Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’automédication

Sur quelques questions que vous pouvez vous poser sur l’automédication, qui peut être à la fois la meilleure et la pire des choses.

Par Richard Guédon.

L’automédication est la meilleure et la pire des choses. La pire : pratiquée sans discernement elle peut être à l’origine d’accidents gravissimes dont on sait qu’ils sont très nombreux notamment chez les personnes âgées. La meilleure : elle permet de gérer soi-même la majorité des maux du quotidien. Réponse à quelques questions.

Qu’est-ce que l’automédication ?

« C’est l’utilisation, hors prescription médicale, par des personnes, pour elles-mêmes ou pour leurs proches et de leur propre initiative, de médicaments considérés comme tels et ayant reçu une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), avec la possibilité d’assistance et de conseils de la part des pharmaciens. » C’est la définition qu’en donne le Conseil National de l’Ordre des Médecins, adoptée aussi par le  Comité permanent des médecins européens qui représente les associations médicales nationales de 27 pays en Europe.

Plusieurs remarques peuvent être faites à propos de cette définition.

D’abord, elle réserve le terme d’automédication à l’administration de médicaments connus et répertoriés, ce qui en exclut toutes les médications traditionnelles et autres remèdes « de bonne femme » dans lesquels d’innombrables générations ont mis leur confiance faute d’alternative.

Ensuite cette définition prend en compte l’intervention de la personne sur elle-même mais aussi sur ses proches, et notamment sur ses enfants, ce qui donne potentiellement à chacun d’entre nous un rôle de soignant légitime.

Enfin, les médicaments cités dans la définition ne sont pas des sous-médicaments réservés à des amateurs mais de vrais médicaments, munis d’une Autorisation de Mise sur le Marché officielle, présumés actifs et donc potentiellement dangereux comme tout médicament actif.

Prenons l’exemple de l’aspirine, archétype du produit d’automédication passe-partout qu’on utilise presque sans y penser. Il s’agit en fait d’un médicament qui est tout sauf banal : il est très efficace, nanti de nombreuses propriétés distinctes, à la fois antalgique (anti douleur), anti-inflammatoire (lutte contre l’inflammation), anti pyrétique (fait baisser la fièvre), antiagrégant plaquettaire (diminue la viscosité du sang) et uricosurique (diminue le taux d’acide urique dans le sang).

Même si, à dose faible, l’aspirine est en général bien tolérée, elle est susceptible d’avoir des effets secondaires : allergie, douleurs et saignements digestifs, pour n’en citer que quelques-uns.

Qui sait que l’aspirine ne doit en aucun cas être utilisée par les femmes pendant les 3 derniers mois de la grossesse car possiblement toxique pour le fœtus ? Et, complexité supplémentaire, l’aspirine peut entrer en interaction avec de nombreux autres médicaments très utilisés, soit pour en contrarier les effets (paracétamol) soit pour les majorer (anticoagulants).

Où trouver la liste des médicaments pour l’automédication ?

La liste des médicaments en accès direct, c’est le terme administratif consacré, est établie par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et on peut la trouver sur son site.

Après une liste de plus de 500 véritables médicaments, bizarrement nommés allopathiques, ce qui ne veut rien dire, on trouve 2 listes additionnelles contenant quelques produits d’homéopathie et de phytothérapie, dont on sait qu’ils échappent à  toute obligation d’évaluation et doivent donc être considérés comme des placebos.

Les prix des médicaments en accès direct sont libres et les pharmaciens les fixent eux-mêmes. La concurrence s’exerce donc pleinement et on peut trouver des écarts de prix allant du simple au quadruple selon les officines.

Que peut-on soigner par automédication ?

C’est un champ très large puisqu’on trouve des médicaments pour traiter les phénomènes aigus comme la fièvre, les différents types de douleurs (maux de tête, de ventres, douleurs des règles), la fatigue, la diarrhée mais aussi la constipation, la toux, les maux de gorge, rhumes, écoulements du nez, éternuements. On trouve aussi des médicaments pour soigner les affections chroniques comme le tabagisme, l’acné, les troubles veineux. Enfin on peut soigner les plaies, bosses, brûlures et petits traumatismes de tous les jours et de toute la famille. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

Quand se soigner soi-même ?

2 grandes règles peuvent être proposées :

  • Utiliser l’automédication pour traiter les maladies d’apparence bénignes et les symptômes déjà connus.
  • Se traiter sur une courte durée, pas plus de 3 jours, sauf certains cas particuliers (sevrage tabagique). Si l’on a par exemple des maux de têtes inhabituels, ou des maux de ventre qui durent plus de 3 jours il est prudent de consulter un médecin.

À l’inverse il  est des situations qui doivent conduire à consulter systématiquement un médecin :

  • Si l’on est atteint de maladie chronique car les médicaments d’automédication, dont on a vu qu’ils peuvent être très actifs, risquent d’interférer avec la maladie elle-même ou avec les médicaments prescrits pour la traiter.
  • Si l’on est enceinte ou que l’on allaite, car le fœtus et l’enfant nourri au sein sont très sensibles aux effets toxiques des médicaments, qui sont de plus souvent mal connus chez eux.
  • Chez les nourrissons, c’est-à-dire les petits enfants de moins de 2 ans, pour les mêmes raisons.

Comment minimiser les risques en se soignant soi-même ?

Voici quelques règles qui permettent en général d’éviter les risques de l’automédication :

  • Demander conseil au pharmacien chez qui on achète le médicament, c’est son travail.
  • Bien lire les notices contenues dans les boites, même si c’est fastidieux c’est indispensable.
  • Vérifier les dates de péremption et ne pas consommer des produits périmés.
  • Laisser les médicaments dans leur emballage d’origine pour ne pas les confondre et pouvoir retrouver les notices.
  • Ne pas laisser les boites à portée des enfants. Les tout-petits sont toujours plus habiles qu’on ne le pense, australopithèques le matin, homo habilis le soir.
  • Attention aux interactions possibles avec les médicaments prescrits par le médecin.
  • Vérifier qu’il n’y a pas de surdosage car les principes actifs peuvent se présenter sous des marques différentes et s’additionner sans que l’on en ait conscience.
  • Attention aussi aux interactions possibles avec l’alcool, ainsi qu’avec la conduite automobile, rendue dangereuse par certains médicaments : il existe une signalétique spécifique sur ce point sur les boites.
  • Ne pas consommer de sa propre initiative des médicaments prescrits par un médecin lors d’une affection précédente.
  • Demander l’avis d’un médecin, même par téléphone, au moindre signe anormal.

Où trouver une information validée ?

De nombreux sites proposent une information sur les maladies et les médicaments pour le grand public, nous nous contentons de citer 2 d’entre eux sur lesquels on est certains de disposer d’une information validée par les instances scientifiques : le site www.eurekasante.fr qui est celui du fameux dictionnaire Vidal et celui de de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) http://ansm.sante.fr/ déjà citée.

La médecine de soi-même

En conclusion il faut souligner que l’automédication n’est qu’un des aspects d’un phénomène plus large qu’on peut appeler la médecine de soi-même. Les progrès médicaux, techniques et assuranciels nous ont habitués à remettre notre santé dans les mains des médecins mais ceux-ci ne peuvent nous décharger de notre responsabilité individuelle.

C’est nous en effet qui ressentons les premiers symptômes des maladies et décidons, avant le médecin, de ce que nous avons à faire : négliger, gérer seuls, attendre ou consulter. Sur quelles bases le faisons-nous ? Nous sommes-nous formés ?

C’est nous qui sommes susceptibles d’arriver les premiers auprès de gens, proches ou inconnus, nécessitant une prise en charge en urgence : sommes-nous formés au secourisme ?

C’est nous enfin qui sommes responsables de la façon dont nous entretenons notre capital santé puisqu’aujourd’hui on sait que ne pas fumer, ne pas se laisser grossir, manger équilibré et bouger ½ heure par jour permettent d’éviter plus de la moitié des maladies chroniques, physiques et psychiques : en tenons-nous compte dans notre mode de vie ?

Les difficultés de l’organisation des soins de premier recours, les nouvelles technologies, l’accroissement du niveau d’éducation moyen des gens permettront dans l’avenir le développement de cette médecine de soi-même : c’est un espace de liberté qu’il ne tient qu’à nous d’investir et d’élargir, de façon rationnelle.

 

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