Les écoles privées révolutionnent le Tiers-Monde

Au Liberia, les enfants des écoles privées bon marché ont obtenu de meilleurs résultats que ceux des écoles publiques, et les écoles privées offrent une meilleure qualité pour une petite partie du coût.

Par James Tooley.
Un article de CapX

Dans les milieux du développement international, le Liberia a récemment fait parler de lui en sous-traitant la gestion de certaines écoles publiques au secteur privé. Le Financial Times et The Economist ont couvert cette actualité.

Cela est en partie dû au fait que la grande entreprise américaine impliquée, Bridge International Academies, est financée entre autres par Mark Zuckerberg et Bill Gates. Comme on pouvait s’y attendre, la politique du Liberia a suscité la colère des syndicats internationaux d’enseignants et des ONG.

Cette focalisation sur Bridge est une honte. Il se passe autre chose de beaucoup plus remarquable au Liberia, et dans d’autres pays touchés par la guerre. Je me suis rendu au Liberia et en Sierra Leone, des pays récemment déchirés par la guerre civile, ainsi que dans le Soudan du Sud, toujours en proie à un conflit sanglant.

Des écoles privées bon marché

En voyageant dans les bidonvilles, j’ai rapidement découvert ce que j’avais déjà pu repérer dans tous les autres pays en développement : des écoles privées bon marché, comme s’il en pleuvait.

Des experts avec lesquels j’avais échangé avant ma visite m’ont dit que je pourrais trouver un petit nombre d’écoles tenues par des Églises ou des ONG, mais rien d’autre. En fait, j’en ai déniché un grand nombre gérées par leurs propriétaires ; des écoles à but lucratif, et peu coûteuses.

Au Liberia, j’ai fait des recherches sur sept bidonvilles importants, dont certains portent des noms expressifs : vous pouvez deviner pourquoi le bidonville Chicken Soup Factory est ainsi appelé, bien que vous puissiez vous tromper sur Red Light, du nom du seul feu de circulation fonctionnel de Monrovia.

Petites entreprises éducatives

Dans ces bidonvilles, j’ai trouvé 430 écoles privées, pour 100.000 enfants. 61% des écoles étaient « à but lucratif », dirigées par des entrepreneurs, hommes ou femmes et comme des petites entreprises, pour offrir une meilleure éducation que celle disponible ailleurs.

L’enquête porte-à-porte menée auprès des ménages dans les plus grands bidonvilles a révélé que 71% des enfants fréquentaient les écoles privées et seulement 8% les écoles publiques (les 21% restants n’étaient pas scolarisés).

Les enfants fréquentant des écoles privées bon marché ont obtenu de meilleurs résultats que ceux des écoles publiques, et les écoles privées offrent une meilleure qualité pour un moindre prix.

Le prix de la scolarité d’un enfant à l’école privée n’est en fin de compte pas beaucoup plus élevé que celui d’une école publique soi-disant gratuite, car toute école, publique ou privée, exige des dépenses supplémentaires comme les chaussures, l’uniforme, les livres et le transport, et ces derniers ont tendance à éclipser le coût des frais de scolarité.

Seulement un mal nécessaire ?

Où est le problème ? Les experts du développement admettent que de telles écoles pourraient être tolérées comme un mal nécessaire ; mais seulement temporairement. Ils font valoir que tout devrait être mis en œuvre pour normaliser l’éducation, afin que les ministères de l’Éducation publique remplissent leur rôle de réglementation, de financement et d’éducation publique pour tous.

Le seul bémol dans cette histoire est la tentative audacieuse du Liberia de faire appel à des opérateurs internationaux pour gérer certaines écoles publiques. Étant donné le nombre d’écoles privées bon marché au Liberia, dirigées par des entrepreneurs locaux, il aurait peut-être été préférable de mobiliser leurs énergies, peut-être en fournissant aux parents des bons à utiliser dans les écoles privées de leur choix, plutôt que d’attirer des étrangers, et des polémiques ?

L’éducation comme outil d’oppression

En tout cas, il y a un gros problème. Il est bien connu que l’une des principales causes de la guerre civile dans chacun de ces pays était le contrôle gouvernemental de l’éducation. Au Liberia, devant le Comité Vérité et Réconciliation, créé pour refermer les blessures de la guerre, les témoins se sont succédé pour évoquer l’utilisation par le gouvernement de l’éducation comme outil d’oppression.

En Sierra Leone, les personnes au pouvoir ont favorisé leurs propres ethnies au plan de l’éducation, au détriment des autres. L’une des principales raisons de la sécession du Sud-Soudan a été l’islamisation forcée de la scolarisation, ainsi que les graves inégalités en matière d’éducation qui se perpétuaient contre les populations du Sud.

Étonnamment, les experts en développement admettent tout cela. Ils ne voient pas de contradiction entre la reconnaissance de cette réalité et la valorisation du contrôle complet de l’éducation par l’État comme la seule voie vers le progrès. Cette fois, ce sera le bon modèle d’éducation publique, affirment-ils.

Pourquoi pas au Royaume Uni ?

Mais une fois engagé dans cette voie, cela peut remettre en cause le principe même du rôle de l’État dans l’éducation. Pourquoi ne pas étendre le même argument au Nigeria ou à l’Inde, où le secteur privé est aussi en plein essor et bon marché, qui surpasse l’enseignement public pour beaucoup moins cher ? Et même, pourquoi pas, au Royaume-Uni aussi.

Dans les pays en voie de développement, c’est l’état précaire de l’éducation publique qui oriente les parents vers l’enseignement privé à prix modique ; les écoles publiques en Angleterre, au Pays de Galles ou en Écosse ne sont pas mauvaises à ce point. Mais mes recherches actuelles suggèrent qu’il serait peut-être préférable pour un pays, pour sa démocratie et pour son peuple, que l’éducation se fasse en dehors de l’État.

Je ne suis pas convaincu que ce principe d’indépendance ne s’applique qu’aux nations déchirées par la guerre, et j’explore donc la possibilité de créer une chaîne d’écoles privées bon marché ici aussi. Mon inspiration provient de l’extraordinaire travail des entrepreneurs de l’éducation, qui luttent contre des obstacles qui en rebuteraient bien d’autres, et qui ont réussi à offrir une éducation de qualité dans les endroits les plus difficiles de la planète.

Cet article a été publié une première fois en novembre 2017.


Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints de How low-cost private schools are revolutionising education

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