Remboursement des lunettes à 100% : la novlangue du ministère de la Santé

Agnès Buzyn, ministre de la Santé s’échine à mettre en œuvre une promesse d’Emmanuel Macron : « rembourser à 100% les lunettes, les prothèses dentaires et les prothèses auditives d’ici 2022 ». Mais au fait de quoi se mêlent-ils ?

Par Richard Guédon.

« Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui renoncent encore à des soins essentiels en raison des frais qui restent à leur charge… s’agissant des lunettes, des prothèses dentaires et de l’audition, je fixe l’objectif de 100 % de prise en charge d’ici à 2022. »

Il est toujours surprenant de voir l’ensemble des médias reprendre ce type d’information sans sourciller et considérer comme normal que l’État, au plus haut niveau, vienne se mettre à la place du libre jeu des acteurs économiques.

Soyons clairs, cette idée que de nombreuses personnes renoncent aux soins pour des raisons financières n’est qu’une idée toute faite qui s’évanouit si l’on regarde à peine plus loin que le bout de son intérêt électoral.

Les renoncements aux soins sont rares

Concernant les prothèses dentaires, les enquêtes faites au niveau européen montrent que 9% des Français déclarent renoncer à des soins dentaires, pour 8% en Europe en moyenne. Parmi ces 9%, la moitié déclare ne pas aller chez le dentiste parce qu’elle en a peur (mais oui !).

Au final ce sont donc seulement 4,5% qui renoncent aux soins dentaires pour des raisons financières. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise puisque les Français sont couverts par une complémentaire santé à 96%.

Dans un pays, quand 96% des gens soit la quasi-totalité, peuvent se faire soigner les dents, on se moque du monde en montant en épingle les 4% restants qui, de plus, s’ils sont démunis, ont droit à la CMU, c’est-à-dire à l’assurance maladie et à la complémentaire gratuites.

Quant au reste à charge de cette immense majorité, est-ce vraiment un scandale, quand on en a les moyens, d’avoir à participer au financement de ses propres soins ?

On peut trouver des lunettes à sa bourse

En optique, la signification des enquêtes sur les renoncements aux soins est d’autant plus obscure qu’une paire de lunettes contient 2 éléments de nature économiques très différentes : des verres, qui sont des prothèses de nature médicale, qu’on ne choisit pas, et des montures qui, outre qu’elles font  tenir les verres sur le nez, sont des éléments esthétiques de personnalisation du visage, qu’on choisit comme un bijou.

En pratique, sauf en cas de défauts visuels très particuliers, il est toujours possible de trouver une paire de lunettes correspondant à son budget. On peut en effet mettre les très nombreux magasins d’optique en concurrence, on peut acheter moins cher sur internet. On peut aussi utiliser les plateformes mises en place par les complémentaires qui analysent les devis des opticiens et donnent des adresses d’opticiens partenaires.

En audioprothèse l’État organise la pénurie

Concernant l’audio prothèse, il y a en effet un problème, puisqu’en moyenne le reste à charge après pose d’un appareil auditif est de 1100 euros par oreille. C’est l’État et lui seul qui en est responsable à 100% en organisant pénurie et monopole : pénurie d’audioprothésistes en raison d’un numerus clausus serré, monopole des mêmes audioprothésistes sur la vente des prothèses auditives.

Dictionnaire novlangue-français

La soi-disant méthode annoncée en grande pompe par Mme Buzyn est de « définir un panier de soins indispensables qui seraient intégralement remboursés par la Sécu et les complémentaires ».

Prenons notre dictionnaire novlangue – français et traduisons : « moi, l’État, je définis quelles lunettes, prothèses dentaires et audioprothèses doivent être vendues, et à quel prix elles doivent être remboursées par les complémentaires santé, puisque la sécu n’a pas d’argent pour ça ».

Autrement dit, l’État prétend dicter leurs prix et leurs remboursements à des acteurs purement privés, dont la vocation économique est de travailler ensemble librement, ce dont ils ne se privent pas. Mais de quoi se mêle-t-il ?

Les acteurs n’ont pas attendu Mme Buzyn

Les acteurs économiques n’ont pas attendu Mme Buzyn, ils se débrouillent très bien tout seuls, merci : il suffit de déambuler dans les rues des grandes villes françaises pour constater de visu le dynamisme du secteur de l’optique ; Essilor, le leader mondial de la fabrication des verres, est français, et les innovations se succèdent en matière d’implants dentaires et de technologie audio prothétique.

Depuis 20 ans, malgré un environnement réglementaire incertain et les multiples obstacles semés par les autorités et l’assurance maladie, les assureurs complémentaires santé ont créé des plateformes santé dans les domaines où la Sécurité sociale est peu ou pas présente.

Les plateformes santé

Les objectifs principaux de ces plateformes sont la modération et la négociation tarifaire, la qualité des prestations, l’orientation des assurés vers les professionnels de santé et la mise en place du tiers payant.

En pratique, Sévéane, Santéclair et autres Carré Blanc permettent d’obtenir une baisse significative du « reste à charge » des assurés en diminuant le coût (valeurs moyennes) :

  • des prothèses dentaires de 15% ;
  • des verres de lunettes de 40% et des montures de 15% ;
  • des lentilles de 10% ;
  • des appareils auditifs de 20% à 60%, selon l’appareil choisi.

La liberté de chacun est respectée puisque, contrairement à la sécu, aucun professionnel n’est obligé de négocier avec ces plateformes et d’adhérer aux réseaux qu’elles groupent autour d’elles.

De même aucun assuré n’est obligé de se rendre chez un professionnel du réseau de son assureur, il y est simplement encouragé par les avantages qu’il sait y trouver. Et le succès est là puisque plus de 70% de la population a aujourd’hui accès à une plateforme.

On constate, une fois de plus, dans ces domaines où la sécu ne bloque pas le système, que la liberté concurrentielle s’exerce au profit des assurés et pas à leur détriment.

Quelques suggestions

Alors la conclusion s’impose d’elle-même, l’État doit s’occuper de ses affaires, et laisser les acteurs travailler :

  • En matière de lunettes, de prothèses dentaires et d’audioprothèses, les complémentaires remboursent plus et mieux que la sécurité sociale. Sortons la donc du système et confions le remboursement aux complémentaires dès le premier euro.
  • Laissons les complémentaires travailler librement et les reste à charge s’amélioreront.
  • Elles ont déjà beaucoup investi, facilitons-leur la vie en permettant, par exemple, qu’elles puissent accéder aux informations nécessaires à leur travail.
  • Desserrons l’étau des numerus clausus, libérons les prix des professionnels, mettons fin aux monopoles générateurs de rentes.

Bon courage

Quant à Mme Buzyn, plutôt que de faire la mouche du coche dans les secteurs gérés librement par les agents économiques, nous lui proposons quelques idées : libéraliser, enfin, l’assurance maladie pour la sortir de son déficit abyssal ; traiter, vite, la situation dramatique des hôpitaux soumis à une gestion publique calamiteuse ; réformer, sans attendre, les retraites par répartition qui sont à bout de souffle. Et sincèrement, bon courage !