Répression des manifestants en Iran : l’inaction de l’Europe

Iranian flag by Blondinrikard Fröberg(CC BY 2.0)

« Le gouvernement iranien a une fois de plus réagi de façon disproportionnée aux manifestations », a déploré la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans un communiqué.

Par Hamid Enayat.

La vague d’arrestations déclenchée depuis le début du mois ne s’est pas estompée. Quelque 8000 personnes auraient été arrêtées selon l’opposition. Certaines autorités ont reconnu jusqu’à 3700 personnes arrêtées) provoquant l’indignation parmi la population qui était nombreuse à participer au soulèvement qui a été déclenché le 28 décembre dernier contre la vie chère. Les manifestations ont très vite pris l’allure d’une insurrection réclamant la fin de la dictature religieuse qui sévit depuis près de 40 ans dans ce pays.

« Plutôt que de répondre aux réclamations légitimes de son peuple, le gouvernement iranien a une fois de plus réagi de façon disproportionnée aux manifestations », a déploré la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dans un communiqué.

Une dizaine de manifestants sont morts sous la torture, alors que le nombre des tués par balles a fait plus de cinquante victimes selon l’opposition (une vingtaine selon le pouvoir). Seyed Shahab Abtahi, 20 ans, Hossein Qaderi, 30 ans, Sarou Ghahremani, 24 ans et Kianoush Zandi, 26 ans, comptent parmi les manifestants décédés ces derniers jours dans les prisons iraniennes. Des milliers de manifestants sont toujours derrière les barreaux et certains ont déjà été condamnés pour crimes de « moharebeh » (en guerre contre Dieu), passible de la peine de mort.

Le régime a misé sur la répression et la violence pour mater une population excédée par un régime qui n’a apporté que pauvreté et désolation dans un pays qui est pourtant riche en ressources naturelles et en potentiel humain. Durant la révolte récente, il n’était pas rare d’entendre à côté du slogan « À bas la dictature », des manifestants scander : « Lâchez la Syrie, occupez-vous de l’Iran ». En effet le régime dilapide les ressources du pays dans sa tentative de répandre « la révolution islamique » dans les pays de la région à coup de milliards de dollars dépensés dans les guerres et dans le soutien aux groupes extrémistes et terroristes au Liban, au Yémen, en Irak et en Afghanistan.

Ce mercredi 24 janvier, la question iranienne a été soulevée à Strasbourg au Conseil de l’Europe (CE). Plusieurs groupes politiques de l’Assemblée parlementaire du Conseil (APCE), le Parti populaire européen (PPE), l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) et la Gauche unitaire européenne (GUE) ont invité Maryam Radjavi la présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne, coalition d’opposition démocratique iranienne, à prendre la parole lors de leurs réunions officielles. La dirigeante de l’opposition iranienne a vivement critiqué le silence et l’inaction de l’Europe face à la répression brutale et aux arrestations massives de milliers de manifestants non armés, ainsi qu’à la torture des manifestants détenus par le régime iranien.

L’APCE est le bras parlementaire du Conseil de l’Europe, une organisation internationale de 47 pays qui se consacre à la défense des droits de l’homme, de la démocratie et de la prééminence du droit.

« Une réaction aussi timide compromettait bon nombre des engagements et principes fondamentaux de l’Europe, y compris la Convention européenne des droits de l’homme » a déclaré la présidente du CNRI.

Elle a souligné : « Exprimer sa préoccupation ne suffit pas. L’inaction de l’Europe envoie le mauvais signal à la dictature brutale d’Iran qu’elle peut poursuivre ses crimes contre le peuple iranien en toute impunité. »

Selon le réseau des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), principal mouvement constituant le CNRI, les protestations se sont étendues dans 142 villes de 31 provinces.

Dans son discours du 9 janvier, le Guide suprême de la théocratie iranienne Ali Khamenei a déclaré: « Ces incidents ont été organisés et planifiés » par l’OMPI, ajoutant que l’OMPI « s’était préparée à cela depuis plusieurs mois ».

Mme Radjavi a expliqué au parlementaire du CE : « Chaque jour, nous apprenons qu’un autre prisonnier a été tué sous la torture, mais les hommes de main de Téhéran prétendent ridiculement qu’ils se sont suicidés pendant leur détention. Un certain nombre de jeunes sont portés disparus et leurs familles ne savent pas où ils se trouvent. Procéder à des arrestations massives, ouvrir le feu sur des manifestants non armés et torturer à mort des prisonniers sont des exemples évidents de crimes contre l’humanité ».

En effet Amnesty international s’est inquiétée également de la mort en détention de militants, assassinats déguisés en suicide. Samedi le régime annonçait la mort de Gholamreza Mohammadi en détention « des suites de sa dépendance à la drogue ». Alors que ses proches affirment que c’était un jeune sportif qui ne fumaient même pas des cigarettes. Le pays vit au cadence des annonces de morts et des enterrements de ses héros.

Au terme de sa visite à Strasbourg Mme Radjavi a donné une conférence de presse où elle a exhorté le Conseil de l’Europe et ses Etats membres à prendre des mesures efficaces et des décisions contraignantes pour obliger la dictature religieuse à faire:

Libérer immédiatement les personnes arrêtées pendant le soulèvement, garantir la liberté d’expression et de manifestation et cesser la répression des femmes et d’abolir le voile obligatoire.

« Trente-neuf ans d’effusions de sang et de crimes, de discrimination et de répression à l’égard des femmes, de répression et de censure suffisent », a-t-elle dit.

Elle a appelé le CE, l’Union européenne et ses États membres, ainsi que les Nations Unies, à soutenir le peuple iranien et non le régime de la dictature religieuse.

« J’exhorte le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à former une délégation internationale pour enquêter sur les morts, les détentions, les disparitions et les meurtres dans les prisons » a déclaré l’opposante iranienne avant de conclure :

« Le récent soulèvement en Iran a montré que ce régime n’a aucune légitimité et n’a pas d’avenir. Investir sur ce régime est voué à l’échec. Il faut cesser toutes les relations diplomatiques et économiques avec ce régime dont les dirigeants doivent répondre pour des décennies de crimes contre l’humanité. »