Formidable, Macron s’attaque aux vrais problèmes !

La machine, puissante, précise et rapide, est lancée, à toute vapeur. On pourrait la croire En Marche, mais elle trotte déjà vers un avenir chantant. Car son pilote, aux gestes étudiés et à la maîtrise évidente, saura la diriger où il faut, quand il faut. La France est de retour, disait Emmanuel Macron, et il nous le prouve tous les jours, même lorsque le pays se remet d’un nouvel épisode d’amoindrissement vivrensemblesque inopiné.

Des problèmes, oui, mais bientôt résolus !

Certes, il y a des problèmes économiques, nombreux.

La dette continue de grossir, au point d’arriver à 100% du PIB.

Mais déjà, la précision chirurgicale des frappes fiscales et des tapis de taxes sur les contribuables français aura permis de repasser le déficit annuel en dessous des 3% du PIB, chiffre aussi magique qu’arbitraire et si pratique à bidouiller.

Mais déjà, la politique volontariste sans la moindre poudre de perlimpinpin aura permis de réduire le chômage en février (n’y comptez pas trop pour le mois de mars), et il faudrait être fort mauvaise langue (et libéral) pour oser contester le retour à la bonne santé économique du pays.

Certes, il y a des problèmes sociaux, nombreux.

L’instruction, très manifestement, peut provoquer quelques migraines lorsqu’on se penche avec vigueur sur cette question, de façon répétée, et ce alors qu’on constate une baisse inquiétante du niveau général des élèves, que cette baisse se traduit aussi dans les classements des université françaises dans le monde, jusqu’aux enseignants eux-mêmes dont les plus fraîchement débarqués laissent planer quelques doutes sur leurs compétences globales.

Et lorsqu’il ne s’agit pas d’instruction, la société constate la persistance de cet enquiquinant sentiment d’insécurité (sentiment qui fait parfois des trous dans les vitrines ou du vent dans les oreilles des policiers du cru ou des ministres en goguette à ce moment-là).

Du reste, quand ce n’est pas un sentiment, cela se transforme parfois en prise d’otages sanglante avec suicide par GIGN tout ce qu’il y a de plus standard, face à laquelle le gouvernement répond efficacement par des bougies parfumées, des bouquets, des hommages, une Tour Eiffel éteinte et un appel à la plus grande fermeté parce que ça ne se passera pas comme ça, non monsieur, non madame, scrogneugneu à la fin.

Certes.

Mais comme je le disais en introduction, ces événements n’empêchent absolument pas de prendre les décisions qui s’imposent d’elles-mêmes pour remettre le pays sur la bonne voie (qui ne sera pas ferrée, les prochaines semaines étant consacrées à des mouvements de grève perlée).

C’est ainsi que le président Emmanuel nous a gratifié de deux nouvelles positivement réjouissantes.

Les moutards à la rescousse

D’une part, on apprend que (je cite) « la scolarisation va devenir obligatoire dès 3 ans ».

Titre idiot, journaliste faisant du journamisme et frôlant la pignouferie de presse du mauvais côté de la tangente, volonté réelle du Chef de l’État de faire une immense boulette ? On ne saura pas exactement puisque, jusqu’à nouvel ordre, si l’instruction est obligatoire dès 6 ans, l’école, elle, ne l’est pas. Mais en tout cas, le pays est maintenant lancé dans un nouveau débat palpitant pour savoir s’il va falloir endoctriner instrui-pardon éduquer les marmots dès trois ans au lieu de six.

Apparemment, en ouverture des Assises de la maternelle (oui, cela existe), mardi dernier à Paris, notre brave Macron a donc annoncé cette « scolarisation obligatoire » des enfants dès l’âge de trois ans afin de lutter contre un nouveau fléau, celui des enfants qui ne seraient pas scolari-pardon éduqués dès trois ans.

Apparemment aussi, on ne manque plus d’enseignants et les classes, maternelles ou à partir du CP, ne sont plus surchargées au point qu’on puisse étendre la mainmise de l’Éducation Nationale sur de nouvelles cibles nouveaux enfants. Tout le monde sait qu’il n’y a pas besoin de renforcer les moyens ou d’accentuer les efforts en classes primaires pour amener, enfin, un nombre décent d’élèves à savoir lire, écrire et compter en sixième.

Que nenni ! Le vrai combat est, je présume, Léo, 3 ans, dans sa barboteuse rose genderfluid, à qui on doit enfin faire comprendre les bases de l’intégration citoyenne.

Le pays n’attendait que ça. Les personnels de l’Éducation Nationale réclamaient cette extension du domaine de la lutte de l’instruction obligatoire, c’est certain.

Une intelligence vraiment française, vraiment artificielle

Mais ce n’est pas tout !

Alors que les flonflons tragiques des hommages pas trop sobres retombaient à peine dans cette fin mars pas vraiment printanière, notre président randonneur lançait un nouveau projet, cette fois-ci sur l’intelligence artificielle.

Notre diable d’homme, le bourrichon tout remonté et la vitamine printanière animant chaque membre de son sémillant petit corps, s’est donc décidé à impliquer l’État français « à tous les niveaux : la formation, la recherche, le financement des investissements, le cadre réglementaire… » afin de faire de la France un « leader sur le sujet » de l’Intelligence Artificielle, le tout bien sûr « de façon responsable sur les questions éthiques » en trouvant « un équilibre entre performance et humanité ».

Macron aurait eu bien tort de se priver : après tout, Hollande avait eu, avant lui, l’idée lumineuse de doter la France d’un Cloud Souverain avec le succès tonitruant que l’on sait, tout comme est maintenant évidente la réussite flamboyante de la French Tech, émanation subtile des concertos montebourgeois. Quant à Sarkozy encore avant, lui et sa clique avaient eu la brillante idée de réclamer un vrai moteur de recherche franco-français qui ne s’était traduite qu’en un grand prout vaporeux.

Dès lors, devant un tel parcours et en tenant compte de la propension assez stupéfiante de l’État à faire absolument n’importe quoi en matière d’informatique, nul doute que cette idée de propulser la France dans les pays leaders en matière d’intelligence artificielle ne se terminera certainement pas par un fiasco coûteux en temps, en argent et en ressources humaines.

Ça ne coûte rien, c’est l’État qui paye

Il faut se rendre à l’évidence : la France est un pays vraiment très riche, au point qu’on puisse trouver 5 milliards d’euros (un par an pendant 5 ans) pour « revitaliser » des centres-villes consciencieusement nécrosés par le travail de sape des élus locaux.

La France n’a pas de problème de chômage, de dette, d’éducation, d’insécurité ou de terrorisme.

Non.

Elle a un besoin urgent de bacs de fleurs sur la place de la Mairie, de bambins dans les écoles et d’un nouveau Plan Calcul Minitel 3.0.

—-
Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.