La diaspora se mobilise pour des prisonniers en grève de la faim en Iran

Des Iraniens en exil se sont rassemblés samedi après-midi, à Paris, Place des Invalides, afin d’alerter les autorités françaises et l’opinion sur le sort inquiétant de prisonniers politiques en grève de la faim dans la prison de Rajaï Chahr en Iran.

Par Hamid Enayat.

Des Iraniens en exil se sont rassemblés samedi après-midi, à Paris, place des Invalides en face du ministère français des Affaires étrangères, afin d’alerter les autorités du pays et l’opinion sur le sort inquiétant d’une vingtaine de prisonniers politiques en grève de la faim dans la prison de Rajaï Chahr en Iran.

Les manifestants, parmi lesquels des membres des familles de prisonniers politiques et d’anciens prisonniers d’opinion, tenaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : 28ème jour de la grève de la faim des prisonniers politiques.

Cette manifestation a été organisée par le Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI), une ONG particulièrement active sur les questions touchant aux violations des droits humains dans ce pays.

La diaspora iranienne s’est partout mobilisée, en solidarité avec les prisonniers politiques. Des manifestations similaires se tiennent depuis une semaine à travers le monde, de l’Australie aux États-Unis, en passant par l’Europe. Des personnes ont même entamé des grèves de la faim à Londres, à La Haye, à Frankfurt, Aarhus (Danemark)…

Sur une pancarte on peut apercevoir les photos et les noms des grévistes de la faim :

Abolqassem Fouladvand, Hassan Sadeghi, Saeed Massouri, Reza Akbari Monfared, Jafar Eqdami, Amir Qaziyan, Khaled Heradani, Zaniyar et Loqman Moradi qui ont été placés en isolement cellulaire, ainsi que Mohammad Banazadeh Amir-Khizi, Pirouz Mansouri, Majid Assadi et Payam Shakiba…

Retour sur les faits

Cela fait bientôt un mois que 21 prisonniers politiques sont en grève de la faim en protestation de leurs conditions de détention à la prison de Rajaï Chahr (à l’ouest de Téhéran) dans la ville de Karaj. Cette prison est également appelée Gohardacht et est aussi tristement célèbre que la prison d’Evine à Téhéran. Beaucoup d’entre eux souffrent de diverses maladies à la suite de nombreuses années derrière les barreaux dans les conditions atroces des prisons médiévales du régime des mollahs.

Tout a commencé un dimanche, le 30 juillet, quand 53 prisonniers politiques détenus de la section 12 du quartier 4 de la prison de Gohardacht ont reçu l’ordre de quitter leurs cellules et d’abandonner les affaires personnelles qu’ils avaient pu réunir difficilement durant des années d’emprisonnement.

Tout naturellement les prisonniers politiques protestent, ils sont brutalisés, attaqués, insultés par les agents pénitentiaires, et transférés de force à la Section 10 de ce quartier de la prison de Rajaï Shahr. Selon le témoignage des prisonniers, lors du transfert, leurs lunettes peuvent être écrasées, ils sont privés de leurs traitements médicaux et de leurs affaires personnelles – vêtements, livres et lettres notamment.

« Certains de leurs effets personnels, notamment des cahiers, des photos, des lettres et d’autres souvenirs qui étaient leur dernière source de réconfort dans une situation difficile, ont été détruits par la suite » précise Amnesty International.

Parmi eux figurent des prisonniers d’opinion, dont des défenseurs des droits humains, des syndicalistes, des journalistes, des étudiants, des dissidents politiques et des membres de la communauté persécutée des Bahaïs.

Des conditions de détention encore pires

Amnesty International précise dans un communiqué le 22 août 2017 que ces prisonniers politiques ont été transférés dans un secteur où « les conditions sont, d’après les descriptions, étouffantes. Dans les cellules, les fenêtres sont couvertes de plaques de métal, les détenus n’ont pas un accès suffisant à de l’eau potable ni à de la nourriture, et le nombre de lits est insuffisant. Leurs familles n’ont pas le droit de leur rendre visite en personne et ils ne sont pas autorisés à les appeler, ce qui est habituellement possible dans d’autres quartiers de la prison. »

Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International précise dans ce communiqué : « Le fait que les conditions de détention soient si déplorables que des prisonniers désespérés se sentent obligés d’entamer une grève de la faim pour réclamer le respect des normes élémentaires de la dignité humaine est scandaleux. »

Les prisonniers ont fait part de leur indignation face à une mesure sans précédent, à savoir l’installation de dizaines de caméras de surveillance et d’appareils d’écoute dans tout ce secteur de la prison, y compris dans les toilettes et les salles de douche, constituant une grave violation de leur droit à la vie privée.

« En incarcérant des dizaines de prisonniers d’opinion à l’issue de procès iniques, les autorités iraniennes bafouent déjà leurs obligations en termes de droits humains. Ils ne devraient même pas se trouver derrière les barreaux, mais au lieu d’être relâchés, ils sont doublement punis en étant détenus dans des conditions déplorables », a déclaré Magdalena Mughrabi.

Grève de la faim et solidarité

17 prisonniers politiques entament alors une grève de la faim, et sont rejoints ensuite par d’autres prisonniers. Ils sont aujourd’hui 21 dans cette prison à avoir entamé la grève de la faim, et être soutenus par les autres prisonniers. Des prisonniers politiques de la prison d’Ardebil au nord-est de l’Iran ont annoncé faire de même, en solidarité avec les prisonniers de Rajaï Chahr.

Du fond de sa cellule de la prison de Zabol au sud-est de l’Iran où il se trouve exilé et emprisonné, le prisonnier politique Arjang Davoudi a annoncé sa solidarité en refusant de s’alimenter et de prendre ses médicaments. À la prison centrale de Téhéran, Mehdi Farahi Chandiz vient d’annoncer trois jours de grève de la faim en soutien aux grévistes…

Les réseaux sociaux diffusent des déclarations de solidarité avec les grévistes de la faim. L’ancien recteur de l’université de Téhéran, le dissident très respecté Mohammad Maleki, a exprimé son soutien dans un communiqué.

Des prisonniers en très mauvais état

Simin Nouri du CSDHI nous précise que selon les informations obtenues auprès des familles les prisonniers grévistes sont dans un état inquiétant :  M. Hassan Sadeghi a été transféré, le 21 août, à l’hôpital Farabi, place Qazvin au sud de Téhéran. « Il souffre d’un glaucome en raison des coups sévères portés à ses yeux, suite à son agression. Les médecins disent qu’il risque de perdre la vue ». Mme Nouri précise que M. Sadeghi a été arrêté en 2015 une troisième fois, pour son soutien à l’Organisation d’opposition des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) et condamné à 15 ans d’emprisonnement.

Azadeh Alemi, dont un proche se trouve parmi les prisonniers grévistes, révèle que plusieurs d’entre eux n’ont plus la force de se tenir debout et perdent connaissance.

Un autre manifestant s’insurge contre les propos du procureur de Téhéran, Jafari Dolatabadi, qui vient de déclarer que « l’appareil judiciaire ne se pliera pas devant la grève de la faim des prisonniers ! ».

« Ce régime est si cruel qu’il est capable de laisser les prisonniers mourir », poursuit ce manifestant avec colère et amertume. Jafari-Dolatabadi figure actuellement sur la liste établie par l’Union européenne pour les violations flagrantes et omniprésentes des droits de l’homme. Ses remarques attestent en outre que le régime n’éprouve aucun respect pour les droits minimaux des prisonniers.

Alerter l’opinion

Le but de la manifestation aux Invalides est d’alerter justement l’opinion sur la santé déclinante des prisonniers politiques en grève de la faim et solliciter l’intervention des autorités françaises et de l’ONU afin de sauver ces hommes en danger.

Afchine Alavi, membre du Conseil national de la Résistance iranienne, représentant la coalition de l’opposition démocratique, et présent à cette manifestation, nous explique que la Résistance iranienne appelle à une action urgente des organisations internationales de défense des droits de l’homme, en particulier le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme et le Conseil des droits de l’homme, afin de sauver ces prisonniers politiques. Il ajoute qu’il faudrait que « les gouvernements en Europe conditionnent leurs relations avec la théocratie intégriste des mollahs à l’amélioration de la situation des droits de l’homme dans ce pays ».

prisonniers

Les familles s’inquiètent de ce transfert à la section 10, car cette dernière a maintenu l’an dernier en isolement 25 prisonniers sunnites avant qu’ils ne soient collectivement pendus sous l’accusation d’être « en guerre contre Dieu ».

Les grévistes de la faim protestent contre leur transfert forcé, et les pressions et restrictions croissantes dont ils sont l’objet, de même que la destruction et la confiscation de leurs biens personnels. Un manifestant ajoute :  « il faut savoir que certains de ces courageux prisonniers ont rendu publiques des lettres ouvertes dénoncant les crimes du régime et ses agissements répressifs dans la société ».

Certains avaient même lancé un appel à la justice pour leurs proches exécutés par le régime iranien, comme pour les victimes du massacre de prisonniers politiques en 1988. Ils s’étaient joints à ce mouvement généralisé en Iran, réclamant que soient traduits en justice les responsables du massacre de 30 000 prisonniers politiques. La principale raison de l’acharnement du régime iranien sur ces prisonniers semble bien être ce courage d’avoir défié son autorité depuis l’intérieur des geôles.

Ce comportement des prisonniers politiques inspire les jeunes Iraniens exacerbés par les pratiques répressives du régime, et inquiète fortement les autorités qui se sentent déstabilisées par l’ampleur du mouvement.