Une réforme de fond de l’État français est-elle possible ?

Coq (Crédits : Olibac, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

La mauvaise situation actuelle de la France ne relève pas de la responsabilité des riches, des entrepreneurs, des fraudeurs, des optimiseurs fiscaux, mais seulement des politiciens français et des hauts fonctionnaires.

Par Dominique Philos.
Un article de Témoignage fiscal

À observer la dégradation continue des finances publiques et le déclassement économique de la France, il est légitime de se poser cette question car ce à quoi nous assistons ne pourra pas durer éternellement ; à un moment ou à un autre, il y aura une réaction salutaire !

Seulement, ce n’est pas si simple car malgré un constat dramatique nous nous heurtons à un système organisé rétif  à toute réforme.

Un constat dramatique

Macron était le seul candidat, avec Fillon, à promettre qu’il allait engager des réformes structurelles alors que, faut-il le souligner, depuis quelques années, nous cumulons tous les records :

  • record de la dette 2.200 mds € soit pratiquement 100% du PIB, en augmentation constante depuis 40 ans,
  • record du chômage qui continue à progresser malgré les camouflages statistiques et les emplois aidés,
  • record des déficits du budget (80 mds € sur le budget 2018), des systèmes de retraites qui sont au bord de la faillite (d’ailleurs on regroupe les régimes AGIRC et ARRCO en tablant sur l’effet de masse pour gagner un peu de temps), de l’assurance chômage tout comme de l’assurance maladie.

Les dépenses continuent à progresser et, malgré une fiscalité oppressante parmi les plus lourdes du monde, les déficits font de même ; nous ne tenons que grâce à l’emprunt, puisque l’État français continue d’emprunter massivement sur les marchés sans que se pose, à un quelconque moment, la question du remboursement, la solution ultime étant connue : on prendra l’argent aux Français dans le cadre d’une opération de spoliation généralisée et de prélèvement autoritaire sur les comptes bancaires, les assurances vie et, en fin de compte, sur tout ce qui représente un capital taxable.

L’enfer fiscal français

Il faut le rappeler : tous les Français, même ceux qui ne paient pas d’impôts sur le revenu, sont les cautions implicites des dettes faites en leur nom par les politiciens qu’ils ont élus, et la capacité d’emprunt de la France repose exclusivement sur son administration fiscale prompte à percevoir l’impôt, de gré ou de force (ce qui n’était pas le cas de la Grèce).

La France est un enfer fiscal et pourtant, certains au sein de la « haute administration », pensent qu’on peut encore faire mieux et augmenter le rendement et les rentrées fiscales par l’augmentation du nombre de contrôles et de redressements.

Certes Macron et son gouvernement savent que la taxation excessive du capital provoque une fuite de celui-ci à l’étranger, et c’est pour cela d’ailleurs que la pression fiscale sur les revenus de capitaux devrait diminuer (à compter de 2018 avec la flat tax au taux de 30%) ; bien que ce choix soit d’ores et déjà mal vécu par une partie de l’électorat qui y voit un cadeau fait aux riches.

Néanmoins, le reste de la fiscalité augmente (CSG, taxe écologique sur l’énergie, fiscalité immobilière).

Seulement, soyons lucides, les réformes de l’équipe Macron-Philippe sont très loin du compte, et d’ailleurs ses projections budgétaires sont d’ores et déjà remises en cause et contestées par la Commission Européenne qui attend, depuis plus de 5 ans, que la France veuille bien enfin engager les réformes de nature à redresser ses comptes.

Nous nous orientons d’ailleurs à terme vers des sanctions financières, sous la forme de pénalités, qui pourraient se chiffrer en milliards  d’euros.

Quelle issue espérer malgré une forte résistance du « système »

Quand on aura fini d’épuiser la population, on pourra peut-être en revenir à l’essentiel du problème : l’État vit au dessus de ses moyens, trop de gens profitent du système actuel, tout cela ne pourra pas durer indéfiniment !

Vous pensez que les politiciens vont réagir ?

Hélas non, ce n’est pas dans leurs habitudes, car le politicien obéit à deux règles incontournables et intangibles : irresponsabilité (il veut être reconnu, adulé et admiré et, si possible, laisser une loi qui porte son nom) et séduction de son électorat afin d’être réélu !

Vous pensez que les (hauts) fonctionnaires vont réagir et dire aux politiciens qu’il est temps d’arrêter ?

Hélas non, car ils sont dans un double système idéologique : d’une part l’État étant en déficit du fait de la fraude fiscale, en durcissant les contrôles, les rentrées fiscales vont augmenter ; et d’autre part, leur logique de victimisation et de caste les conduit à déplorer que si tout va mal c’est forcément de la faute des autres !

On a forcément les raisonnements qui nous arrangent.

Mais alors, est-il trop tard ?

C’est effectivement la conclusion désabusée que j’en retire, car comment expliquer autrement qu’autant de Français aisés et moins aisés (les jeunes notamment) quittent le pays qui les a vus naître malgré les efforts considérables que nécessite cette décision, puisqu’il s’agit bien souvent de tout reconstruire ailleurs ?

C’est que ces Français estiment d’une part qu’il n’y a, au moins pour l’instant et pour les (dix) prochaines années, aucun espoir et d’autre part, qu’en raison d’une instabilité fiscale chronique et d’une fiscalité excessive, ils n’ont pas vocation à combler, avec le fruit de leur travail, des trous financiers et budgétaires insondables résultant d’une mauvaise gestion qu’ils désapprouvent.

La démarche peut être considérée comme égoïste mais, à mieux y réfléchir, quelle est cette logique selon laquelle vous devriez accepter la spoliation généralisée au nom d’une solidarité aux contours indéfinissables, tandis qu’il est manifeste que d’autres profitent à plein du système ?

De fait, penser, comme en haut lieu, qu’un capital moins taxé s’échappera moins à l’étranger ne suffit pas, car pour que le capital humain et financier demeure, il faut rétablir la confiance et l’espoir  ; sans négliger qu’en vertu du principe de liberté individuelle, et en cas de désaccord, aller voir ailleurs est une solution envisageable, n’en déplaise à certains moralisateurs.

Le rôle de l’Europe

Le système français ne s’accorde pas avec cette conception de liberté et de mobilité géographique, puisqu’il se perçoit au centre d’un monde administré où la population est entièrement sous son contrôle.

Sans l’Europe et ses règles en matière de liberté de circulation des personnes et des biens, capitaux et marchandises, lesquelles s’imposent à l’administration, la France serait un immense camp de prisonniers à la merci de son système administratif.

C’est d’ailleurs en raison de ces règles européennes, de la concurrence sociale et fiscale entre les États, que tout contrôle devient illusoire et rend le système français non viable à terme ; pour cette raison, les autorités françaises souhaitent, de manière complètement irréaliste, une harmonisation et une adaptation des règles européennes à leurs propres règles.

Il suffit de comparer les taux délirants de l’Impôt sur les sociétés prévus pour 2018 (afin de compenser la taxe de 3% sur les dividendes qui va coûter 10 mds €) à ceux  pratiqués par les autres pays européens pour comprendre ce qui va se produire, la capacité de nuisance de l’État français prenant fin à la frontière !

Conclusion

Il n’y a que deux possibilités susceptibles de provoquer un changement :

  • soit un politicien volontaire, avec l’assentiment de la population (car rien ne pourra se faire sans elle), sifflera la fin de la partie et décidera les mesures nécessaires au redressement du pays.
  • Soit un évènement fortuit et éventuellement étranger (krach boursier et obligataire, crise de la dette …) rendra obligatoires les réformes nécessaires (hypothèse grecque).

Je ne crois absolument pas à la première solution pour les raisons suivantes :

  • La classe politique française n’a pas l’ADN des réformateurs. De droite ou de gauche, elle est étatiste ; beaucoup de politiciens français sont aussi des fonctionnaires et obéissent, qu’ils le veuillent ou non, à un esprit de caste et reculeront fatalement toute échéance de nature à se retourner, à terme, contre eux.
  • Une part non négligeable des Français ne réalise pas la gravité de la situation… car, par la magie de la redistribution, elle continue à percevoir les aides sociales, sans imaginer qu’elles puissent se tarir.
  • Une autre part (celle qui a voté Mélenchon et Le Pen), et qui se retrouve peu ou prou dans la précédente, est persuadée d’être victime du libéralisme, du grand capital, des ultra riches et de l’austérité ;  le changement ne peut que consister en une augmentation du rôle de l’État protecteur, des aides sociales financées par une fiscalité punitive.
  • Enfin, la caste dominante des fonctionnaires n’aurait aucun scrupule à bloquer tout l’appareil étatique pour empêcher toute réforme de celui-ci. Il faudra obligatoirement passer outre les protestations des 5.2 millions de fonctionnaires, et ceux de Bercy, tout ce petit monde fonctionnant selon le principe des droits acquis  qui leur permet de justifier le rejet de toute espèce de réforme.

Mélenchon, qui n’a de cesse de fustiger la politique de Macron « faite pour les riches et contre les autres » a pour l’instant échoué à faire descendre les protestataires dans la rue et à bloquer les petites réformes en cours, mais la mission d’un vrai réformateur apparaît tout bonnement impossible…

Quelle autre solution reste-t-il alors … hormis la fuite en avant fiscale, utilisée de manière constante depuis 30 ans par les dirigeants, jusqu’au moment où la spoliation ne sera plus suffisante pour assurer le maintien d’un système qui, on le sait, court à sa perte ?

Il faut le rappeler encore une fois : la mauvaise situation actuelle de la France ne relève pas de la responsabilité des riches, des entrepreneurs, des fraudeurs, des optimiseurs fiscaux, mais seulement des politiciens français et des hauts fonctionnaires, avec la complaisance plus ou moins consciente d’une partie notable de la population.

Enfin, chacun peut constater que les débats actuellement médiatisés démontrent que l’engagement de vraies réformes ne fait pas actuellement partie des priorités du pouvoir.

L’issue ne pourra donc provenir qu’à l’occasion d’une réforme contrainte qui s’imposera à tous, dans des conditions certainement très difficiles ; la seule inconnue à ce jour demeure la date de son déclenchement.

Il sera alors bien temps de se plaindre des dégâts collatéraux non négligeables et impossibles à chiffrer à ce jour qui seront mis à la charge d’une population sans nul doute très en colère.

Chacun en tirera bien évidemment les conclusions qu’il voudra.

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