.000€, ce sont 5000 ans de prison qui leur pendaient au nez.
      Pour le fun, si on considérait qu’un jour de prison équivalait à un jour d’allocation chômage minimale de Pôle Emploi, (17€ avec largesse), ils en sont pour 14 ans et demi de trou.
      Je me gausse en pensant aux politiciens qui détournent des millions.

  • M’enfin, de quoi vous plaignez-vous ❓
    Trente-six poids, trente-six mesures alors que cela pourrait être trente-six poids, trente-huit mesures, c’est que tout va très bien madame la Marquise, non ❓

    Vous verrez, ils finiront par graduer la bêtise…
    CPEF 🙁

  • c’est exactement ce qu’une majorité de français désire une justice dure pour les salauds clémente pour les gentils.
    J’assiste à ça tous les jours.
    certes c’est humain et on doit comprendre les conséquences et le refuser par principe. Le fait est que nous n’avons pas les mêmes valeurs.
    et la frontière ne se situe pas dans un plan séparant droite et gauche.

  • ce n’est plus la république en marche ( LREM ) , c’est la république Emmanuel macron ( LREM ) également , laquelle république laisse fort à désirer ….

    • @ véra
      Si je comprends bien le président de la république française est responsable de tout, en France, y compris de la constitution de la V ième écrite avant sa naissance. C’est particulièrement injuste et simplement débile!
      Si vous élisez librement un président pour en faire la tête de Turc responsable du passé, du présent et de l’avenir des 66 millions de Français, c’est qu’aucun autre Français n’est capable de s’assumer lui-même: l’assistanat est donc généralisé chez vous!
      Mais l’assistant décide logiquement du traitement de l’assisté et pas l’inverse!
      Et en fin de mandat, il bénéficiera de son statut de président retraité (le 4ième) pour le restant de ses jours.
      Eh bien mes Cocos (ben oui, c’est soviétique, ce système!), vous n’avez pas fini de payer!

  • -Répétez avec moi :
    « J’ai confiance en la justice de mon pays !  »
    -encore une fois :
    « J’ai – confiance – en – la – justice – de – mon – pays !  »

    -Bieeen ! Vous pouvez passer à la télé …

  • Je me demande bien comment réformer la Justice pour la rendre la plus efficace possible. Perso, l’idée d’une Justice entièrement privée comme le souhaitent les anarcho-capitalistes ne me semble ni réaliste, ni souhaitable.

  • M H16, je vous ai connus bien plus virulent. La canicule peut-être a-t-elle sur vous un effet d’indolence…
    Mais réellement, hormis l’affaire fillon qui est plutôt du registre de la Morale (encore que pour moi, travailler en famille n’a rien d’immoral, je viens d’un milieu d’artisans !!)., les autres affaires relèvent toutes du Pénal :
    Benalla qui se fait passer pour un agent de force de l’ordre (Article 433-12 du Code Pénal) : 3 ans de prison et 45 000 € d’amendes.
    Faire disparaitre des Pièces à conviction !!
    Détenir des armes de catégories C (soumises à déclaration) : 7 ans et amende de 100 000 € en cas d’infraction commise en bande organisée (ce qui semble être le cas ici !!!).
    Affaire Schiappa : Détournement de fonds public (Article 432-15) vaut 10 ans de prison et 1 millions d’euros d’amendes.
    Je vous trouve bien compassionnel sur ces affaires !!!

  • Et encore , ici , s’agit-il uniquement de contentieux pénal ( 1 200 575 décisions en 2016 ), non de contentieux civil ( 2 630 085 décisions , toujours en 2016 ) ; or , il y a , en matière civile , trois failles : d’abord , la vulnérabilité aux attaques de hackers du réseau informatique des avocats , le RPVA ( https://docs.google.com/file/d/0B-tV6t0R6JPWNGEwYzExZmUtZjUzZS00N2RmLWIwMWYtZDA1NWExYjIzMjQ2/edit?hl=fr&pli=1 ) ;
    ensuite , l’augmentation de 40 % en cinq ans des déclarations de sinistres des avocats , révélée par la lettre de la Société de Courtage des Barreaux, numéro 5 d’octobre 2015, page 2) :
    http://www.avouepericchi.fr/Les-consequences-des-decrets-Magendie-sur-la-responsabilite-civile-professionnelle-des-avocats_a30.html
    http://www.ablitis-avocats-rennes.bzh/contenus/La-lettre-de-la-scb-n-5-Consequences-des-decrets-magendie-sur-la-rcpa.pdf
    enfin , l’augmentation du coût des procès , naguère de 900 euros, aujourd’hui dans une fourchette de 3 600 à 8 000 euros ( http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2014-2015/20150037.asp#P349047 ) .
    Quand les compagnies d’assurance en responsabilité civile jetteront l’éponge , le problème de la justice ne sera plus son impartialité , mais sa disparition .

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Alexis Lévrier[1. Historien de la presse, maître de conférences, chercheur associé au GRIPIC, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA).]. Un article de The Conversation

Quelle trace le quinquennat d’Emmanuel Macron laissera-t-il dans l’histoire de la presse et des médias ? Même s’il a été présenté comme l’homme du « nouveau monde », le président « jupitérien » est revenu dans ses rapports avec les journalistes aux origines mêmes de la Cinquième République.

Il n’a pas hésité pour cela à utiliser les méthodes de la moderni... Poursuivre la lecture

Par Philippe Bilger.

S'occupera-t-on vraiment un jour d'Alexandre Benalla sur le plan judiciaire au moins autant que des Gilets jaunes traduits avec célérité devant le tribunal correctionnel et parfois traités avec sévérité ?

Pour que je m'interroge ainsi, il faut vraiment que la mesure soit comble et suscite une surprise partagée par beaucoup.

Pour résumer, est-il plus important de protéger Benalla que de lui appliquer le sort judiciaire qu'il mérite ? Convient-il toutes affaires cessantes de préserver l'affaire, et s... Poursuivre la lecture

Par Bruno Cautrès. Un article de The Conversation

Rentrée 2018 : après un « été meurtrier », rythmé par l’affaire des débordements policiers de son chargé de mission à l’Élysée, Alexandre Benalla, Emmanuel Macron a décidé de passer à l’offensive et de reconquérir l’opinion. Les mois de septembre à novembre 2018 donnent ainsi lieu à un bombardement de communication présidentielle sans précédent.

Emmanuel Macron veut alors tout, et tout incarner : la posture verticale, la posture horizontale, l’empathie et la proximité, les selfie... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles