Ne vous laissez pas manipuler par les politiciens !

La politique relève davantage du cynisme que du rêve. Elle emprunte beaucoup à Machiavel et très peu à Thomas More. Les cyniques manipulent à leur profit les rêves des naïfs.

Par Patrick Aulnas.

Les politiciens doivent-ils faire rêver pour mobiliser ? La réponse est généralement positive. Mais le rêve conduisant à l’utopie, et parfois au totalitarisme, n’est-il pas particulièrement dangereux dans le domaine politique ?

Manipuler l’espoir

La volonté politique de manipuler l’espoir est une constante de la conquête du pouvoir, qu’elle soit violente ou pacifique. Les soi-disant révolutions s’appuient toujours sur l’espérance d’une autre forme de société, évidemment plus juste. Celle de 1789 en France propose un rêve de liberté, celle de 1917 en Russie imagine une société sans classes. La suite est toujours identique : la dictature, celle de Napoléon 1er, celles de Lénine et Staline.

Lorsque la conquête du pouvoir est pacifique, le rêve initial se résout en déception. L’ambition très élevée sombre sur les écueils des réalités économiques et financières. Les 110 propositions de François Mitterrand en 1981 conduisent rapidement à la désillusion.

Il faut privatiser ce qui a été nationalisé. Il faut creuser les déficits pour embaucher des fonctionnaires et assurer la retraite à 60 ans pour tous. Même scénario avec François Hollande en 2012 : le ciblage initial de l’ennemi, la finance capitaliste, conduit en réalité à augmenter les impôts dans des proportions rarement atteintes et à attendre désespérément une croissance qui ne vient pas.

Ceux qui avaient été bernés par le rêve hollandais deviennent des députés frondeurs. Leurs récriminations parlementaires n’étaient que l’aveu de leur inimaginable candeur.

L’histoire apprécie les cyniques

En vérité la politique relève davantage du cynisme que du rêve. Elle emprunte beaucoup à Machiavel et très peu à Thomas More. Les cyniques manipulent à leur profit les rêves des naïfs.

Le pouvoir politique est toujours entre les mains de réalistes qui savent faire rêver pour arriver à leurs fins. Les mitterrandiens accusaient jadis Rocard d’être un briseur de rêve. Il était en vérité un politicien honnête quand Mitterrand était un cynique sans la moindre vergogne. Mais c’est Mitterrand qui reste le grand personnage historique de gauche. Voilà qui ne grandit pas l’être humain !

L’échec des rêves de 2017

Ces quelques généralités trouvent à nouveau leur illustration dans la campagne présidentielle de 2017 en France. Les électeurs de gauche comme ceux de droite ont choisi le rêve.

Ceux de gauche ont élu comme candidat Benoît Hamon et rejeté Manuel Valls. En élisant Hamon aux primaires, les plus lucides avaient évidemment choisi de ne plus gouverner. Ils se voyaient confortablement installés dans l’opposition à la droite au pouvoir, proposant toutes les utopies et se réclamant de la justice, de l’égalité, du bonheur pour tous payés sur fonds publics.

Ce rêve de midinette ou ce cynisme de politicien, au choix, n’a échoué que parce que l’inimaginable s’est produit. Un jeune ambitieux, venu de leur camp, les a supplantés.

Les électeurs de droite se sont imaginés, eux aussi, voir leurs rêves se réaliser avec François Fillon. Il avait toutes les chances après le calamiteux quinquennat de Hollande. Mais la réalité du comportement antérieur du candidat a été cyniquement exploitée par la gauche politique et médiatique.

Exit Fillon dont l’opportunisme financier caché heurtait trop la rigueur publique exigée. Encore une fois, le rêve se brise sur une réalité. Le simple désir d’une gestion publique rigoureuse relève d’ailleurs aujourd’hui du rêve le plus fou.

Toute la gauche appelle austérité le fait d’accumuler année après année des déficits publics massifs. La France marche sur la tête et les électeurs de Fillon voulaient la remettre sur ses pieds. Chacun conviendra qu’ils étaient d’incorrigibles rêveurs.

Le cynisme des populistes

Inutile d’insister sur le cas de de Marine Le Pen. Elle manipule la colère d’un électorat populaire incapable de porter un jugement rationnel sur l’état du pays. Elle représente le cynisme le plus pur et le plus moralement répréhensible car elle abuse du regard d’enfant que portent les petites gens sur les célébrités médiatiques dont elle fait partie.

Mélenchon n’est pas loin derrière. Il utilise la part d’idéalisme qui est en chacun de nous pour construire une opposition radicale. L’ancien ministre de Lionel Jospin a exercé ses fonctions ministérielles sans démériter, ce qui suppose la confrontation au réel et le sens du compromis.

Refusant ensuite toute adaptation du socialisme, il se réfugie dans l’action politique pure, rêvant de supplanter le vieux parti sclérosé. Son talent d’orateur lui permet d’utiliser à son avantage un verbiage politico-éthique très superficiel mais touchant son public. Il suscite l’émotion et le sait fort bien. C’est ainsi qu’il pense pouvoir conquérir le peuple en manque d’idéal.

Mais le cynisme de la manœuvre n’échappe qu’aux Insoumis. Instrumentaliser un avenir radieux qui ne verra jamais le jour pour construire sa réussite personnelle, quoi de plus banal ! Les communistes ont toujours joué ce jeu-là pour aboutir dans cent pour cent des cas à une dictature féroce. Impardonnable moralement, mais efficace politiquement pour la gloire très provisoire de Mélenchon.

Faisons un rêve

Il reste bien sûr le rêve macronien de sortir le pays de sa sclérose. Rêve pragmatique face à la réalité du monde que nous ne parvenons pas à accepter, mais rêve quand même si on mesure les obstacles à vaincre. Il est beaucoup trop tôt pour connaître son destin.

En attendant, faisons un rêve : sortons le rêve de la politique. Laissons-le s’épanouir dans d’autres domaines : l’art, l’amour, la science et ses projets de recherche, les projets d’entreprise. Gérons nos sociétés avec mesure et réalisme par la concorde et le compromis. Bien sûr, ce n’est qu’un rêve.