Non, l’intelligence artificielle ne nous mettra pas tous au chômage

Reem-B by brett jordan(CC BY 2.0)

Des personnes ne connaissant pas grand chose à l’histoire de l’économie mondiale se lancent dans de grandes théories plus ou moins bien argumentées pour nous faire peur en nous laissant penser que l’intelligence artificielle nous fera perdre nos emplois.

Par Gaël Chatelain.

Depuis des mois, je lis des article à propos de l’intelligence artificielle : des sérieux, des moins sérieux mais, pour la plupart d’entre eux, il s’agit de faire peur… de NOUS faire peur. Et c’est bien connu, quel que soit le média, la peur a toujours été plus vendeuse que l’espoir et l’optimisme : peur de l’autre, peur de l’étranger, peur du migrant, peur du changement, peur des banlieues etc etc.

Mais là, c’est encore autre chose. Des personnes ne connaissant visiblement pas grand chose à l’histoire de l’économie mondiale se lancent dans de grandes théories plus ou moins bien argumentées pour nous expliquer, en gros, que nous allons toutes et tous perdre notre travail, que nous nous dirigeons tout droit vers un monde dirigé par les robots. Et là… et bien, c’est là que je suis énervé.

En effet, avant de se faire une opinion à propos de l’Intelligence Artificielle,  il me semble fondamental de faire un petit retour en arrière avec la première révolution industrielle car quand nous parlons d’Intelligence Artificielle, c’est bien de révolution dont nous parlons.

Avant l’intelligence artificielle, la révolution industrielle

Au début du XIXème siècle, ce qui allait finir par s’appeler la première révolution industrielle a commencé. Dans le textile, les machines ont commencé à remplacer les hommes. Et certains d’entre eux n’étaient pas, mais alors pas du tout contents. De fait, ils allaient perdre leur emploi.

Ils étaient à ce point mécontents qu’un mouvement de protestation est né en Angleterre :  le luddisme. Ce mouvement est un conflit industriel violent qui a opposé (de 1811 à 1812) des artisans, tondeurs et tricoteurs, aux employeurs et manufacturiers qui commençaient tout juste à utiliser les machines, des métiers à tisser surtout. Le mode de protestation était simple : les machines prenaient leur emploi… ils casseraient donc ces machines !

Les arguments des luddistes, comme on les nommaient, étaient simples : les machines allaient appauvrir le pays ! Ce sont exactement les mêmes arguments que ceux utilisés par certains opposants à l’Intelligence Artificielle. Et, franchement, si je me mets à la place des tisseurs ou des tondeurs, je les comprends à 100%. La transition est violente pour eux.

L’amélioration des conditions de vie

Et pourtant, si l’on observe la période qui va de 1820 à 1870, le PIB mondial a augmenté de 58% et celui du Royaume Unis de 176% ! Alors oui, sans aucun doute, les tisseurs et les tondeurs ont perdu leurs emplois et personne ne peut s’en réjouir.

Mais qui sur cette Terre regrettera ces métiers usants que la machine peut remplacer en augmentant la productivité, la richesse et au final le bien-être. Car derrière cette croissance, il y a l’amélioration des conditions de vie de toutes et tous. Pour rappel, l’espérance de vie moyenne en France au début du XIXème siècle était de 28 ans !

Alors, qu’il faille être attentif aux utilisations de l’Intelligence Artificielle, cela ne fait aucun doute mais il me semble un tantinet exagéré de jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour la première fois, à Davos, le cabinet Accenture a montré que  les entreprises utilisant l’Intelligence Artificielle pourraient augmenter leur chiffre d’affaires de 38% et leurs effectifs de 10% d’ici à 2022 . Dans une autre étude, Accenture montre que les entreprises utilisant l’Intelligence Artificielle pourraient augmenter leur rentabilité de 38% d’ici à 2035.

Par ailleurs, si nous réfléchissons à ce qu’est véritablement l’Intelligence Artificielle, ce n’est qu’une technologie qui analyse de grandes quantités de données pour en déduire le comportement approprié. En gros, elle analyse le passé pour envisager l’avenir. Or, le génie de l’homme, c’est justement d’inventer parfois le futur sans prendre en compte le passé… c’est comme cela que les grandes inventions sont nées. Le génie humain n’est pas remplaçable en tout.

L’intelligence artificielle : une opportunité économique

Alors oui, il est certain, par exemple, que le métier de chauffeur de taxi va disparaître mais la question n’est pas de savoir si c’est un bien ou un mal. La question, comme en Angleterre au début du XIXème siècle, est de savoir comment nous allons gérer cette transition afin que cela ne soit pas trop violent : formations, nouveaux métiers, nouveaux marchés… ne laisser personne sur le bord de la route pour ne pas générer de mouvements violents contre ce qui semble bien être la plus grande opportunité économique depuis des décennies.

N’écoutez pas les Cassandre qui jouent avec nos peurs pour nous faire croire qu’il n’y a rien de bon dans l’Intelligence Artificielle ; ce sont les héritiers de celles et ceux qui préféraient avoir une espérance de vie de 28 ans en tondant leurs moutons.

Comme dans toute nouvelle technologie (industrialisation, électricité, informatique et maintenant IA), il faut garder un esprit ouvert ET critique afin de mettre ces technologies au service de l’humanité. Il y aura des abus, c’est certain, mais je suis de ceux qui pensent que si quelque chose est bon pour 90% des gens et mauvais pour 10% d’entre eux, un seul choix s’impose : la majorité.

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