L’État taxe Amazon… donc ses utilisateurs

Sad Danbo by Pablo Fernandez(CC BY-NC 2.0)

Avec une taxe pour Amazon, vos commandes seront plus chères de 1 à 2% du prix de vente, mais cela n’aura aucun impact sur la vitalité des centres-villes toujours impraticables, onéreux, et en travaux.

Par Baptiste Créteur.

Longtemps, Amazon représentait presque unanimement le progrès et l’innovation, apportant avec elle prix imbattables, service client impeccable, et livraison rapide aux quatre coins de l’Hexagone (sic). Aujourd’hui, Amazon divise. Car Amazon a changé.

Le libraire en ligne conquérant de la longue traîne ne s’est pas arrêté là. Aux États-Unis, Amazon représente 44% du e-Commerce, soit 7 fois plus que son principal concurrent en ligne, eBay (6%). La marque Amazon Basics domine les ventes en ligne de couches et de piles outre-Atlantique. Amazon a pignon sur rue (Whole Foods, Amazon Books), vend des meubles (Rivet), de la puissance de calcul à la NASA, et Alexa permet de commander du papier hygiénique par abonnement, et la lumière du salon.

Si tout le monde achète tout sur Amazon, c’est parce que ça vaut le coup. Un abonnement à Amazon Prime vaut six fois plus qu’il ne coûte : livraison gratuite en 24 heures ou moins, services de streaming audio et vidéo, livres numériques et audio, stockage en ligne…

Amazon serait presque un monopole. Pourtant, il n’y a ni hausse des prix, ni profits outranciers : Amazon investit dans sa croissance notamment en maintenant les prix bas. Et Amazon ne se repose pas sur les lauriers de monopoliste, au contraire – il y a toujours davantage de raisons de passer par Amazon. Alors, où est le mal ?

Qui a peur du grand méchant…

Qui a peur d’Amazon ? Avant tout ses concurrents, et, par ricochet, les investisseurs, qui s’inquiètent de la croissance vertigineuse d’Amazon ailleurs. La semaine passée, Amazon a investi un milliard de dollars dans la start-up de vente en ligne de médicaments PillPack, et la capitalisation boursière des géants pharmaceutiques a rapidement perdu 23,5 milliards.

Nombreux sont aussi ceux qui s’inquiètent aussi des distorsions introduites par Amazon. Certaines résultent de la nature même de ses activités – sa structure de coûts, son poids, la concentration de ses retombées économiques et la distribution de ses impacts économiques.

D’autres caractérisent l’hypocrisie des élus, qui déroulent sélectivement le tapis rouge au lieu d’offrir les mêmes avantages à tous. Les contribuables locaux devraient être révoltés de ne pas se voir offrir les mêmes avantages fiscaux. Les municipalités américaines se livrent à de véritables enchères pour attirer HQ2, le deuxième centre névralgique d’Amazon après Seattle. En Europe, le Luxembourg a été condamné pour la taille du cadeau fiscal.

La France des centres-villes contre Amazon

Mais certains élus ne sont pas sans s’inquiéter de la croissance d’Amazon et ses impacts sur… les centres-villes. Leurs terrasses ensoleillées pleines de supporters, leurs rues jalonnées de petits commerçants locaux (Zara, Foot Locker, H&M, Séphora, Carrefour, McDonald’s…) qui souffriraient de la concurrence des livraisons. Les Sénateurs ont trouvé la solution, et contre toute attente, c’est une taxe.

Personne n’aime porter les courses, et pour un nombre important de personnes moins mobiles que les autres, les livraisons sont un vrai coup de pouce voire une nécessité. Les irréductibles habitants du centre-ville du Village France ont besoin d’être protégés d’eux-mêmes.

Pour frapper Amazon au cœur, les Sénateurs veulent taxer les livraisons.

Apparemment, les livraisons seraient non seulement nocives pour les centres-villes, mais aussi pour l’environnement – mieux vaut que tous se déplacent plutôt que quelques livreurs en tournée, apparemment.

Vos commandes seront donc plus chères de 1-2% du prix de vente, sans impact sur la vitalité des centres-villes toujours impraticables, onéreux, et en travaux. Les rues continueront de changer de sens périodiquement. Les places de parking seront toujours aussi rares, les horodateurs n’accepteront que les pièces et n’auront pas la monnaie. La nouvelle taxe ne réduira pas la fiscalité pour le commun des mortels.

On ne rend pas les centres-villes plus attractifs en taxant les livraisons, et ce faisant on freine l’émergence d’alternatives. Il serait peut-être temps de se réinventer.