Concurrence : réguler les géants du web n’est pas la priorité

La nouvelle économie induit un basculement intellectuel, un changement de paradigme : au lieu de réguler pour maîtriser le marché, il faut le déréguler pour en libérer les énergies.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Concurrence : réguler les géants du web n’est pas la priorité

Publié le 6 juin 2018
- A +

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Le Pew Research, l’un des think-tanks américains les plus respectés, publie régulièrement des enquêtes qui décryptent, avec une grande finesse, les comportements de nos contemporains. L’une de ses dernières études porte sur les pratiques des adolescents américains sur les réseaux sociaux. Elle est instructive.

Sans grande surprise, leur vie est toujours plus en ligne : ils sont 45% à se dire « constamment » sur Internet, contre 24% il y a 3 ans. Ils s’y connectent par leurs Smartphones (95% en possèdent un), outil uniformément diffusé à travers tous les milieux sociaux et ethniques, à la différence des ordinateurs qui sont plutôt l’apanage des milieux favorisés (96% des jeunes issus des familles dont les revenus dépassent 75 000 dollars annuels en ont un, contre 75% de ceux dont les familles ont moins de 30 000 dollars). C’est une révolution sociale : les premiers Smartphones ne sont apparus qu’en 2007 !

Des goûts qui changent vite

L’enquête confirme surtout qu’en matière de numérique, les goûts changent vite et les positions des réseaux sociaux peuvent basculer rapidement. Les jeunes ne sont ainsi que 51% à utiliser Facebook, qui est particulièrement peu populaire parmi les milieux les plus aisés (seuls 36% des plus riches d’entre eux l’utilisent !). À l’inverse, ils sont 72% à utiliser Instagram et 69% à être sur Snapchat. Leur consommation est désormais faite de vidéos : 85% se servent de Youtube. En 2015 (il y a 3 ans !), Facebook avait une popularité sans partage parmi les jeunes (71% des jeunes l’utilisaient), loin devant les autres réseaux (52% étaient sur Instagram, 41% sur Snapchat).

Ces tendances éclairent le débat public d’une lumière nouvelle. Alors qu’il s’écrit partout que les ‘géants’ du numérique seraient de nouveaux monopoles, les données du Pew montrent que, quand bien même cela serait vrai (ce qui est loin d’être établi), cette position est précaire : la position de Facebook a chuté au profit des autres plateformes.

Le rôle de la concurrence

Ces réalités doivent conduire à réviser notre vision de la concurrence. Celle-ci a été modelée sur l’idée que le rôle du régulateur est d’assurer l’atomicité du marché : plus il y a d’opérateurs aux parts de marché diluées, plus la concurrence serait effective ; à l’inverse, un opérateur dominant serait un ennemi de la concurrence. L’économie numérique montre que ce n’est pas nécessairement le cas : une plateforme avec une position écrasante peut être balayée rapidement, dès lors que de nouveaux opérateurs proposent des services plus attractifs (et ce, même si cet attrait semble mystérieux à tout utilisateur de plus de 25 ans… et encore plus à un régulateur administratif).

La nouvelle économie est faite de fluidité, là où l’ancienne était rigide. Il en devient plus difficile encore d’anticiper les évolutions du marché. Dans ce nouveau contexte, les freins à la concurrence ne sont peut-être pas tant les géants (qui seront devenus des nains demain s’ils n’innovent pas) que les normes, contraintes fiscales et autres régulations qui empêchent les nouveaux entrants de venir contester les positions acquises.

Cette nouvelle vision de la concurrence a été développée par Friedrich Hayek puis Israël Kirzner son disciple. Elle induit un basculement intellectuel, un changement de paradigme : au lieu de réguler pour maîtriser le marché, il faut le déréguler pour en libérer les énergies. Ce n’est visiblement pas le chemin suivi par les Européens dont l’adoption du RGPD illustre à nouveau l’obsession régulatrice.

Sur le web

Voir les commentaires (8)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Oui c’est vrai Instragram prends des parts à Facebook. Mais Instagram appartient à Facebook.
    Google est toujours en monopole sur les moteurs, d’autant qu’il détient le 2e moteur, YouTube.
    Amazon n’est pas encore en monopole mais vends à perte pour le devenir.
    En ne payant d’impôts nulle part, la concurrence avec les commerces ou publicitaires traditionnels est bien faussée.

    • Google n’est pas en monopole dès lors qu’aucune loi n’oblige à utiliser ses services.

      Un monopole ne peut pas exister en l’absence de loi qui l’impose. Tout monopole est forcément public, directement ou par destination quand il a l’apparence d’un service privé mais fonctionnant en connivence avec l’Etat.

      A propos des ventes à perte supposées d’Amazon, il va vous falloir expliquer ses milliards de bénéfices en 2017 :
      http://phx.corporate-ir.net/phoenix.zhtml?c=97664&p=irol-reportsannual

    • Ceci dit dans certains pays (peu recommandable) comme la Russie ou la Chine croyez moi que les « GAFAM » font pas les malins très longtemps.

      Quoi qu’on en dise, il faut pas être trop faible face aux « GAFAM » même si je trouve qu’on les accable trop verbalement, reste qu’ils sont trop hors-la-loi.

  • vouloir réguler le web est une utopie et une idée absurde que se passerai il si le géant du web Google cessait de desservir tel ou tel pays par mesure de représailles , et ‘c’est envisagé par la firme américaine sachant qu’elle n’a rien en face de réellement fiable au niveau mondial !

  • Très bon article,
    Je pense également l’idée excellente tant sur la manière de réagir vis-à-vis des GAFA et autres, que sur l’idée de déréguler pour créer une sorte de « chaos » d’où sortira de nouvelles choses (Ordo ab chao). De nouvelles idées capables de renverser naturellement les Majors actuels qui ne consacreraient plus assez d’énergie et de fonds à l’innovation et non pas des règles à l’emporte-pièce décidées par des gens qui ne consulteront jamais les premiers concernés, c-à-dire nous, les us !
    Finalement c’est le consommateur qui aura le libre arbitre de préférer tel ou tel produit ou service, c’est aussi (surtout) cela la démocratie et la liberté mais ceux qui décident de tout l’ont oublié depuis bien longtemps, à se demander presque s’ils l’ont un jour su !
    L’ultra réglementation ne produit jamais rien de bon cela se vérifie chaque jour tout autour de nous !

  • Pas trop d’accord avec cet article qui passe à côté de l’essentiel. Le problème des Gafa et autres champions, c’est leur connivence avec un certain pouvoir qui leur a taillé des lois sur mesure, les a subventionné outrageusement en récompense de leur collaboration sans « faille » (chaque faille découverte démontre cette collaboration), sans oublier les injections monétaires ayant contribué à élever les cours au delà de toute raison alors qu’ils étaient en phase de développement, leur permettant d’éliminer la concurrence la plus dangereuse par rachats successifs.

    Sans ces aides publiques purement mercantilistes, il y aurait sans doute une concurrence plus exacerbée, les situations de position dominante auraient été plus difficiles, voire impossibles à atteindre et certains investissements délirants n’auraient jamais vu le jour. On pense notamment à ce brave Elon, dont le principal exploit est d’avoir créé la plus fantastique pompe à subventions jamais imaginée. Même les escrologistes sont jaloux…

    Donc, oui à la dérégulation, mais seulement après avoir lourdement sanctionné les abus passés de la précédente pseudo-régulation. Sinon, la dérégulation revient à tolérer les dopés sur la nouvelle ligne de départ, ce qui n’est pas très fairplay, n’est-il pas ?

    Le RGPD est la réponse de l’Europe à l’extraterritorialité judiciaire que les USA imposent au reste du monde au prétexte du dollar. Pas la plus subtile des réponses, mais ça devrait faire l’affaire quand les amendes de plusieurs dizaines de milliards vont opportunément tomber sur Google, Apple, Amazon… ce qui ne manquera pas d’inspirer les autres pays à travers le monde.

    • Et pourtant, l’UE se fait taper sur les doigts par l?OMC pour avoir subventionné Airbus. Personne pour le remarquer.
      L’OMC, bon œil droit, œil gauche aveugle. Curieux pour le bras soit-disant impartial de cette justice.

    • En gros, l’UE incapable de favoriser subtilement ses propres champions, prend des mesures débordant d’effets pervers pour avoir l’air de faire quelque chose contre les champions de son rival. Comme écrirait quelqu’un qu’on connaît : forcément ça va bien se passer !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

« La vraie question que vous devriez vous poser est : aujourd’hui l’État français prélève à peu près 62% de la richesse française et rien ne marche […] Qu’est-ce qu’ils font de notre pognon ? »

 

Ces mots de Charles Gave prononcés à l’antenne de Sud Radio sonnent comme du bon sens. Si la question initiale visait le secteur régalien, elle se pose également pour la politique environnementale. Cette année, le ministère de la Transition écologique a été doté d’un budget de 45,5 milliards d’euros, soit cinq fois celui des Affair... Poursuivre la lecture

Alors que la liberté d’expression et plus généralement les libertés civiles sont plébiscitées par les Français, le libéralisme économique, quant à lui, continue de susciter la suspicion voire le rejet chez la plupart des gens, y compris à droite. Ce terme est en effet connecté à des questions difficiles comme la mondialisation, le profit, les délocalisations, la loi du plus fort, etc., et génère des sentiments négatifs comme la peur ou l’envie.

 

Pour pallier les défauts d’un libéralisme « débridé », l’État apparaît comme l... Poursuivre la lecture

Lionel Laurent de chez Bloomberg n’a pas de patience pour les cryptos… Auparavant, il attaquait le Bitcoin pour son utilisation d’énergies.

Il écrit :

« L’énergie représente environ la moitié des dépenses des sociétés qui minent le Bitcoin. »

Aujourd’hui, il revient à la charge, et appelle les autorités à une prise en charge du secteur :

« Il est temps pour les régulateurs de se demander quel est l’impact dans le monde réel du prochain retournement de cycle contre les cryptos. »

Les échanges décentralisés « ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles