Attention au fléchage de l’épargne par des intermédiaires

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs mais il y a plus grave : ne subissant pas de préjudices s’ils se trompent, ils sont incapables d’apprendre et de s’améliorer.

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Attention au fléchage de l’épargne par des intermédiaires

Publié le 24 janvier 2018
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Par Simone Wapler.

Les Échos du lundi 22 janvier :

« Vers une réforme des produits d’épargne

Les acteurs de la finance doivent préciser ce lundi leur plan pour orienter l’épargne des Français vers les entreprises. Pédagogie et réforme des produits d’épargne actuels sont privilégiées. »

L’article nous explique qu’il faut « des pistes pour mieux flécher l’épargne » et que les financiers devront proposer des produits qui « vont permettre aux Français non plus d’aller placer leur argent uniquement pour des raisons de défiscalisation mais bien pour des raisons d’investissement productif ».

Pour ne pas se laisser polluer et influencer par l’écume de l’actualité, une des méthodes consiste à essayer d’analyser un fait à la lumière d’un penseur-philosophe reconnu.

Pourquoi avoir besoin d’un maître-à-penser  ? Ne sommes-nous pas autonomes, pensez-vous peut-être, cher lecteur circonspect ?

Nous sommes influençables

Pas tout à fait. Nous sommes en réalité très influençables et manipulables, beaucoup plus que ce que nous nous avouons.

Aristote, Kant, Descartes, Voltaire… pour n’en citer que quelques-uns, ont posé de grands principes qui restent vrais au travers des époques, un peu comme un billet de banque qui ne serait jamais démonétisé ni dévalué. Mais nous avons tendance à les perdre de vue au profit d’émotions ou sous la pression de l’actualité.

L’article des Échos nous explique en réalité comment « les acteurs de la finance » aidés par le gouvernement vont essayer de nous manipuler, même si, bien sûr, ce n’est pas dit comme ça.

Je vous conseille de ruminer ce genre d’article à la lumière du tout dernier livre de Nassim Nicholas Taleb, Jouer sa peau – asymétries cachées dans la vie quotidienne. Taleb est un philosophe contemporain. Il est le père du « cygne noir » quasiment passé dans le langage courant1.

Quelqu’un pour orienter notre épargne ? Pourquoi ?

Voici le propos de Jouer sa peau :

« Afin de comprendre pourquoi il n’est pas facile, dans la vraie vie, de dissocier éthique, obligations morales et compétences, réfléchissez à la chose suivante. Quand vous dites à quelqu’un qui occupe un poste à responsabilité – votre comptable, par exemple – ‘je vous fais confiance’, entendez-vous par là que : 1) vous faites confiance à son éthique (il ne détournera pas votre argent au Panama) ; 2) vous faites confiance à sa précision en tant que comptable ; ou 3) les deux ? Tout le sujet du livre porte sur la difficulté qu’il y a, dans le monde réel, à dissocier l’éthique de la connaissance. »

Pourquoi ferions-nous confiance à ces gens pour « orienter notre épargne » ? Ne sommes-nous pas capable nous-même de discerner là où notre argent doit aller ?

Vous me répondrez qu’un banquier a l’habitude de prêter à des entreprises et qu’un gérant de fonds a l’habitude de sélectionner des actions. C’est leur métier après tout.

Jouer sa peau

Mais un banquier qui prête à une entreprise qui fait ensuite faillite perd-il lui-même de l’argent ? Qu’a-t-il en jeu ? Quant aux actions, très peu de gérants de fonds arrivent à faire de meilleures performances que leur indice de référence.

Lorsque je regarde autour de moi, je constate qu’il y a beaucoup plus de financiers qui se sont enrichis que d’investisseurs qui se sont enrichis avec les placements financiers conseillés par ces mêmes personnes.

D’après Taleb, ce n’est pas une bonne idée de se laisser influencer par quelqu’un qui ne « joue pas sa peau ».

« Ne pas confondre l’idée de jouer sa peau […] avec le fait de prendre part aux bénéfices. Non. Il s’agit au contraire de prendre part aux préjudices, d’être pénalisé si quelque chose tourne mal. »

Pourquoi ces intermédiaires que sont les banques et les assureurs témoignent-ils d’un subit intérêt pour détourner notre épargne vers les entreprises ?

Il me semble que le motif est dans ces chiffres.

Si les dépenses publiques représentent plus de 56% du PIB, nous avons de moins en moins la main sur l’argent que nous gagnons. Un montant de plus en plus important, en proportion de ce que nous produisons, nous est repris puis redistribué.

Ce processus vampirise l’économie productive puisqu’il détourne des investissements. Cependant, plutôt que de renoncer à leurs prérogatives et baisser les dépenses publiques, nos interventionnistes préfèrent « flécher l’épargne ».

Tous ces stratèges et conseilleurs ne « risquent pas leur peau ».

Jean Peyrelevade n’a pas coulé avec le Crédit Lyonnais.

Anne Lauvergeon n’a pas été ruinée par Areva.

Récemment, Christine Lagarde a appelé les Allemands à augmenter leurs dépenses publiques. Mais Christine Lagarde ne vit pas en Allemagne et ne paie pas d’impôts en Allemagne ou ailleurs.

Ces conseilleurs ne sont pas victimes de leurs erreurs. Ils prennent part aux bénéfices mais jamais aux préjudices.

Dès lors, comment peuvent-ils apprendre, se corriger et s’améliorer ?

En quoi leur fléchage du chemin de votre épargne sera-t-il meilleur que votre propre décision ?

Pour financer l’économie réelle et les entreprises, la finance participative permet désormais de se passer de ces intermédiaires qui ne jouent pas leur peau que sont les banques et les assureurs.

Pour plus d’informations, c’est ici

  1.  Libanais, vivant à New-York, rédigeant en anglais mais francophone et francophile, Taleb a décidé de publier son dernier ouvrage d’abord en français. La parution en langue anglaise se fera plus tard.
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  • « En quoi leur fléchage du chemin de votre épargne sera-t-il meilleur que votre propre décision ? »
    En rien, probablement, mis à part le fait que le Français, en période de crise va préférer les placements peu risqués, même s’ils sont peu rentables.
    Mais la réponse n’est pas à chercher du côté de l’épargnant, mais du côté de l’Etat. Pour l’Etat, il est plus rentable de ne pas servir d’intermédiaire, justement, dans la redistribution entre le citoyen et l’entreprise. A quoi cela rimerait-il de prendre l’argent dans la poche du contribuable, de l’inscrire au budget général pour le reverser ensuite aux entreprises. Mieux vaut inciter l’épargnant à faire l’opération de lui-même et de sa propre initiative.
    Cela, l’Etat le sait et le fait depuis longtemps. La question actuelle est plus précisément celle-ci : quelle forme doit prendre l’incitation – un avantage fiscal sur l’épargne-entreprise (type ISFPME ou IPME) ou une contrainte fiscale sur les autres produits (assurance vie notamment) ?

    • L’Etat ne met pas ses c……s sur la table (risquer sa peau est un terme bien tiède), mais il est le premier à prétendre définir les risques (par la réglementation) et les rendements (par le prélèvement fiscal). Il n’y a guère à espérer tant que les épargnants seront fortement poussés par la réglementation à souscrire à la dette publique et que leurs profits taxés annuellement constitueront un apport « bienvenu » au budget de l’Etat.
      Si l’objectif était de convaincre les Français d’accepter un peu plus de risques et en compensation de s’y retrouver à long terme, à la fois sur leur patrimoine à l’heure de la retraite et sur l’économie du pays, il serait simple de favoriser le réinvestissement en franchise de profits dans le capital des PME — et dans une PME, le dirigeant met ses c……s sur la table — et de créer une gamme d’enveloppes d’assurance-vie avec des horizons et des proportions rente/transmission adaptées. Mais le seul point qui intéresse l’Etat dans le futur du citoyen est le montant cumulé de ce qui lui sera prélevé d’ici son décès, et même d’ici la fin du quinquennat.

  • Le meilleur business possible : être près du pognon, pour pouvoir en prélever une part sans risque.

  • Ceux qui veulent orienter l’épargne n’ont qu’à proposer des obligations sur les marchés financiers.

  • Les commentaires sont fermés.

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