Les employeurs financent seuls 36% de la Sécurité sociale

Enough by David L(CC BY-NC-ND 2.0)

La répartition des cotisations pour la Sécurité sociale est injuste. Mais pour réformer, il faudrait affronter les syndicats… qui sont administrateurs de la Sécurité sociale.

Par Éric Verhaeghe.

Enough by David L(CC BY-NC-ND 2.0)
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Les employeurs, si honnis et vilipendés en France, financent tout de même à eux seuls 36% de la Sécurité sociale en France, comme l’indique une étude publiée par la DREES.

Celle-ci précise en effet le détail des sources de financement de la Sécurité sociale :

Source: DREES
Source: DREES

Les cotisations employeurs représentent donc une dépense de 244 milliards, quand les salariés apportent au système 85 milliards. Je mets ici de côté les cotisations au RSI de 25 milliards, qui représentent environ 30% des cotisations salariales… quand la France compte 12% à peine d’indépendants (2,5 millions d’indépendants et 16 millions de salariés…).

Comme on le voit, le financement de la protection sociale en France est largement assuré par les employeurs. L’impôt représente moins de 25% des ressources de la Sécurité sociale…

Les employeurs français, recordmen d’Europe de la pression sociale

On notera avec un amusement teinté de désolation que la France est le seul pays européen à soumettre ses employeurs à une telle curée. Le tableau produit par la DREES sur la comparaison entre pays européens le montre de façon fulgurante :

Source: DREES
Source: DREES

Alors que, dans l’Union Européenne, la part des cotisations employeurs représente environ 7 euros de l’heure, il en représente le double en France, ce qui fait d’elle la championne toutes catégories de la cotisation employeurs.

Pour les salariés, ce traitement représente une véritable curée. Un salarié moyen coûte en France près de 35 euros de l’heure, mais le salarié ne perçoit que 22,5 euros sur cette somme. Le reste est affecté au financement de la protection sociale. En Allemagne, le coût horaire moyen est inférieur à 32 euros, mais le salaire effectivement versé au salarié est proche de 25 euros.

Les salariés français seraient donc gagnants si la France entreprenait de repenser la structure de coût de sa Sécurité sociale, afin de moins pénaliser l’emploi, de moins alourdir la charge de recrutement, et de redonner de l’air au salaire réel. Mais, pour cela, il faudrait éviter le conflit d’intérêt dans le combat syndical. Rappelons que les syndicats de salariés s’opposent à cette logique car ils sont administrateurs de la Sécurité sociale… et que la fiscalisation de celle-ci privera la gouvernance syndicale de toute légitimité.

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