7 recettes économiques à oublier d’urgence

Jour de carence pour les fonctionnaires, baisse du déficit budgétaire… Nostalgique des réformes au parfum des 35 heures ? Voici 7 mesures toujours à la mode qui découlent de la même logique de partage du travail.

Par Fabrice Houzé.

C’est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. En revanche, ils sont à peu près cohérents : si nous aimons la raclette, nous aimons sans doute aussi la fondue ou la tartiflette.

Certains aiment l’idée de partager le travail pour diminuer le chômage : travailler moins est agréable, de plus, ils feraient une bonne action ! En effet, partant de l’hypothèse que le travail se trouve en quantité limitée, ils laisseraient de la place pour l’un des nombreux chômeurs de notre pays (6 millions toutes catégories confondues).

Chiffrons un peu cette idée de partage du travail. Une diminution de 4 heures du temps de travail sur 39 représente une baisse de 10 %. Les 35 heures auraient donc dû créer grosso modo 10% d’emplois en plus sur les 26 millions d’actifs français, soit environ 2,6 millions.

Comme souvent, les études économétriques qui ont analysé l’effet de cette mesure sur l’emploi ont obtenu des résultats variés, de négatif ou nul à positif. Cependant même les plus favorables ne trouvent que 300 000 emplois créés, soit près de dix fois moins…

Mais ne nous arrêtons pas à ce chiffre décourageant. Si dans cet esprit nous avons aimé les 35 heures, les recettes suivantes devraient également nous plaire pour redonner du travail à nos chômeurs.

1ere recette : les 32 heures

Pourquoi nous arrêter en si bon chemin ? Certes, aucun autre pays n’a appliqué les 35 heures, et le chômage est partout en Europe du Nord plus bas que les 10% de la France : 5,7% en Autriche, 4,8% au Royaume-Uni, 4% en Allemagne…

2e recette : avancer l’âge de la retraite

Pour libérer des emplois, rien de tel que d’en chasser les seniors. Là non plus, aucun autre pays n’a autant pratiqué la pré-retraite que la France. Le taux d’emploi de nos 55-64 ans est de fait de 47% contre 66% en Allemagne ou même 75% dans la riche Suisse !

3e recette : renvoyer les femmes au foyer

Passée de mode, excepté dans certains milieux conservateurs, cette mesure présente pourtant le plus grand potentiel de partage du travail : un gisement d’approximativement la moitié de tous les emplois. Supprimer les lave-linge (voir la 6e recette) l’accompagnerait volontiers. Car il faudrait bien alimenter les femmes en tâches domestiques. Même si elles y consacrent déjà quotidiennement 2 heures de plus que les hommes.

4e recette : renvoyer les immigrants

Empêcher les immigrants de prendre le travail des natifs est une idée encore populaire. Pas étonnant, puisque nos gouvernements successifs ont expliqué que les 35 heures avaient bien fonctionné et créé des emplois (euh dans les pays voisins ?). Or la logique du partage est la même entre Français que vis-à-vis des étrangers.

En pratique, l’arrivée massive de réfugiés cubains à Miami en 1980 n’a eu aucun effet sur le salaire et le taux d’emploi.

5e recette : créer des emplois (presque) inutiles

Comme le travail se fait rare, pourquoi ne pas créer artificiellement des emplois dans les associations et le secteur public ? Tels les emplois aidés et autres « emplois d’avenir ».

L’État étant contraint de prélever de quoi les payer, les autres actifs sont en conséquence davantage imposés. Sans compter le plus drôle : selon la Dares, passer par un emploi aidé dans le secteur non-marchand diminue l’employabilité future !

6e recette : réduire la productivité

Lors de la révolte des luddites en 1811, par peur du chômage, les ouvriers anglais ont détruit les métiers à tisser, machines qui remplaçaient peu à peu les tisserands et tricoteurs. En fidèles héritiers, nous supprimerions les lave-linge et les robots industriels.

Étrangement, l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud qui comptent trois fois plus de robots que la France, ont tous des taux de chômage bien plus bas.

7e recette : arrêter de faire des enfants

Si tous ensemble nous procréions moins, alors c’est sûr, il y aurait un jour moins d’habitants que d’emplois, et nous aurions éradiqué le chômage ! Sauf qu’au contraire, une démographie dynamique génère une croissance supplémentaire, plus forte que la croissance par habitant combinée à la croissance du nombre d’habitants, une sorte de multiplicateur démographique, dont souffre au contraire le Japon.

Conclusion

Toutes ces mesures reposent sur la même logique de partage du travail. Mais le travail ne se partage pas, comme les prix Nobel d’économie l’expliquent régulièrement. À gauche, Paul Krugman qualifie ainsi cette idée de « lump of labour fallacy » (erreur de la portion fixe de travail) et de « pop theory » (théorie populaire) à visée purement électorale. À droite, Jean Tirole qualifie carrément le partage du travail d’ineptie. Créer des emplois avec n’importe laquelle de ces mesures n’a aucun fondement, ni théorique, ni empirique. En réalité, l’emploi appelle l’emploi : notre activité nous rapporte des revenus qui correspondent aux dépenses de nos semblables, et nos dépenses font les revenus de leurs activités.


Fabrice Houzé est l’auteur de la Facture des idées reçues paru aux éditions Odile Jacob.