Une géographie de la perception de l’islam

Non seulement cette géographie de l’islam n’est pas toujours celle qui vient spontanément à l’esprit des Français, mais la perception de cette religion est très variable d’un pays à l’autre.

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Une géographie de la perception de l’islam

Publié le 17 octobre 2017
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Par Yves Montenay.

Traditionnellement les musulmans divisent le monde en Dar El Islam (La maison de l’islam) et le Dar El Harb  (La maison de la guerre). Pour les Occidentaux, la guerre est plutôt dans la maison de l’islam (monde arabe, Sahel, Afghanistan …).

Dans d’autres pays, et notamment en Asie de l’est et du sud-est, l’islam est arrivé comme une religion pacifique et moderne.  Imaginez donc les malentendus à l’ONU et autres lieux où se croisent des originaires du monde entier.

Essayons d’abord de situer géographiquement et démographiquement l’islam et ses deux maisons 

Où sont les musulmans ?

Dans la carte ci-dessus, la surface de chaque pays est proportionnelle à sa population musulmane.

source de la carte : PEW Forum, oct 2009

Attention ! Les chiffres datent de 2009 et donnent le nombre de musulmans par pays et non leur population totale : en Inde, les 161 millions de musulmans ne faisaient que 15 % de la population du pays.

Bien sûr ces chiffres sont des estimations, ils sont en général plus élevés aujourd’hui, disons de 10 à 20 % suivant les pays.

Cette carte nous rappelle que les musulmans sont d’abord en Asie et ne sont que très minoritairement arabes. Ce sont d’abord en effet les géants asiatiques qui dominent : Indonésie, Bangladesh, Inde et Pakistan.

Le premier pays arabe, l’Égypte, est loin derrière avec 79 millions de musulmans, auxquels il faut ajouter 8 à 10 millions de coptes, et est au même niveau que l’Iran, la Turquie et le Nigeria qui ne sont pas arabes.

Les autres pays comptent peu. Et la diaspora est encore très faible, notamment aux États-Unis.  L’action dans la Dar El Harb se limite donc aujourd’hui à la vie associative et à des actions individuelles de provocation ou d’attentats, qui ont un effet psychologique important, mais ne changent pas grand-chose à la vie économique et sociale des pays concernés.

Il y a des islamistes, des salafistes et des djihadistes dans tous les pays, notamment grâce aux liens financiers avec le wahhabisme, mais ils sont nettement moins puissants à l’est du Pakistan, où les élections, en général de bonne qualité, ont montré qu’ils étaient très minoritaires.

Rappelons :

– que le terme « islamistes » caractérise ceux qui veulent un État religieux, y compris dans le domaine sociétal,
– que les salafistes sont ceux des islamistes qui ont choisi de vivre comme « jadis» (ce qui est facile pour la barbe et les vêtements, mais moins pour le reste)
– et que les djihadistes sont des islamistes voulant arriver comme à leur fin par la violence et non par des élections ou par une conduite « modèle ». Ils sont recrutés par Al Qaïda, l’État Islamique, les talibans et de multiples autres groupes, presque tous en guerre les uns contre les autres.

Non seulement cette géographie de l’islam n’est pas toujours celle qui vient spontanément à l’esprit des Français, qui pensent « Arabes, Turcs et Iraniens », mais la perception de cette religion est très variable d’un pays à l’autre.

Voici quelques exemples géographiques qui contredisent aussi bien les visions islamistes que les visions islamophobes.

Russie et islam

On oublie souvent que la Russie a été longtemps gouvernée par des Mongols, islamisés à partir du XIIIe siècle, et que sa population comprend encore aujourd’hui 20 % de « croyants ». Le souci de Poutine, un peu comme celui de tout gouvernement français ou occidental, est donc de veiller au « vivre ensemble ».

C’est évidemment contraire à l’image de Poutine dans la droite française, qui voit en lui « un rempart contre l’islam ». Cela résulte de sa propagande auprès des partis populistes, qu’il va parfois jusqu’à financer. Sa célèbre phrase « Nous buterons les terroristes jusqu’au fond des chiottes » lui donne une réputation virile, mais est en fait prudente, n’évoquant que les terroristes, et non l’islam ou les islamistes.

Rappelons que l’explosion de l’URSS a enlevé à la Russie les dizaines de millions de musulmans d’Asie centrale, retourné dans la Dar el islam avec des gouvernants et une large partie de la population profondément laïcisés. Ce que les missionnaires wahhabites essaient de changer.

Le voile, vu de l’extérieur

Les non musulmans voient la diffusion du voile comme un signe offensif de l’islam vis-à-vis de leurs propres civilisations, chrétienne, hindoue ou autre. Nous avons oublié que ce vêtement était chrétien avant d’être musulman,  comme affirmé par Saint Paul puis les pères de l’église. Le Coran n’évoque le voile qu’une seule fois, et le présente comme une mesure pratique, sans valeur religieuse.

Mais pour beaucoup de Français du Maghreb, le voile apparaît très vite comme un signe de défiance. Pendant la guerre d’Algérie, les musulmans le revendiquent comme un symbole de leur identité et de leur résistance à « l’assimilation ».

En France, certains estiment que sa diffusion est une réaction à des propos de Marine Le Pen, oubliant c’est un mouvement mondial sous l’influence des islamistes, cela souvent au désespoir des mères qui avaient lutté dans leur jeunesse pour s’en débarrasser.

Les Turcs en Allemagne

Presque 2 millions de citoyens turcs vivent en Allemagne, à côté de ceux qui ont adopté exclusivement la nationalité allemande.

Berlin est excédé par les interventions d’Erdogan venant en Europe faire sa campagne électorale et donnant des consignes à ses concitoyens, par l’arrestation à Istanbul de défenseurs des droits de l’homme, dont la directrice de l’antenne locale d’Amnesty, et d’un ressortissant turco-allemand, dans le cadre des purges massives menées depuis le putsch raté de juillet 2016.

L’intégration en Europe

Les résultats d’une vaste enquête sur les musulmans vivant en Europe menée dans 15 pays par l’Agence européenne des droits fondamentaux sont très positifs, à rebours des opinions nationales et de ce qui est véhiculé par les médias.

Voir à ce sujet l’article du Monde : « Les musulmans sont bien intégrés en Europe ».

On retrouve le principe : « on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure ». Ces résultats positifs n’empêchent évidemment pas le comportement d’une minorité et la violence de certains (et leur impact dans l’opinion : Les musulmans français face à la méfiance)

Les musulmans en Inde

Comme dit ci-dessus, ils sont à la fois très nombreux et en relativement faible proportion.  Au nord, leur présence découle de la conquête moghole (Mongols islamisés et iranisés).  Au sud, comme plus à l’est en Asie, leur implantation s’est faite pacifiquement.

Mais la situation évolue :  la droite conservatrice, libérale et surtout nationaliste hindoue, qui est au pouvoir en Inde, considère les musulmans et les chrétiens comme des traîtres, tandis que l’islamisme mondial ou pakistanais dégrade l’image de l’islam.

Un phénomène imprévu : « la maison de la guerre », laboratoire d’un islam « moderne » ?

Même si les islamistes sont minoritaires dans la plupart des pays musulmans, leur argent, leur poids religieux et –à mon avis–  la scolarisation publique et/ou religieuse, pèsent sur l’état d’esprit de l’opinion et donc sur les gouvernements. Ces derniers ne soutiennent donc pas les musulmans libéraux, qui se font souvent tuer par des activistes.

C’est donc dans les pays non musulmans, notamment en Inde et en Europe, que se développent les courants modernistes de l’islam. Quel sera leur influence, d’abord dans la diaspora, ensuite dans les pays musulmans ?

Cela dépendra beaucoup du militantisme inverse, notamment wahhabite alimenté par l’argent du pétrole. La baisse prolongée du prix de ce dernier aurait donc une influence sur la situation religieuse mondiale …

Les grandes masses musulmanes d’Asie « brune » ou « jaune »

Les armées musulmanes n’ont jamais mis les pieds dans cette partie du monde. L’islam y est arrivé par des commerçants, et, comme les chrétiens, ils ont souvent bénéficié d’une image de modernité par rapport à l’hindouisme et aux variantes populaires du bouddhisme.

D’où des malentendus avec les Occidentaux qui ont vu l’islam envahir militairement des terres chrétiennes et islamisé de force certaines d’entre elles, et ont donc une perception totalement inverse de celle de l’Asie du Sud et du Sud-est où sont les grandes masses musulmanes.

Mais les islamistes et les djihadistes perturbent aujourd’hui cette image dans ces populations asiatiques.

En conclusion, on assiste actuellement à un profond changement des perceptions et des « lignes de front ».

Si l’État Islamique et les autres groupes djihadistes en sont restés à une vision mythologique rêvée d’une « maison de l’islam » idéale (au sens où elle appliquerait intégralement une religion interprétée à leur façon) et portant la guerre à l’extérieur, le résultat est entièrement différent : massacres généralisés et rejet de cette interprétation par les populations de la Syrie au Pakistan, attentats et tentatives de subversion ailleurs, tant dans le reste de « la maison de l’islam » qu’à l’extérieur.

Ces actions n’auront à mon avis qu’un effet psychologique  sans affaiblir les régimes des pays visés, qu’ils soient musulmans de droit (Maroc), de fait (Indonésie, Sénégal..) ou non musulmans (Inde, Occident …).

La « ligne de front » s’est déjà déplacée vers l’Internet où la réaction anti djihadiste commence à peine, freinée par « les valeurs américaines » de liberté absolue de circulation des idées.

Sur le web

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  • Si j’ai bien lu l’article les 3 courants de la religion musulmane ont un point commun la prise du pouvoir de l’état, ce qui les différencient c’est le degré de violence de la méthode.Un bon musulman devra toujours placer la loi coranique avant celle de l’état, et ça dans tous les pays.

    • C’est ce que disent certains, mais pas le Coran ni les lettrés : « il faut suivre les lois du pays ou l’on est ; et si elles sont trop gênantes oui je mensreluisementn il faut émigrer ». Cela a été confirmé une fois de plus par le patron d’el Hazar à Sarkozy.

  • En lisant « Une trahison française » de Waleed Al-Hussaini, écrit par un arabe ayant quitté sa religion de naissance, on a une toute autre idée de l’islam et de ses textes sacrés: à côté du Coran, dont certains passages sont très guerriers, il y aussi la Charia, écrite deux siècles plus tard et qui est la « règle de vie » de tous les exaltés et où le voile a une grande importance, sans oublier la célèbre équation un homme = deux femmes.
    Il est en revanche exact qu’en Asie les choses sont plus calmes et que l’islam y est moins jusqu’auboutiste.

    • Ce qui n’a pas empêché l’Islam d’y perpétrer le plus grand génocide de l’Histoire, celui des Hindous. 80 millions d’Indiens furent massacrés en moins de 6 siècles. Tamerlan – Timour le boiteux – avait fixé son quota personnel à 100’000 Hindous à supprimer annuellement. Le bilan de ses actions militaires est estimé (jusqu’à) 17 millions de morts.
      L’Hindou Koush, la chaîne de montagne qui borde les Indes à l’Est – frontière pakistanaise et Afghane – signifie littéralement « le malheur (ou le massacre) des Hindous ».
      Vous avez dit qu’en Asie les choses étaient plus calmes ? Vraiment ? Aux Philippines à Mindanao ? En Indonésie, au Timor Oriental, en Papouasie Ouest ? En Birmanie au Rakhine ? En Chine au Xinjiang ?
      Au Pakistan (choori) ?….

      Je crois surtout que les échos des discriminations et des violences ne nous parviennent qu’étouffées par l’éloignement.

    • Tout à fait.. Comme vous le dites, il s’agit de textes postérieurs au Coran donc pas sacrés. Le terme même de « charia » est ambivalent : pour certains, c’est « le bon chemin » et non un ensemble de règles, tandis que pour un wahabbite … Comme dit dans cet article, les perceptions sont très variées.

      • Quant aux Hindous, lisez bien mon article : je parle de l’Asie brune et jaune où les armées musulmanes n’ont pas mis les pieds, alors que vous parlez de l’Asie blanche. Et comme dit également dans l’article, la perception comment a changer dans cette partie de l’Asie du fait de la violence des activistes

  • Voilà un nouvel article certainement non-islamophobe de cet auteur…
    Cela fait 25 ans que je lis le Coran (livre sacré, parole d’Allah) et suis l’évolution du monde musulman et franchement, que l’on aime ou pas, cela n’a rien à voir avec le libéralisme, ni ontologiquement, ni en pratique.
    Un fait capital que l’auteur omet de mentionner est qu’il y a une corrélation très nette entre le taux de musulmans (et pas le nombre absolu) dans un pays, et l’application de règles musulmanes dans tout le pays concerné. C’est irréversible compte tenu de la démographie, et de plus en plus dur et ségrégationniste pour le reste de la population à mesure que le temps avance (et conforme en cela au Coran). Mes amis chinois-malais vous le confirmeront, par exemple, eux qui ont désormais un accès restreint aux hôpitaux et universités publics, qu’ils financent pourtant largement au travers de leurs impôts et prélèvements divers, plus importants que pour le reste de la population. Un autre exemple est l’abattage halal (sans étourdissement), qui concerne aujourd’hui à peu près 30% des bêtes en France (source Le Monde).

    • Je suis désolé de vous contredire mais, mais il n’y a pas de démographie musulmane, voir : https://yvesmontenay.fr/2016/06/26/conference-population-avenir-ou-va-le-monde-musulman/
      Quant aux Chinois malais, ils sont constitutionnellement brimés, n’étant pas « des fils du sol » : c’est un racisme ethnique et nationaliste autant ou plus que religieux

      • Je suis désolé mais une fois de plus c’est la fécondité différentielle qui compte: Si les musulmanes font nettement plus d’enfants que les autres la jeunesse d’un pays se transforme vite. « Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire », Boumédiène, discours à l’ONU, 1974.
        Par ailleurs, quand un Chinois Malais épouse une musulmane, il a l’obligation de se convertir et jouit alors de tous les droits constitutionnels. Il ne s’agit donc pas vraiment un racisme ethnique et nationaliste comme vous l’affirmez.

    • Je ne voit pas en quoi ce rapport est accablant : c’est l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. Sur la charia voir ma réponse ci-dessus.

      • Que pensez vous des femmes arabes qui ont le droit de conduire une voiture

      • Ah ok, vous vous contentez de vraiment tres peu alors visiblement, c’est a la limite du cynisme….

        L’islam est une religion allant a l’encontre du liberalisme, et vous tentez de la justifier grace au liberalisme.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_musulmans_par_pays

        Triez ce tableau par % et comptez le nombre de pays liberaux avec plus de 50%.
        Si vous arrivez a honnetement en deduire que l’islam est un vecteur de liberalisme, je suis curieuse de connaitre vos arguments permettant de defendre une causalite inverse a cette forte correlation negative.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie_dans_l%27islam

        • Il ne faut pas confondre des gouvernements anti libéraux, ce qui est la dérive naturelle des dictatures, avec une philosophie religieuse assez neutre économiquement (l’économie de l’ Arabie se réduisait alors à l’ échange et au pillage), mais plutôt libérale économiquement car Mahomet était lui-même un marchand.
          On va finir par me croire islamophile, alors que je vais me faire tuer par un djihadiste à force de m’opposer à cette secte.

  • Les commentaires sont fermés.

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