Et si les migrants ne coûtaient (presque) rien aux Français ?

Ellis Island-Peter Miller(CC BY-NC-ND 2.0)

Les migrants seraient peut-être mieux acceptés si on remettait en question notre système social de solidarité forcée et notre Code du travail.

Par Phoebe Ann Moses.

La France n’est pas le premier pays à faire preuve de protectionnisme en temps de crise. Mais impossible de croire qu’au fond, les Français ne sont pas accueillants, et qu’ils ne veulent pas de migrants chez eux.

Le problème n’est pas les migrants. Le problème, c’est l’État.

Distribuer l’argent du contribuable, encore et toujours

Non, ce n’est pas une énième diatribe contre l’État, dans un journal libéral. Mais il faut regarder la réalité en face : si les migrants ne sont pas bien acceptés en France, c’est parce qu’on sait parfaitement qu’avec notre système social (que le monde nous envie), il faudra mettre la main au porte-monnaie. Et c’est justement impossible par les temps qui courent. La solidarité made in France consiste à distribuer de l’argent « pour aider ». Le problème, c’est que l’argent, on le donne à foison et que la misère ne se réduit pas pour autant, bien au contraire.

Alors ?

migrants rené le honzecC’est le moment de réfléchir à ce système, et de le remettre en question. Car si l’Allemagne, à laquelle on se compare volontiers quand ça nous arrange, accepte apparemment de bon coeur un apport d’étrangers, c’est parce que sa natalité ne compense plus les retraites qu’il faudra payer. Rajeunir la population de manière aussi inespérée est une aubaine pour ce pays. Ce n’est pas le cas de la France qui a le taux de fécondité le plus élevé d’Europe et ne parvient pourtant plus à verser les retraites qu’elle doit.

Et la France ce n’est pas non plus les États-Unis auxquels on se compare aussi volontiers ces temps-ci. D’abord les États-Unis n’ont pas le même système social que nous (enfin pas encore). Ensuite, chacun n’y a pas été « accueilli » comme on veut bien le croire, mais y a été « accepté », au sens où chacun pouvait tenter sa chance et se débrouiller. Et s’il y arrivait, tant mieux. La mentalité américaine répugne encore à assister celui qui ne fait pas un effort pour « y arriver ».

Laisser leur chance aux migrants et réformer notre pays

Alors, oui, la France peut faire une place aux migrants. Mais il faut qu’elle réforme son système et sa mentalité : laissons s’installer les gens, et les meilleurs s’en sortiront. Nul besoin de catégoriser les migrants selon qu’il sont « économiques » ou « politiques ». Il est d’ailleurs surprenant que les politiciens utilisent sans vergogne ces termes d’un autre âge (sombre)… Ne se demandent-ils donc jamais dans quelle catégorie sont ces Français partis en Suisse ou ailleurs ? On est bien toujours le migrant économique de quelqu’un…

Il devient problématique que l’État veuille apporter son aide en permanence (avec l’argent des autres) sans jamais rendre de compte sur la manière dont est employé l’argent des impôts. La seule solution sera donc d’individualiser les risques et les assurances. Le contraire de ce qui se pratique en France.

Jeffrey Zeldman-4th Grade Field Trip to Ellis Island (CC BY 2.0)
Jeffrey Zeldman-4th Grade Field Trip to Ellis Island (CC BY 2.0)

Évidemment, il n’y a pas que le système social à revoir, il faut aussi remettre à plat le Code du travail. Car les opinions frisant l’angélisme de ceux qui crient haut et fort que ce sont des gens instruits qui viennent, des gens courageux puisqu’ils ont déjà risqué leur vie pour tenter leur chance -ce qui est vrai-, sont déconnectées du réel : oui, parmi ces gens il y a peut-être de nobles professions. Mais va-t-on leur ouvrir les portes de l’Éducation Nationale ? Leur donner une équivalence de diplôme en médecine ? Alors qu’on peine déjà à reconnaître la formation d’un médecin venant de Roumanie ?

Il faut revenir dans la vraie vie : non, toutes ces personnes instruites et courageuses ne trouveront pas un emploi à leur mesure. Mais déjà, si elles pouvaient trouver un emploi, elles n’auraient pas perdu leur dignité, en plus de leur famille. Pour qui se prennent ces décideurs politiques, qui se satisfont du sort scellé d’un migrant nourri-logé-assisté alors que, enfermé dans ce statut il n’en sortira jamais et rêve pourtant d’autre chose ? Certains expliquent qu’ils n’ont pas le droit de travailler parce qu’en France on leur demande des formations… qui ne leur sont pas accessibles.

« On me demande une formation pour être cariste. Je me suis inscrit. Mais la formation a été annulée parce qu’on n’était pas assez nombreux »  témoigne un Afghan arrivé en France il y a deux ans.  Il est donc toujours dépendant des allocations. Il ajoute qu’effrayé par l’environnement de la cité où il vit, il essaie d’empêcher ses enfants de sortir, pour qu’ils n’aient pas de mauvaises fréquentations. The french dream

Des formations « obligatoires » et aux méandres administratifs complexes, pour des métiers qui s’apprennent « sur le tas », voilà la méthode française pour enfoncer les gens dans la misère. Pour reprendre les termes de Ronald Reagan  : « The nine most terrifying words in the english language are : I’m from the government and I’m here to help » (Les neuf mots les plus terrifiants de notre langue sont : « Je suis du gouvernement et je viens vous aider. »).

Il faut donc plus qu’une réforme du Code du travail : il faut libérer totalement la population de l’emprise de l’État, dans quelque domaine que ce soit. Oui, cela donne plus d’incertitude sur la vie. Mais cela donne aussi plus de chances de s’en sortir. N’est-ce pas cette possibilité que chacun souhaiterait pour lui-même ?

Article publié dans une première version en septembre 2015.