Tourisme médical : aubaine pour les patients et les hôpitaux ?

Médecin pédiatre (Crédits David Mason, licence Creative Commons)

Si en 2007, le nombre de patients internationaux avoisinait les 7,5 millions, en 2012, pas moins de 16 millions de personnes ont voyagé pour se faire soigner à l’étranger.

Par Théophile Gacogne.

À l’heure où prendre l’avion coûte bien souvent moins cher que de se déplacer en voiture ou en train et où l’Internet permet de s’informer sur n’importe quel établissement de santé, le tourisme médical apparaît comme une solution intéressante pour bénéficier de traitements médicaux de qualité à moindre coût ou accéder à des soins qui ne sont pas disponibles près de chez soi.

Gros plan sur une tendance qui ne semble pas prête de s’essouffler et que la France a tout intérêt à suivre.

Un tourisme aux motivations diverses

Plusieurs raisons peuvent pousser les patients à se faire soigner en dehors des frontières de leurs pays mais on retient quatre grandes variables principales :

1 – Tout d’abord, le facteur économique est indéniable, en particulier pour les destinations asiatiques ou de l’Europe de l’Est. Les tarifs des soins peuvent en effet passer du simple au double d’un pays à l’autre pour des prestations assez similaires, sans parler du taux de change qui peut également peser dans la balance. Par ailleurs, de nombreuses compagnies d’assurance privées remboursent aujourd’hui les soins effectués à l’étranger, en particulier dans l’espace européen. Même en ajoutant les frais liés au voyage (billets d’avion, hébergement, etc), les soins dans certains pays bénéficient d’un avantage comparatif non négligeable.

2 – Le deuxième facteur qui pousse certains patients à voyager est l’accès à des soins ou traitements qui ne sont pas forcément disponibles chez eux. Soit parce qu’ils sont interdits, soit parce que les infrastructures locales ne sont pas suffisamment bien équipées ou les techniques insuffisamment maîtrisées. Les lois et réglementations différentes d’un pays à l’autre peuvent également intéresser certaines personnes, notamment dans le secteur de la fertilité et de la reproduction assistée.

3 – Ensuite, il est important de noter que le temps d’attente pour se faire soigner est une variable importante. C’est particulièrement le cas en Amérique du Nord et au Royaume-Uni où les listes d’attente sont extrêmement longues pour les opérations chirurgicales non vitales.

4 – Enfin, la qualité des soins peut également pousser les patients à choisir un autre pays pour s’y faire soigner. Le tourisme médical ne se cantonne en effet pas aux patients des pays riches voyageant dans des pays moins développés pour bénéficier de tarifs plus avantageux. Il touche également les classes supérieures des pays en développement qui souhaitent bénéficier de soins de qualité dans des pays riches.

Le tourisme médical, un marché en pleine expansion

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si en 2007, le nombre de patients internationaux avoisinait les 7,5 millions, en 2012, pas moins de 16 millions de personnes ont voyagé pour se faire soigner à l’étranger.

En 2015, le secteur du tourisme médical pesait déjà plus de 56 milliards d’euros et cette tendance ne semble pas prête de s’arrêter si l’on en croit de nombreux experts qui parient sur une croissance de 15 à 20% dans les années à venir.

Les destinations préférées des Français pour se faire soigner

Pour se différencier et faire face à la concurrence croissante, les différents acteurs du tourisme médical se sont spécialisés et certains apparaissent même comme des leaders sur un type de soin médical.

L’Afrique du Sud et les pays du Maghreb sont ainsi les destinations phare du marché de la chirurgie esthétique et plastique. La Tunisie et le Maroc attirent en particulier une clientèle francophone.

En Europe, l’Espagne attire de nombreux patients français en raison de l’absence d’âge limite légal pour les femmes souhaitant une fécondation in vitro ainsi que du nombre d’embryons implantés. Par ailleurs, plusieurs pays de l’Europe de l’Est comme la Hongrie ou la Roumanie se sont spécialisés dans la chirurgie dentaire et oculaire.

En Asie, l’Inde et la Thaïlande figurent parmi les destinations privilégiées pour les opérations de chirurgie générale et en particulier pour la chirurgie cardiaque, bariatrique ou encore les traitements contre l’infertilité. Singapour, quant à elle, attire les patients fortunés venus de Chine et d’autres pays d’Asie de l’Est.

En France, le marché est sous-exploité

Malgré ses atouts incontestables en matière de qualité des soins et d’avancées technologiques, la France est à la traîne dans le domaine du tourisme médical. En effet, bien qu’il soit difficile de donner un chiffre précis, les experts, David Marguerit et Mathilde Reynaudi, dans leur note destinée au commissaire général à la stratégie et à la prospective, estimaient à 8900 le nombre de patients non résidents soignés en France en 2015, ce qui est très faible.

Les établissements de santé français sont en effet peu habitués à soigner des patients étrangers, notamment en raison de la faiblesse linguistique des professionnels de santé mais également à cause du manque de label de qualité identifiable au niveau international.