Une négociation Iran-États-Unis ?

Iran : si la situation économique continue à se dégrader, comme il est à prévoir avec la réintroduction des sanctions américaines, c’est la cohésion du régime qui pourrait en pâtir.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Une négociation Iran-États-Unis ?

Publié le 5 juin 2018
- A +

Par Fabio Rafael Fiallo.

On a tout dit et écrit sur combien la décision du président américain Donald Trump de quitter l’accord nucléaire iranien aura été maladroite, contreproductive et dangereuse. Nous aurons été prévenus : si on enlève à l’Iran les bénéfices économiques qu’il tire de cet accord, le pouvoir en place n’aura aucune raison d’arrêter l’enrichissement d’uranium ou de ralentir son programme de développement de missiles balistiques.

Qui plus est, nous dit-on, la décision de Trump aura servi à renforcer, au sein du pouvoir iranien, le camp des conservateurs – mécontents avec l’accord et désireux de développer la bombe atomique – au détriment des « pragmatiques » qui avaient négocié l’accord en question. Un tout faux donc.

Le bras de fer

Or, cette argumentation néglige deux éléments fondamentaux du bras-de-fer qui se joue autour du programme nucléaire iranien, à savoir : le malaise économique croissant au sein de la population et la réticence des autres signataires de l’accord à faciliter, ou même à tolérer, l’entrée de l’Iran au club des puissances nucléaires.

Malaise économique d’abord. Depuis que le spectre d’une sortie des États-Unis de l’accord nucléaire fit son apparition à la fin de l’année dernière – avant même donc que Trump en ait effectivement pris la décision –, le rial, la monnaie nationale iranienne, a perdu autour de 50% de sa valeur et la fuite des capitaux atteignit les 30 milliards de dollars rien qu’au premier trimestre de 2018.

L’engagement iranien au Moyen-Orient

Par ailleurs, les ambitions géopolitiques du régime iranien, notamment son engagement sur plusieurs théâtres de guerre au Moyen-Orient (en Syrie, au Yémen, au Liban aussi), drainent forcément des ressources économiques qui auraient pu servir à améliorer les conditions de vie des citoyens et à moderniser l’économie du pays.

Preuve du malaise social ambiant, les manifestations de rue contre le régime ont repris depuis décembre dernier. Or, si la situation économique continue à se dégrader, comme il est à prévoir avec la réintroduction des sanctions américaines, c’est la cohésion du régime qui pourrait en pâtir.

Puis, en dépit des gesticulations des pays européens signataires de l’accord (Allemagne, France et Royaume-Uni) contre la décision de Trump, l’Europe ne peut pas faire grand-chose pour maintenir l’accord en vie (comme le lui demande le président iranien). La raison en est très simple : les entreprises européennes oseront difficilement faire du commerce avec l’Iran de peur de perdre l’accès, et aux marchés et aux mécanismes financiers des États-Unis.

L’origine de la modération de Téhéran

Ajoutons à cela que les principaux alliés de Téhéran (la Russie et la Chine), certes, sont ravis de donner un coup de main à l’Iran dans son bras-de-fer avec Washington, mais non pas jusqu’au point de lui permettre de devenir une puissance nucléaire.

Ces contraintes économiques et diplomatiques sont de nature à amener le pouvoir iranien à y penser à deux fois avant de défier les États-Unis en reprenant le programme nucléaire. Elles aident en tout cas à comprendre la modération dont Téhéran a jusqu’ici fait preuve vis-à-vis de la sortie des États-Unis de l’accord de 2015.

En effet, les jours précédant la décision de Donald Trump, le président iranien, Hassan Rouhani, était allé jusqu’à le mettre en garde sur les “conséquences sévères” qu’aurait le retrait des États-Unis de l’accord en question. Or, une fois le retrait annoncé officiellement, le Président Rouhani prit soin d’atténuer sa rhétorique, proclamant que son pays continuerait à respecter l’accord pour autant que les autres pays signataires acceptent de maintenir la levée des sanctions.

 Une telle prudence trahit l’hésitation du pouvoir iranien quant à l’opportunité d’adopter une attitude belliqueuse vis-à-vis des États-Unis. Prudence d’autant plus compréhensible que le président américain a déjà mis en garde le régime iranien des “conséquences très sévères” qu’entraînerait la reprise du programme en question.

Et il n’a pu échapper au régime en place en Iran le fait que Trump est du genre à mettre en pratique ses promesses et ses menaces. Baisses d’impôts, déréglementation, bras-de-fer commercial avec la Chine, transfert à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis en Israël, sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et maintenant de l’accord nucléaire iranien, autant de promesses électorales que Trump n’a pas hésité à mettre en œuvre.

Malgré ses hauts et ses bas, le dégel en cours entre la Corée du Nord et les États-Unis pourrait servir de catalyseur pour une baisses des tensions existantes entre l’Iran et les États-Unis. « Si Kim Jong-un est parvenu à avoir un sommet avec son homologue américain, pourquoi ne le pourrions-nous pas ? » – voici la question que le régime iranien pourrait être amené à se poser.

Aussi ne doit-on pas exclure que le pouvoir à Téhéran soit enclin à explorer la possibilité d’engager des négociations directes avec le président américain et ses représentants en vue de la levée des sanctions américaines.

 Or, une telle volte-face ne pourra avoir lieu sans que l’Iran soit prêt à suspendre véritablement, voire à abandonner carrément, non seulement le volet militaire de son programme nucléaire, mais également ses desseins géopolitiques expansionnistes (de toute façon économiquement insoutenables) et, dernier mais non le moindre, son objectif de détruire ou de déstabiliser Israël. Pour les ayatollahs au pouvoir à Téhéran, c’est pourrait bien être le prix à payer pour la survie économique de leur régime.

Pour farfelu qu’il puisse aujourd’hui paraître, un tel scénario n’est pas plus invraisemblable que ne l’était, voici quelques mois, l’hypothèse de pourparlers, et davantage encore d’un sommet (réussi ou non, c’est une autre chose), entre les États-Unis et la Corée du Nord.

Voir les commentaires (9)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (9)
  • Ce que nos ignares de journalistes, et soi-disant spécialistes de politique internationale, ne savent et comprennent pas c’est que le style de Trump n’est pas nouveau. Ce n’est que la politique du gros bâton de Théodore Roosevelt, lui-même s’inspirant d’Andrew Jackson, un président qui détestait l’establishment et la bureaucratie. On négocie mais avec un gourdin à la main! C’est bien plus efficace que les atermoiements et l’immobilisme de Obama qui ne savait pas négocier!
    Il est d’ailleurs significatif que Trump est fait accrocher le portrait de Jackson dans le bureau ovale.

  • Heureusement il y a la Chine, la Russie, les Indes qui pourront négocier en devises et non plus en dollar avec l’Iran …
    Iran qui a une culture millénaire contrairement à l’oncle Sam
    Nous allons payer très cher les délires hégémoniques d’un psychopathe notoire en matière de chômage, emploi, investissements ….
    Quand nous avons un tel « partenaire » il n’est nul besoin d’avoir ou de s’inventer un ennemi …
    Et Macron va se faire embobiner par le criminel d’Israël malgré ses roulages de mécanique …
    L’avenir est radieux et serein ….

    •  » Heureusement il y a la Chine, la Russie, les Indes qui pourront négocier en devises et non plus en dollar avec l’Iran …  »

      Ce sera ainsi plus facile pour s’entuber à la moindre occasion. Trois pays despotiques et corrompu qui veulent négocier entre eux? C’est comme vouloir négocier sa vie avec des serpents venimeux. La Chine cherche aussi son indépendance énergétique et enverra paître les deux autres quand elle y arrivera.

    • Cessez vos stupides insultes envers un personnage que vous ne connaissez absolument pas. Il défend les intérêts des USA et de ses citoyens! Je vous rappelle que c’est l’UE qui a commencé dans le protectionnisme en taxant illégalement les GAFA. Les représailles devaient arrivées!

      • Tout-à-fait. Insulter ses adversaires n’est qu’une preuve de faiblesse et de manque d’arguments, et même si c’est bien vu en France, c’est hautement contre-productif.

    • On voit à quoi a mené la culture millénaire de l’Iran. Un pays à la botte d’une bande cléricale de parasites obscurantistes!

  • En attendant l’Iran fait monter les enchères.

    • En quoi? Les ayatollahs veulent dominer le moyen-orient!

      • En quoi ? En déclarant remettre en marche des centrifugeuses.
        Certains le verront comme un acte souverain d’autres comme une provocation.
        Si les ayatollahs ont un gros problème dans ce qui leur sert de crane (avec Israel en particulier), les dirigeants des autres pays de la région ne sont pas meilleurs.

        Chacun verse de l’huile sur le feu tout en accusant l’autre de le faire.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Selon le média russe Kommersant, la Turquie aurait signé un contrat avec la Russie pour la fourniture du deuxième régiment de systèmes de missiles antiaériens S-400. Celui-ci prévoirait en outre la localisation de la production de composants individuels. Une coopération aussi bien commerciale que technique.

Ankara, quant à elle, nie l'existence d'un tel contrat, arguant que le deuxième régiment était prévu dans le contrat original signé des années auparavant.

Dans tous les cas, la coopération entre la Russie et la Turquie se mai... Poursuivre la lecture

Trump
0
Sauvegarder cet article

Depuis la présidentielle de 2016, il semble que l’establishment médiatique et Washington veulent la peau de Donald Trump coûte que coûte. Ça a lamentablement échoué durant sa présidence et même après avec la commission hyper-biaisée du 6 janvier.

Mais maintenant, le ton monte d’un cran. La semaine dernière, non seulement le FBI est arrivé sans crier gare à son manoir de Floride, mais l’État de New York l’a longuement questionné sur ses pratiques fiscales, soupçonnées frauduleuses.

Sur ce dernier point, il est demeuré muet comme ... Poursuivre la lecture

Par J. Bracken Lee.

C'était, bien sûr, "la patrie des libertés et le pays des braves". Les Américains étaient libres simplement parce que le gouvernement était trop faible pour intervenir dans leurs affaires privées - il n'avait pas l'argent pour le faire - et ils étaient courageux parce qu'un peuple libre est toujours audacieux. La condition de la liberté est la volonté de se tenir debout sur ses pieds.

C'est ce que voulait le premier Américain. Il se méfiait de l’État, surtout s'il était hors de sa portée. Il venait de... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles