Peut-on sortir du nucléaire, et « en même temps » du réchauffement climatique ?

A quoi cela sert-il de sortir du nucléaire si c’est pour augmenter les émissions de CO2 ?

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Peut-on sortir du nucléaire, et « en même temps » du réchauffement climatique ?

Publié le 29 avril 2018
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Par Pierre Yves Morvan.

La réponse le plus souvent entendue face au défi énergétique est : « il suffit de faire quelques petits gestes pour sauver la planète et yaka développer les nouvelles énergies renouvelables ».

Mais la réponse des scénarios climatiques, l’outil de base pour ces questions, est que
les énergies renouvelables ne suffisent pas.

Le GIEC, l’IEA, etc., rapportent évidemment cette réponse et nous alertent : on ne peut éviter le réchauffement climatique sans utiliser aussi l’énergie nucléaire.

Dans la majorité des scénarios de stabilisation à faible concentration de carbone (entre 450 et 500 ppm éqCO2 environ, niveaux pour lesquels il est au moins à peu près aussi probable qu’improbable que le réchauffement se limite à 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels), la part de l’approvisionnement en électricité sobre en carbone (ce qui comprend les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire et le CSC, y compris la BECSC) augmente par rapport à la proportion actuelle d’environ 30% à plus de 80% en 2050 et à 90% en 2100, et la production d’électricité à partir de combustibles fossiles sans CSC est presque entièrement abandonnée d’ici 2100.

(GIEC – Changements climatiques 2014 Rapport de synthèse)

L’électricité décarbonée est la clef de voûte de la transition énergétique. Le secteur électrique mondial peut parvenir à des émissions de CO2 nettes nulles d’ici 2060 dans le scénario 2DS, au moyen du déploiement à plus grande échelle d’un portefeuille de technologies propres et d’une production électrique issue à 74% des renouvelables (dont 2% de bioénergie durable avec CSC [BECSC]), à 15% du nucléaire, à 7% de centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles et équipées de dispositifs CSC, le reste provenant de la combustion du gaz naturel.

(IEA – Energy Technology Perspectives 2017)

Nous ne pouvons augmenter la production d’énergie, tout en réduisant les émissions de CO2, que si les nouvelles centrales cessent d’utiliser l’atmosphère comme une poubelle. (…) Dans le monde réel, il n’existe pas de voie crédible pour stabiliser le climat sans que l’énergie nucléaire ne joue un rôle substantiel.

(Lettre ouverte à ceux qui influencent la politique environnementale mais sont opposés au nucléaire – 2013 – Limitons le réchauffement climatique grâce au nucléaire, proposent quatre scientifiques américains – une Traduction française)

Il faut donc développer les énergies renouvelables, mais aussi l’énergie nucléaire.

Les nouvelles énergies renouvelables, éolien, photovoltaïque, sont intermittentes, soumises aux caprices du vent et du soleil. Elles doivent être secourues par des centrales pilotables, dont on peut moduler la puissance à la demande à tout moment ; ces centrales sont essentiellement des centrales fossiles.

Un pays qui possède déjà beaucoup de centrales fossiles peut donc développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin de conserver les centrales fossiles existantes. C’est le cas de l’Allemagne.

Un pays qui possède peu de centrales à combustibles fossiles peut développer les nouvelles énergies renouvelables, mais en prenant soin, de construire parallèlement des centrales fossiles de secours. C’est le cas de la France où la construction massive d’éoliennes entraînerait nécessairement la construction de centrales thermiques. Le résultat global serait des émissions accrues de CO2.

Nous sommes avertis de cette situation :

Sans moyen de stockage de l’électricité à grande échelle », on ne peut « éviter que l’intermittence de ces sources d’énergie ne conduise à utiliser des combustibles fossiles lorsqu’elles ne fournissent pas l’énergie demandée.

(« Avis sur la transition énergétique – dans le cadre du débat sur le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte » – Académie des Sciences française, 2015)

Toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d’augmenter la production d’électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l’intermittence du solaire et de l’éolien. L’Allemagne en est l’illustration parfaite. Ses émissions n’ont pratiquement pas changé depuis 2009. (…) Et là où la France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d’Europe, celle de l’Allemagne est une des plus chères et plus sales.

(Lettre d’un groupe international d’experts au Président Macron – 3 juillet 2017)

Tout cela est connu. Et pourtant, la COP 21 a ignoré les rapports des chercheurs, du GIEC, de l’IEA, a fait l’impasse sur la question du nucléaire, aboutissant ainsi à des accords qui ne prennent en compte qu’une partie de la réalité, et seront donc inefficaces. On le sait déjà :

Climat : les promesses des États ne juguleront pas le réchauffement – Le rapport annuel du Programme des Nations Unies pour l’Environnement pointe l’écart « catastrophique » entre les promesses nationales de limitation des émissions de gaz à effet de serre et l’objectif affiché de cantonner le réchauffement climatique sous la barre des 2°C.

(Journal Sud Ouest ; à propos du rapport du PNUD octobre 2017)

Les engagements actuels ne permettent pas de limiter l’augmentation de température à moins de 2°C.

(WEO 2016 Presentation)

Le problème est illustré par ce diagramme (WEO 2016 Presentation) :

Les accords de la COP21 sont enthousiasmants, comme étaient les résolutions du parti communiste de l’ex URSS… et ils sont tout aussi irréalistes. On peut se demander comment il se fait que de telles réunions – Grenelle de l’environnement, COP21, congrès communiste, ou autre – avec tant de participants, accouchent d’engagements irréalistes. Il est possible d’y voir la conséquence des a priori et de l’enthousiasme des participants, à qui le désir ardent de faire au mieux de leurs rêves fait oublier la réalité, les contraintes techniques et humaines.

Peut-être sommes-nous trop influencés par le lobbying militant qui ne se préoccupe pas du réalisme de ses choix, de leur faisabilité et de leurs conséquences. Les conséquences du refus du nucléaire sont à comparer avec un risque éventuel, local, de l’énergie nucléaire.

Si la planète brûle, à quoi aura servi de sortir du nucléaire ?

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  • Encore faudrait-il avoir la preuve :
    1- de l’existence du réchauffement climatique
    2- de la responsabilité des 400 millionièmes de CO2, taux variable selon la latitude, la longitude et l’altitude.
    – de la nocivité de ce gaz indispensable à la vie.
    😉

    • Tout à fait, et la preuve que l’humanité se porterait mieux à 2° de moins, celle qu’elle serait capable d’influencer le climat dans un sens ou dans l’autre, celle qu’elle serait incapable de s’adapter au climat à venir quel qu’il soit, et celle qu’en confiant le soin de la régenter au genre de délégués qu’elle envoie dans les COP et autres institutions, elle n’aurait pas fait la preuve qu’elle ne mérite pas de survivre de toute façon…

    • La question ne se pose pas. Le CO2 atmosphérique vient bien plus du dégazage des océans (qui chauffent avec la planète sous l’effet de l’activité solaire) que de l’activité humaine (qui ne change rien car la teneur en CO2 atmosphérique est en équilibre avec le CO2 dissous dans lesdits océans sauf cas localisés). De plus les cycles solaires changent vite et nous entrons bientôt dans une période froide.

      • @Franck
        « La question ne se pose pas. »
        Mais que font donc les milliers de chercheurs qui se posent des questions et étudient le sujet ?

        • Ils cherchent des fonds…

        • Ils perdent leur temps et nous font perdre notre argent. On ne peut intervenir sur le climat, il vaut mieux chercher dans les domaines de l’adaptation aux conditions évolutives: habitat, agriculture, météo extrême, etc.

    • @Marduk
      « Encore faudrait-il avoir la preuve » etc.
      Des preuves « béton » il n’y en a pas. Mais il y a des « indices graves et concordants », que la communauté des chercheurs rassemble peu à peu, comme elle a déjà fait pour conclure que la Terre tourne autour du Soleil, que les continents dérivent, ou que la particule électron est aussi une onde.

      • Les indices graves et concordants, c’est bon pour le cas où l’on cherche une théorie, pas pour celui où l’on veut en infirmer une que personne n’a jamais réussi à remettre en cause. La science ne marche pas comme vous semblez le croire. Les politiciens et les ONG auront beau payer des dizaines de milliers de chercheurs à rassembler des indices, si aucun d’entre eux n’a de réfutation formelle de la théorie existante, c’est au contraire un renforcement particulièrement significatif de la théorie. Mais bien entendu, les chercheurs adorent les gens qui les paient à trouver des indices qui ne prouvent rien, et ne vont pas les décevoir, tuant ainsi leur poule aux oeufs d’or.

  • En fait l’un provoquera l’autre. La fin du nucléaire entraînera la fin de la campagne contre le réchauffement climatique…la fin du nucléaire c’est le prolongement de l’utilisation des produits carbonés et d’un prix de l’énergie suffisamment haut pour garantir une longue vie aux petits émirs … occidentaux.

    • @reactitude
      Vous avez bien compris l’important, que la fin du nucléaire, c’est Byzance pour les énergies fossiles, et donc pour les émissions de CO2. Les chercheurs sur le sujet considèrent que ce n’est pas une bonne chose. Mais il reste encore un petit village qui résiste.
      Que les énergies fossiles garantissent longue vie aux émirs est du second degré.

  • Exact Marduk
    Le principal aliment des plantes c’est le CO2 Plus il y a de C02, plus elles sont contentes. Les Véganiennes qui ne croient que dans les végétaux devraient sans souvenir, elles qui se disent ferventes écologistes

    • @ le papet
      Vous avez raison!

      Nous, lecteurs de Contrepoints, peu « équipés » pour affronter l’auteur d’un article assez court, qui ferait le point des prévisions climatiques à 50 ans, selon les connaissances scientifiques et technologiques à cette date future!

      Cela ne nous a pas empêché de constater que le lobby français des pro-nucléaires est très actif sur le site!

      Et non! Je n’ai pas oublié Three-Miles-Island, Tchernobil ou Fukushima et leurs conséquences, évidemment!

      Déjà, le prix du démantèlement des réacteurs français définitivement désaffectés n’est pas encore exécuté ni payé et les « provisions » seront probablement allègrement dépassées, sans parler de la longue conservation des déchets pour lesquels les localités ne se poussent pas au portillon pour « candidater ». (Les gosses payeront ça aussi!)

      Le défi actuel, en France désargentée, c’est d’avoir tout de suite, une électricité à bon marché, point final! (C’est tellement clair!)

      Dans ces conditions, comment être pour ou contre? C’est mission impossible, rationnellement, individuellement, en n’étant pas pointu, sur le sujet!

      • Merci de nous traiter de « sous-équipés » ! Un bon scientifique doit conserver une certaine modestie, mais il y en a ici qui ont pas mal de compétences reconnues, et il y a une nette corrélation entre cette reconnaissance de compétences scientifiques et l’opposition à ces lobbies plus ou moins écolos et incohérents. La stratégie des lobbies consiste le plus souvent à émettre des doutes invérifiables sur les conclusions scientifiques prouvées, puis à arguer de l’existence d’une contestation pour affirmer qu’en conséquence on ne peut conclure. Vous avez l’air d’être la cible idéale pour ce type de lobby, et ça me désole.
        Le lobby des anti-nucléaires est des plus fatigants aussi, avec en particulier son argument de Fukushima franchement indécent envers les victimes … toutes du tsunami.

        • @MichelO
          « Le défi actuel, en France désargentée, c’est d’avoir tout de suite, une électricité à bon marché »
          Mais c’est déjà fait ! L’énergie électrique en France est l’une des moins chères en Europe, grâce à l’énergie nucléaire. Les deux pays au plus fort taux de nouvelles énergies renouvelable en Europe, Danemark et Allemagne sont les deux pays où l’électricité est la plus chère pour les particuliers.

          • Eh, ça n’est pas moi qui ai lancé ce défi, je suis bien d’accord moi que le seul défi réel aujourd’hui est de maintenir le coût le plus bas possible !

      • N’importe quoi mikylux !
        Je pense plutôt que les gens d’inspiration libérale qui fréquentent ce site ont l’esprit plus ouvert sur le nucléaire que la grande moyenne de moutons bobos-contestataires.
        Vous n’avez pas oublié Three-Miles-Island, Tchernobyl ou Fukushima mais vous avez oublié l’Amoco-Cadiz, l’Erika, l’Exon-Valdez, les plate-formes pétrolières du golf du Mexique.
        Avez-vous milité à l’époque pour l’arrêt de l’industrie pétrolière ?
        Peut-être appartenez vous à son lobby ? Non ? ? ?

  • Hulot vous l’a expliqué. Fermeture de la moitié des centrales nucléaires produisant 78 % de notre consommation d’ici 5 ans, En prime, fermeture des derniers centrales charbon fonctionnant seulement quelques semaines par an, interdiction de diesel, et toutes les voitures deviennent électriques.
    Le marchand de savon liquide connaît bien tous ces sujets, ayez confiance.

    • Avec un contrôle technique super coercitif qui ne permettra qu’aux gens aisés de pouvoir posséder une voiture.
      L’automobile comme produit de luxe, voilà la solution écologique de notre ministre des gels douche.

  • « Peut-être sommes-nous trop influencés par le lobbying militant … »

    Ah, mais nous sommes dans une démocratie illibérale : la dictature des minorités agissantes et les tractations « vertueuses » de nos gouvernants avec eux, sur le dos de la populace majorité silencieuse.

    Sinon, a propos de l’article, on retrouve toujours le même déséquilibre : l’obsession pour la production et l’ignorance de la demande. C’est Molière : « Des éoliennes, vous-dis-je. Non, du nucléaire ! »

    En attendant, les 3/4 de l’énergie (et non la seule électricité) sont d’origine fossiles… Si je prend strictement la position de l’auteur, par ses silences, il acquiesce à faire l’impasse sur la bagnole thermique et le chauffage au fioul / gaz. On garde juste un peu pour l’industrie et le bitume… A la rigueur, le kérosène pour les avions.

    C’est fort : il suffirait de choisir EnR ou Nucléaire, pour que le reste découle naturellement et sans effort : les batteries, le réseau, l’industrie du moteur électrique, le coût, les impôts…

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