La France doit ouvrir les yeux sur les réalités en Iran

Une tribune de François Colcombet, Président de la Fondation d’Études pour le Moyen-Orient (FEMO) et cofondateur du Comité Français pour un Iran démocratique.

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La France doit ouvrir les yeux sur les réalités en Iran

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 21 juin 2018
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Par François Colcombet1.

Alors que les États-Unis et la Corée du Nord se sont engagés dans un processus de « dénucléarisation de la péninsule coréenne », à surveiller dans les prochaines étapes, où en est le processus concernant l’autre « axe du mal » qu’est l’Iran des ayatollahs ?

À propos de l’Iran, l’Europe qui observe avec scepticisme le processus engagé en Corée, s’active pour éviter les sanctions américaines qui visent les échanges avec le régime iranien. De son côté, le pouvoir iranien multiplie les menaces en direction de l’Occident, alors que la rue fait entendre un autre son de cloche en Iran.

Depuis le retrait des États-Unis de l’accord avec l’Iran, les entreprises ont un délai de 180 jours pour cesser leurs activités avec ce pays, au risque de sanctions sévères de la part du Trésor américain. Plusieurs firmes françaises ont déjà commencé à quitter l’Iran, notamment celles qui cumulent des activités sur le marché américain et iranien, mais aussi celles qui utilisent le dollar pour commercer avec l’Iran.

Face à ce bouleversement majeur, l’Europe tente d’apporter son soutien politique pour que ses entreprises puissent rester en Iran. Dans une lettre au Trésor américain, les ministres des Finances et des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont mis en avant leur bonne foi et demandé au gouvernement américain des exemptions. Les Européens ont promis de poursuivre les négociations pour un accord plus large avec Téhéran qui inclurait son programme balistique controversé et ses activités déstabilisatrices dans la région. « L’accord de 2015 a besoin d’être complété par un accord sur le nucléaire après 2025, un accord sur les activités balistiques et la présence régionale », a confirmé Emmanuel Macron. D’ailleurs les pays du G7 se sont, une fois de plus, clairement engagés à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Le langage de la fermeté

Un regard sur l’histoire des relations avec le régime des mollahs montrerait que ces derniers ne comprennent que le langage de la fermeté et n’ont accepté de négocier la suspension de leur programme nucléaire militaire qu’à forces de sanctions économiques paralysantes imposées par l’administration Obama. Si la France veut négocier aujourd’hui un accord plus large avec Téhéran, elle doit donc le faire en position de force sans hésiter à utiliser le levier des sanctions. Elle doit surtout placer la question des droits de l’homme du peuple iranien au centre de son action et être à l’écoute des aspirations de changement du peuple iranien.

Le régime iranien traverse une crise profonde qui l’atteint dans ses fondements mêmes. En janvier dernier une révolte populaire a embrasé quelques 140 villes et menacé sérieusement le pouvoir islamiste. La population est descendue massivement dans la rue pour protester contre la vie chère en réclamant la fin de la dictature, cause de la faillite économique et politique du pays. Avec un chômage officiel de 12,5% (40 % officieusement), une inflation supérieure à 12% et une monnaie nationale en chute libre (perte de 50 % de sa valeur en six mois), la grogne sociale n’est pas prête de se calmer en Iran. « Laissez la Syrie, occupez-vous de nous », « Notre ennemi est ici, ils mentent en disant que c’est l’Amérique », ont scandé les manifestants : salariés impayés, paysans victimes de l’incurie du système, millions d’épargnants spoliés par les établissements financiers en banqueroutes et militants de la société civile qui s’insurgent contre les injustices et les discriminations rampantes dans le pays qui détient le palmarès mondial du nombre d’exécution par habitant.

Cette situation laisse présager d’autres révoltes plus puissantes que celles du mois de janvier. Entre-temps, les protestations et grèves se poursuivent en Iran de manière sans précédent. Le 16 mai, à Kazeroun, la ville du sud de l’Iran, au moins quatre personnes ont été tuées dans les manifestations contre ce régime brutal qui n’hésite pas à faire tirer sur sa population et à user de la torture contre ses opposants. Un évènement marquant a été la récente grève des camionneurs iraniens qui s’est étendue à plus de 300 villes et a mis en évidence la capacité des grévistes à s’organiser face à un régime liberticide qui bloque internet pour entraver toute contestation.

Un régime qui perd pied

Ce qui est significatif dans le paysage politique et social, c’est le sentiment général que le régime est en train de perdre pied. La véritable solution à la crise iranienne pourrait finalement venir de la rue. La situation explosive de la société rend plausible l’éventualité d’un changement de régime de l’intérieur, mettant fin à la fois à la souffrance du peuple iranien et aux inquiétudes de la communauté internationale.

L’existence d’une opposition structurée qui a survécu à la répression et qui a démontré sa capacité de résilience durant quatre décennies, la grande sagesse du peuple iranien qui défie avec intelligence, courage et parfois malice ses persécuteurs, le rejet de l’extrémisme et le détournement de la religion à des fins de pouvoir par cette nation qui a goûté amèrement la théocratie, constituent des chances pour un avenir optimiste. C’est ce message d’optimisme que la diaspora iranienne cherchera à faire entendre dans son grand rassemblement à la fin du mois à Paris, où des dizaines de milliers d’Iraniens convergeront des quatre coins du monde pour rappeler que la relève et l’alternative au régime des mollahs est prête et appeler à un changement démocratique dans ce pays. Ce message doit être entendu par nos décideurs politiques en France.

 

  1.  François Colcombet est Président de la Fondation d’Études pour le Moyen-Orient (FEMO). Il fut magistrat à la Cour de cassation et ancien député. Il a également cofondé le Comité Français pour un Iran démocratique.
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  • La chute d’une dictature, à l’ère moderne, par un soulèvement populaire n’est qu’un cas théorique. En pratique, seule une intervention armée extérieure ou un soulèvement militaire intérieur peut la faire chuter. Mais en général, les haut gradés militaires sont grassement payés et n’ont donc aucun intérêt à changer de dictateur. Donc, il ne reste souvent que l’intervention militaire pour faire tomber un régime totalitaire.

    • Il suffit de voir ce qui ce passe en Irak, en Libye, et en Syrie pour voir qu’une intervention militaire extérieur est la meilleure solution pour amener la démocratie surtout quand ils sont liés à de problèmes communautaires ou ethniques , je vais venir chez vous et à coup de bâton vous apprendre à faire la lessive, Il faut laisser les peuples prendre leur destin en main je vous invite à regardez la vidéo parue hier sur Laboetie.

      • Je n’ai pas dit que ça fonctionne à tous les coups. Malheureusement la culture islamique est une malédiction qui ne laisse pas d’autre alternative à un progressiste, que la fuite de son pays. Mais d’autres exemples, je pense notamment au Panama de Noriega, prouvent que ça fonctionne quand le peuple est en demande. A l’heure actuelle, le peuple vénézuélien vit dans l’espoir d’une intervention américaine pour déloger Maduro et sa clique de narco-traficants.

  • Les sanctions économiques auraient plutôt tendance à renforcer les pouvoirs en place . L’ouverture économique permet une ouverture culturelle grâce aux échanges de biens et de personnes. L’embargo qui a été décidé est , selon moi, la pire des solutions.
    Quant à une intervention militaire extérieure, on a vu les brillants résultats successifs.

    • L’ouverture « culturelle » d’une dictature est une balle qu’elle se tirerait dans le pied. Ils ne sont pas si stupides que ça, en général; les dictateurs sont souvent très intelligents. L’Iran Khomeiniste ne s’ouvrira jamais à la culture occidentale. L’illusion est de croire que parce qu’ils ont des téléphones portables et utilisent facebook, ils s’occidentalisent. C’est très mal connaître l’Orient. Un pays peut adopter des technologies étrangères sans aller plus loin. L’électricité, l’automobile, le téléphone n’ont pas amené les pays du monde à « s’ouvrir ». Heureusement d’ailleurs!

  • « Comité français pour un Iran démocratique ». Déjà ce titre interpelle: d’une part parce que la France croit pouvoir donner des leçons à tout le monde, d’autre part parce que la démocratie telle que nous la connaissons, c’est à dire avec sa soeur jumelle, la démagogie, est, à mon avis, inapplicable à l’Iran tout comme aux autres pays du Moyen Orient qui doivent encore évoluer pendant un siècle ou deux avant de pouvoir franchir le pas.
    Sinon, ce sera soit le chaos (Irak, Lybie), soit une dictature (Syrie). Bravo les donneurs de leçons!

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