Massacre dans les prisons en Iran : une exposition Place de la Bastille

Photo : Hamid Enayat. Tous droits réservés.

Vendredi dernier, un rassemblement autour d’une exposition Place de la Bastille, a rendu hommage aux prisonniers politiques exécutés en Iran.

Par Hamid Enayat.

Entourée de fleurs, la montagne de chaussures empilées aujourd’hui sur la place de Bastille se voulait une commémoration pour les 30 000 âmes innocentes fauchées en plein vol en 1988 en Iran. Des voix s’élèvent dans le monde pour exiger une enquête indépendante sur ce drame décrit par Amnesty International comme « un crime contre l’humanité reste impuni ».

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Photo : Hamid Enayat-Tous droits réservés

Une exposition de photos et des mises en scène des derniers moments de la vie de ces jeunes Iraniens exterminés dans les prisons politiques iraniennes à la suite d’un fatwa suprême religieux, voulaient rappeler « la disparition soudaine et le travail de mémoire ».

L’été 1988 en Iran,  la terreur intégriste et fanatique des mollahs a frappé de stupeur et d’effroi la société iranienne. La bête immonde du fascisme religieux a ravagé des familles entières. Depuis un an, le mouvement pour la justice en faveur des victimes de ce massacre des prisonniers politiques a brisé le tabou et franchi des étapes.

Mais qui étaient ces hommes et ces femmes dont il ne reste pour trace que des photos, des paroles, des souvenirs ? Une intervenante a lu pour les participants les témoignages de femmes au sujet d’une blessure que nul ne veut refermer en Iran :

Je m’appelle Farzaneh Majidi. Cinq membres de ma famille ont été exécutés par les mollahs, dont deux tantes, Mehranguiz et Soheila Mohammad-Rahimi, en 1988. Soheila avait 18 ans lors de son arrestation et Mehranguiz 22 ans. Quand elles ont été exécutées, ma grand-mère était aussi en prison.

Zahra Bijan-Yar, est une de ces 30.000 âmes fauchées en pleine jeunesse. Quand elle a été arrêtée, elle avait 23 ans, raconte sa sœur Zohreh. Elle avait trouvé un travail. Elle avait un esprit très ouvert, elle aimait aider les gens. Elle venait de se marier et elle était enceinte. On en a informé à plusieurs reprises la prison, mais elle a perdu son bébé sous la torture. Elle avait été condamnée à sept ans derrière les barreaux. Quand on allait la voir, on voyait bien qu’elle prenait des coups. Mais elle avait toujours le moral, elle avait un si joli rire, elle aimait tellement la vie.

Le silence est complice de la haine

Amnesty international a alerté le mois dernier sur les représailles subies par les militants et familles en Iran qui recherchent la vérité sur le drame de 88 :

Les défenseurs des droits humains recherchent la vérité, la justice et la réparation pour des milliers de prisonniers qui ont été sommairement exécutés ou qui ont disparu par la force dans les années 80 et doivent faire face à de nouvelles sortes de représailles de la part des autorités. Cela comprend les proches des victimes, qui sont devenus des défenseurs des droits de l’Homme par nécessité, et de jeunes défenseurs des droits de l’Homme qui se sont emparés des réseaux sociaux et d’autres plateformes pour discuter des atrocités commises par le passé.

La nouvelle répression a ravivé les appels pour une enquête sur le meurtre de plusieurs milliers de prisonniers politiques dans une vague d’exécutions extrajudiciaires dans le pays pendant l’été 1988. Elle a été déclenchée par un enregistrement audio, publié en août 2016, d’une réunion qui a eu lieu en 1988, dans lequel on peut entendre des dirigeants discuter et défendre les détails de leurs plans pour mener à bien les exécutions collectives.

La publication de l’enregistrement audio a déclenché une chaîne de réactions sans précédent de la part des dirigeants qui ont dû admettre pour la première fois que les exécutions collectives en 1988 ont été planifiées dans les hautes sphères du gouvernement.

Jusqu’à maintenant, aucun dirigeant iranien n’a fait l’objet d’une enquête et n’a été traduit en justice. Différentes tactiques ont été mises en oeuvre pour effacer les preuves des tombes collectives : les passer au bulldozer, les transformer en décharges, les cacher sous de nouvelles tombes ou couler du béton par-dessus.

Les défenseurs des droits de l’Homme en question incluent des jeunes nés après la révolution de 1979 qui utilisent les réseaux sociaux et d’autres plateformes pour discuter des atrocités commises dans le passé et pour assister aux rassemblements de commémoration.

Un récent rapport du Rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme en Iran, Asma Jahangir, a soutenu pour la première fois l’appel des familles demandant une enquête indépendante sur ce crime resté impuni.

L’histoire n’oubliera pas ni ne pardonnera. Le silence est complice de la haine. La communauté internationale qui s’est drapée dans un grand silence pendant 29 ans doit aujourd’hui répondre à l’appel à la justice en faveur de ces 30 000 âmes volées par les mollahs en Iran et lancer une enquête internationale pour juger les commanditaires et les auteurs du massacre.