Fusion Alstom-Siemens : où est le problème ?

Alstom By: Mike Mozart - CC BY 2.0

Siemens-Alstom ce n’est pas grave si l’on veut bien laisser la politique de côté et ne considérer que l’économie.

Par Jacques Garello.

C’est logique : la reprise d’une entreprise peu vaillante par un concurrent qui va la redresser ou la démanteler est la règle du jeu dans une économie de marché.

Pourtant, tout le monde se révolte contre « la vente des bijoux de famille » sans tenir compte de ce que d’autres opérations entre firmes sont courantes et peuvent enrichir la France, et sans considérer que les sociétés industrielles du CAC 40 ne sont pas l’économie française, heureusement !

Ainsi les Allemands de l’impitoyable Merkel auraient-ils déclaré la guerre économique aux bons Français du trop faible Macron. Et beaucoup de gens de se révolter : comment a-t-on pu laisser faire ce hold-up ? Comment admettre les prédateurs étrangers ?

Chevaliers noirs et chevaliers blancs

Il faut bien l’admettre : quand une entreprise est incapable de réaliser des résultats positifs (appelés profits) qui lui permettent d’investir et d’embaucher, sa longévité est menacée. Il y a dans les affaires de fusion-absorption des chevaliers noirs qui veulent détruire le concurrent et des chevaliers blancs qui veulent recycler les hommes, les techniques et certains produits pour les mieux gérer.

En l’occurrence il s’agit d’une opération « amicale », en rien agressive ni scandaleuse. La disparition d’Alstom était prévue de longue date : après s’être séparée de sa branche énergie (vente à la General Electric américaine) Alstom n’a pu sauver sa branche transport (fabrication des TGV essentiellement).

Ce qui est encore logique c’est que l’industrie française dans son ensemble souffre de la lourdeur de ses charges fiscales et sociales, sa compétitivité n’a cessé de décroître face à celle de tous ses concurrents.

Malades du socialisme

L’industrie, mais aussi bien d’autres secteurs d’économie, sont malades du socialisme français, des impôts, des syndicats, des inspecteurs du travail, de la confiscation de l’épargne par l’État, etc. La logique est imparable, la faillite est à la clé.

Est-ce grave pour autant ? D’une part nombre d’entreprises françaises ont pris le contrôle de firmes étrangères, et souvent européennes, comme en Italie. La souveraineté de la France a été flattée par l’absorption d’Opel par Peugeot, comme l’a fait remarquer à juste titre Daniel Cohn Bendit.

D’ailleurs le gouvernement actuel ne veut-il pas écarter le repreneur italien des Chantiers STX alors même qu’un contrat en bonne et due forme a été conclu ? D’autre part il est très fréquent que des équipes françaises aillent faire valoir leurs talents techniques et commerciaux à l’étranger (où elles trouvent un environnement fiscal et social plus attrayant).

Le fait de la mondialisation

Il est également fréquent que des entreprises françaises, petites et moyennes, soient les sous-traitantes de grandes sociétés étrangères. La mondialisation est un fait incontournable et irréversible (sauf conflit militaire généralisé) et les émotions nationalistes n’ont pas raison d’être.

Au demeurant, l’émotion est due au fait que c’est une grande société du CAC 40 qui est en cause. Dans les journaux économiques, on s’intéresse par priorité à ces groupes, qui sont pourtant loin de représenter le tissu économique français.

En Allemagne, il y a Siemens, Mercedes et Bayern, mais aussi une masse impressionnante d’entreprises petites et moyennes qui permettent d’innover avec souplesse, d’exporter, de sous-traiter.

Le jour où les Français (et surtout ceux qui les informent) comprendront que la guerre économique n’existe pas, que la prospérité d’une entreprise n’a rien à voir avec la souveraineté nationale (Essilor déploie 95 % de son activité en dehors du territoire français), que l’important est la qualité des biens et services destinés aux consommateurs des cinq continents, un progrès considérable sera réalisé. Siemens-Alstom ce n’est pas grave si l’on veut bien laisser la politique de côté et ne considérer que l’économie.

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