Éradication de la pauvreté : l’ONU refuse d’en comprendre les raisons

Femmes vendant des bananes à Arusha, Tanzanie - Photo d'Anna Herforth (CC BY-NC 2.0)

Lever les barrières commerciales est beaucoup plus efficace pour améliorer la qualité de vie des habitants des régions pauvres du monde que d’envoyer de l’aide ou des technocrates pour contribuer à la conception de politiques publiques.

Par Chelsea Follett.

Le 17 octobre dernier, les Nations Unies ont invité le monde entier à célébrer la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, en en faisant la promotion sur les réseaux sociaux à l’aide du hashtag #EndPoverty.

L’ONU a souligné les progrès incroyables réalisés dans ce domaine :

La pauvreté a reculé dans le monde, passant de 1,7 milliard d’habitants en 1999 à 767 millions en 2013, ce qui représente une baisse du taux de pauvreté mondial, qui est passé de 28% en 1999 à 11% en 2013. Les progrès les plus importants ont été enregistrés en Asie de l’Est et du Sud-Est, où le taux est passé de 35% en 1999 à 3% en 2013.

Malheureusement, l’ONU semble mal comprendre la source de ces progrès. Elle soutient que c’est l’action publique et les programmes centralisés planifiés par des technocrates qui doivent être salués pour cette chute remarquable de la pauvreté :

Les pays ont pris des mesures pour mettre fin à la pauvreté. […] Par exemple, l’État tanzanien a entamé une refonte en profondeur de son programme national actuel, les « Tanzania Productive Social Safety Nets » (c.-à-d. les filets de sécurité sociale productifs tanzaniens), afin de toucher les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté alimentaire.

Le contre-exemple de la Tanzanie

En fait, la Tanzanie est un contre-exemple instructif. La Tanzanie a fait des progrès impressionnants dans sa lutte contre la pauvreté, mais ce n’est pas grâce à l’augmentation des dépenses publiques pour l’alimentation des pauvres. En fait, le gouvernement tanzanien est aujourd’hui beaucoup moins redistributeur que par le passé – et les politiques de redistribution passées avaient conduit à une situation de quasi-famine pour les Tanzaniens les plus pauvres.

En 2011, année la plus récente pour laquelle la Banque mondiale dispose de données, un peu moins de la moitié des Tanzaniens vivaient dans l’extrême pauvreté. Ce chiffre était de 86% en 2000.

La véritable cause de cette réduction est assez simple : la liberté économique. La Tanzanie a progressivement démantelé les politiques économiques socialistes (ou ujamaa) mises en place par le dictateur Julius Nyerere, depuis qu’il a démissionné en 1985. Les intellectuels de gauche des pays développés ont fait l’éloge de Nyerere pour sa foi sincère dans le socialisme, son niveau relativement faible de corruption et le fait qu’il n’a pas massacré délibérément son propre peuple comme tant d’autres dictateurs.

La politique désastreuse de Nyerere

Mais Nyerere a mis en place des politiques qui, selon le Professeur John Shao, ont entraîné d’intenses pénuries alimentaires, un effondrement de la production agricole et industrielle, une détérioration des infrastructures de transport, une crise économique et une « détresse générale de la population » dans les années 1980. Nyerere a également interdit les partis politiques d’opposition pour consolider son autorité et empêcher le débat sur ses politiques ruineuses.

Après le départ de Nyerere, la Tanzanie a réussi à augmenter son taux de croissance économique en supprimant le contrôle des prix, en libéralisant le commerce et en libérant sa population pour qu’elle puisse développer des entreprises privées.

Le fait que l’ONU attribue les progrès aux politiques publiques et qu’elle insiste sur l’importance de l’aide étrangère pour le développement est inquiétant mais guère surprenant.

Ignorance des droits de propriété

Malgré ses politiques désastreuses, Nyerere a réussi à conserver le pouvoir aussi longtemps grâce aux milliards de dollars d’aides humanitaires. Comme l’a déclaré mon collègue Doug Bandow : « La Banque mondiale a directement souscrit à son plan d’ujamaa brutal, démontrant qu’elle manquait de lucidité et de bon sens. »

Non seulement l’aide publique est inefficace par rapport au développement fondé sur les marchés, mais les programmes d’aides ignorent souvent les droits de propriété des pauvres et la nécessité d’une réforme institutionnelle. Parmi les autres exemples de dictateurs qui ont reçu de l’aide, on peut citer Idi Amin de l’Ouganda, Mengistu Haile Mariam de l’Éthiopie, Mobutu Sese Seko du Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo) et même le violent et tristement célèbre Pol Pot du Cambodge.

L’argent soutient souvent les régimes autoritaires alors qu’ils poursuivent des politiques destructrices, comme le vol des terres agricoles de leurs citoyens par nationalisation. Ç’a été le cas de la Tanzanie, qui a reçu des milliards de dollars d’aide étrangère alors que son gouvernement socialiste nationalisait des centaines d’exploitations agricoles, ce qui a réduit la production agricole et entraîné les pénuries alimentaires massives susmentionnées. Les étagères des magasins étaient vides, et les gens attendaient des rations de nourriture.

Diminution drastique de la malnutrition

« Quand je suis arrivé en Tanzanie pour la première fois dans les années 1980, nous avions des quartiers entiers d’enfants très affaiblis par la malnutrition, dont certains étaient trop éloignés pour survivre », se souvient un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial, la branche de l’aide alimentaire des Nations Unies. « Désormais, il n’ y en aura plus qu’un ou deux à la fois, et nous trouverons généralement une explication sociale : avoir un père alcoolique, être orphelin ou avoir contracter le VIH. »

Lever les barrières commerciales est beaucoup plus efficace pour améliorer la qualité de vie des habitants des régions pauvres du monde que d’envoyer de l’aide ou des technocrates pour contribuer à la conception de politiques publiques. Pour sérieusement éradiquer la pauvreté, les pays doivent mettre en place des politiques économiques libérales. Car en fin de compte, ce ne sont pas les États qui combattent la pauvreté. Ce sont les individus libérés des réglementations excessives et en mesure de participer au commerce mondial qui le font.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.