Iran : à Pasargades, Cyrus le Grand effraie les mollahs

Cette année, les activistes iraniens sur les réseaux sociaux ont appelé à une grande manifestation le 29 octobre à Pasargades, où se trouve la tombe de Cyrus le Grand. Cela n’a pas plu aux autorités.

Par Hamid Enayat.

Pasargades

L’an dernier, le 29 octobre 2016, une foule immense a manifesté contre le pouvoir en place à Pasargades, au Mausolée de Cyrus le Grand (Photo archive)

Selon les historiens, le 29 octobre, en 539 avant J.-C., Cyrus le Grand, Roi de Perse, a déclaré, à Babylone, la première Charte des droits de l’Homme dans le monde, aussi connu comme le Cylindre de Cyrus. Cette journée a été désignée comme journée internationale de Cyrus le Grand.

L’inscription sur le cylindre parle de la promotion de la liberté religieuse, raciale et linguistique par Cyrus et de son autorisation à ceux déportés de retourner à leur terre natale, une libération du peuple juif contraint à l’exil en Mésopotamie. Dans le même texte, le fondateur de l’Empire achéménide déclare illégale, toute forme d’oppression :

Je ne laisserai jamais quelqu’un opprimer les autres, et si cela se produit, je sanctionnerai l’oppresseur.

Cyrus proclame aussi la liberté de tout un chacun de choisir un emploi. En un mot, tout ce qui existait dans l’Empire perse du VIe siècle avant J.-C. fait partie des rêves de la population actuelle de l’Iran, gouvernée par un clergé despotique.

C’est pourquoi, la déclaration des droits de l’homme reste une référence pour la jeunesse iranienne. L’an dernier, à cette même occasion, une foule immense s’est rassemblée à Pasargades, une cité antique dans la province de Fars (sud) qui abrité le Mausolée de Cyrus le Grand, pour reprendre des mots d’ordre contre le pouvoir en place.

Cette année, les activistes iraniens sur les réseaux sociaux ont appelé à une nouvelle grande manifestation à l’occasion du 29 octobre, à Pasargades où se trouve la tombe.

Effrayé à l’idée d’une nouvelle manifestation populaire, le régime iranien a mobilisé ses forces pour empêcher cette fois tout rassemblement.

Citant un « responsable de la sécurité », le 26 octobre, l’agence de presse officielle Mehr s’alarme d’un projet des Moudjahidine du peuple (principale organisation d’opposition au pouvoir en place) « pour créer la confusion et le chaos la semaine prochaine à l’occasion de la commémoration de Cyrus ».

« Durant cette journée, les groupes contre-révolutionnaires ont l’intention d’encourager leurs sympathisants à assister à cette célébration, à affronter les forces de sécurité et à filmer et photographier la manifestation pour les publier dans les médias des Moudjahidine, ainsi qu’à provoquer des morts dans les affrontements », précise la même dépêche.

Depuis un mois, les organes répressifs du régime ont installé des clôtures sur un rayon de trois kilomètres du Mausolée de Cyrus et sur un trajet de huit kilomètres. Des obstacles ont également été érigés pour empêcher l’accès des véhicules à Pasargades. Des caméras de surveillance ont été installées tous les 50 mètres sur ce même trajet.

Par ailleurs, le pouvoir en place a intensifié l’atmosphère militaire des lieux, notamment en y organisant une manœuvre militaire d’un bataillon de la milice Bassidj, le jour même de la date anniversaire de la proclamation de la Charte des droits de l’Homme par Cyrus.

En même temps, des sms ont été envoyés par les services secrets sur le téléphone portable de tous ceux soupçonnés de vouloir participer à la manif du 29 octobre, particulièrement ceux identifiés lors de la manifestation de 2016. « La participation préplanifiée à ce rassemblement est en violation de l’Article 610 du Code pénal islamique et les contrevenants devront faire face à des actions juridiques et judiciaires », menaçait ce sms.

Le jour J, les Gardiens de la Révolution et les forces de police ont été mobilisés pour empêcher quiconque de se rapprocher des lieux. Un couvre-feu a été instauré de facto à Pasargades et dans les villes environnantes. Toutes les routes menant au Mausolée, même les routes rurales, ont été bloquées. La garde anti-émeute vêtue de noir effectuait des patrouilles, vérifiant toute personne ou véhicule suspects. Elle enlevait et emmenait avec elle les plaques d’immatriculation de voitures qui se trouvent sur les chemins menant à Pasargades, sur un rayon de 20 km. Des patrouilles en hélicoptère continuaient de manière ininterrompue.

En dépit de toutes ces mesures persuasives, un très grand nombre de personnes ont tenté de joindre Pasargades en voiture ou à pied, par divers itinéraires. Un embouteillage monstre a été provoqué sur toutes les routes de cette zone. L’entrée de la ville de Chiraz (chef-lieu de la province de Fars, la ville la plus proche du Mausolée) et les parcs de cette ville étaient pleins à craquer de gens qui voulaient aller à Pasargades. La police déployait de grands efforts pour disperser la foule. Dans les parcs, les policiers effectuaient des fouilles et ont même confisqué ou cassé à plusieurs reprises les téléphones mobiles des personnes rassemblées.

Ces mesures ont constitué un signe de faiblesse d’un pouvoir en mal de popularité et en proie à de graves crises sociales et économiques, qui craint la moindre manifestation d’opposition.

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