SNCF : les grévistes piétinent leur outil de travail, la concurrence en profite

Alors que les grévistes SNCF font payer aux usagers le goût de prendre le train, Blablacar, Uber, et les autres compagnies de bus et de covoiturage se frottent les mains.

Par Frédéric Mas.

Les grèves de la SNCF se font sans doute au détriment des usagers et des contribuables, mais aussi des grévistes eux-mêmes, lesquels, par leur attitude, attisent la concurrence. Blablacar se frotte les mains : le numéro 1 du covoiturage profite du blocage des grévistes, qui est apparu comme la solution de rechange idéale pour tous les usagers en recherche de moyen de transport. Les attentes des clients sont telles que non seulement, comme l’écrit Le Monde, Blablacar est débordé, mais en plus, l’entreprise va mettre en place des services de bus. Bien entendu, cette initiative s’ajoute aux différents autres services de bus déjà en place pour pallier les défaillances du « service public » des transports proposé par la SNCF.

Les transports publics ou privés évoluent, et la multiplication des moyens de locomotion sont pour les Français des manières de contourner le bras de fer des syndicats qui, traditionnellement, utilisent les usagers comme une monnaie d’échange pour faire plier le gouvernement et maintenir leurs avantages sociaux en l’état.

Les effets désastreux de réputation portés par les grèves, tout comme la dégradation du service depuis des années, ont incité les voyageurs SNCF à aller voir ailleurs. On se souvient du succès quasi immédiat des « bus Macron » qui, bien que créés avec de l’argent public, avaient fait carton plein dès leur mise en place : le prix comme la qualité des services ont fait des bus – par exemple Transdev – des concurrents directs à l’ancien quasi-monopole des transports publics longue distance en France.

Oui à l’ouverture à la concurrence

Cette multiplication de l’offre dans le domaine des transports pourrait expliquer pourquoi les Français, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche en date d’avril 2018 sont en grande partie favorable à l’ouverture à la concurrence des TGV et des TER. Contrairement aux idées reçues, les nouvelles générations ont compris que cette dernière est avant tout orientée vers l’amélioration des produits sur le marché et se fera donc, si elle est menée correctement, pour leur plus grand bien.

Vous personnellement, êtes-vous favorable ou pas favorable à l’ouverture à la concurrence des TGV et TER ? Sondage Ifop-Le Journal du dimanche

Seulement, grévistes et syndicats freinent des quatre fers face à la diversification de l’offre proposée aux usagers par le marché, bien que certains aient bien compris en quoi elle érodait leur domination politique en France. C’est d’ailleurs pourquoi la grève pourrait prendre l’aspect d’une véritable entrave malveillante à la liberté de circuler et de travailler comme ça a été le cas à Lille ce lundi, où des cheminots rejoints par des étudiants ont bloqué plus de 60 bus au départ de la gare de Lille Europe.

Pour Guillaume Pepy, le mouvement de grève pourrait coûter près de 20 M€ par jour de grève. Il s’ajoute aux multiples couacs des dernières années portant sur la sécurité ou l’organisation du trafic qui, en fonction d’un paradoxe apparent, pénalisent en premier lieu les salariés de l’entreprise de chemin de fer et bénéficient à tous les transports concurrents.

Sans le savoir, les grévistes pourraient être en France cet accélérateur du changement par les consommateurs que les décideurs publics peinent à accompagner. Nous sommes encore loin de la privatisation, mais les réflexes corporatistes des syndicats ne sont plus des diktats que les usagers acceptent passivement.