Fête du feu en Iran : un casse-tête pour un régime déstabilisé

Les mollahs n’arrivent pas à interdire l’antique fête du feu en Iran, objet d’une véritable affection populaire.

Par Hamid Enayat.

Les Iraniens ont célébré mercredi la fête du Feu comme un acte de résistance contre la dictature religieuse qui sévit dans leur pays depuis 39 ans. Si le régime était en état d’alerte maximale, ses mesures drastiques ont pourtant échoué à empêcher la population de célébrer cette fête antique.

La population est sortie nombreuse sur les places publiques pour sauter sur des petits feux de joie et formuler le vœu que la nouvelle année soit débarrassée du joug du régime totalitaire et que la liberté et la prospérité s’invitent en Iran. L’interdiction de faire usage des pétards a incité la population de s’en servir à volonté, défiant ainsi les forces de répression.

Les origines de cette fête antique remontent à la période pré-islamique et est célébré à la veille du Nouvel An iranien qui coïncide avec le début du printemps. Sous le régime des mollahs, elle est l’occasion pour la population, lors de grands rassemblements festifs, d’exprimer son rejet de la dictature islamiste qui n’a apporté que pauvreté et désolation pour le peuple. Les mollahs s’opposent à la fête du Feu et le considèrent comme une fête païenne. Mais la raison principale de leur animosité est que les Iraniens ont fait de cette fête un instrument de résistance à la dictature.

La fête du feu : un acte de résistance

Les célébrations de cette année interviennent au lendemain de vastes manifestations qui ont fait tanguer le régime. Les « révoltes de la faim » ont éclaté dans quelques 140 villes contre la paupérisation du peuple, pour se muer rapidement en des revendications pour le renversement de la tyrannie. Cinquante manifestants sont morts, dont quatorze en détention dans les geôles iraniennes où la torture est largement pratiquée.

Les opposants farouches au régime des mollahs avaient lancé des appels pour faire des célébrations festives de cette année, l’expression du rejet du régime du Guide suprême, Ali Khamenei. « La Célébration de la Fête du Feu : un autre soulèvement contre la dictature des mollahs », était le thème de la campagne de résistance relayée sur la toile depuis plusieurs jours. Les militants du principal mouvement d’opposition organisée, l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI) qui semble être très nombreux à l’intérieur de l’Iran, présents dans la plupart des villes et villages, ont distribué des tracts à l’appui de cet appel à Téhéran et en province.

Les hashtag en persan « dictateur en feu » avec #FêteDuFeu ou #4ShanbeSouri ont été largement utilisés avec des photos et des clips d’activités anti-régime, reflétant l’esprit de résistance qui anime la fête du Feu cette année. Des clips vidéo postés mercredi sur la toile montrent de jeunes gens en train de déchirer et brûler les portraits de Khamenei ou lancer des pétards contre les forces répressives.

À Téhéran, Kermanchah, Tabriz et de nombreuses villes, les manifestants s’en sont pris aussi à des symboles de la répression des centres de la milice du Bassij des Gardiens de la révolution, extrêmement impopulaire. Le slogan « À bas Khamenei, mort au dictateur » a été tagué largement sur les murs avec des appels au reversement des mollahs.

 

D’autres clips montrent des manifestants scander « À bas le principe du Guide suprême» face aux forces anti-émeutes qui cherchent à disperser des dizaines de jeunes rebelles descendus dans la rue pour en découdre avec les mollahs.

Depuis la révolte populaire de janvier, chaque évènement, chaque rassemblement et chaque fête populaire se transforment en un cauchemar pour le régime déstabilisé depuis le soulèvement populaire de janvier. La population quant à elle ne manque aucune occasion pour exprimer son rejet du régime et ses aspirations pour le changement démocratique. Est-ce que les mollahs pourront tenir encore longtemps par la répression des droits de ce grand peuple ?  Ce qui est certain cependant, c’est que la nouvelle année iranienne de 1397 présage de grands bouleversements en Iran.